Locarno 2022 – Piazza Grande : Avec Semret, la cinéaste suisse Caterina Mona ouvre avec finesse une porte sur l’épreuve de l’immigration

Pour son premier long métrage en tant que réalisatrice – Caterina Mona est cheffe monteuse et scénariste –, la cinéaste zurichoise livre un drame social remarquablement construit, abordant plusieurs aspects complexes de la migration sans perdre de vue son sujet central : la relation d’une mère émigrée et de sa fille adolescente qui a grandi en Suisse, loin des affres du traumatisme originel.
Semret, aide-soignante érythréenne dans une maternité zurichoise, vit avec sa fille Joe (Hermela Tekleab), collégienne, dans un petit appartement à Zurich. Sa vie tourne autour de deux choses : offrir à sa fille les meilleures conditions pour avoir une belle vie dans son pays d’adoption et évoluer dans sa vie professionnelle, avec l’espoir de pouvoir intégrer une formation de sage-femme. Semret est opiniâtre dans ses deux missions, mais elle se heurte aux complications qui ont poussées sur la racine de son parcours migratoire. Pour intégrer une formation en Suisse, il faut suivre un cursus qui, en général, permet l’obtention de diplômes. (…)

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Rencontre avec le photo-journaliste Lilian Héliot, auteur de l’exposition L’exil en Bosnie, qui dénonce les politiques migratoires

Le jeune et talentueux photo-journaliste Lilian Héliot a passé plusieurs semaines en Bosnie-Herzégovine dans le canton Una-Sana, près de la frontière croate. Il en a ramené d’extraordinaires photographies de migrants venus d’ailleurs, désirant se rendre en Europe occidentale, obligés de rester sur place plusieurs années à la marge de l’existence. Titulaire d’un master : Crises Interventions d’urgence et actions de développement, Héliot membre de l’agence Hans Lucas souligne que ce grand reportage sur les oubliées du droit, réalisé sans aucun financement, entre dans son travail initial sur l’exil. Il nous a confié les secrets de son intervention sur le terrain glissant d’un pays qui a été la scène ensanglantée, pendant quatre ans, du plus grand conflit européen de la fin du 20ème siècle. Son exposition L’exil en Bosnie, itinérante, a été présentée dans plusieurs lieux parisiens, au Jardin d’Agronomie tropicale et au festival des Tropikantes, au Café Social de Belleville, au Centre Panthéon- Sorbonne et aux Amarres.(…)

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Berlinale 2022 – Panorama : Concerned Citizen d’Idan Haguel interroge le public sur sa perception de l’altérité

Toutes les grandes villes connaissent ce phénomène nommé gentrification qui fait qu’un quartier populaire et souvent multiculturel devienne la proie de (jeunes) gens aisés qui y trouvent le petit je-ne-sais-quoi qui donne une impression d’attraction exosphérique de la vie. Ce petit je-ne-sais-quoi disparaît bien vite cependant, une fois la masse critique des nouveaux venus ayant étouffé cette atmosphère de diversité, d’altérité pour la remplacer par un nouvel ordre homogène. Ben (Shlomi Bertonov) et Raz (Ariel Wolf) habitent Neve Sha’anan, un quartier en phase de transition gentrificatrice, au sud de Tel Aviv. Ce couple, propriétaire de leur appartement, professionnellement et socialement bien établi est prêt à sauter le pas vers la prochaine étape : la parentalité. (…)

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Berlinale 2022 – Forum : Mis dos voces (My Two Voices) de Lina Rodriguez ; l’expérience au féminin de la migration

Tourné en super 16 mm, Mis dos voces a le grain poétique de la réalité sublimée. Lina Rodriguez, originaire de Colombie et basée à Toronto, donne une voix au féminin à l’émigration d’Amérique latine vers celle du nord. Ana Garay Kostic, Claudia Montoya et Marinela Piedrahita, originaires de Colombie et du Mexique, installées au Canada, racontent à la cinéaste leur parcours migratoire, ce qui les a poussées sur ce chemin et ce qu’elles y ont trouvé, dans la difficulté comme dans les satisfactions. (…)

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Love of Fate, de Pierre-Alain Meier, bouleverse et marque de manière impérissable. Rencontre [audio]

Un million et demi de Syriens ont fui au Liban. Un petit nombre d’entre eux peuvent bénéficier de programmes de réinstallation. Le documentaire Love of Fate, de Pierre-Alain Meier, suit deux familles qui se trouvent dans la Plaine de la Bekaa : une famille de milieu aisé et une famille de bédouins qui abordent l’immigration de manière très différente. À la veille de leur départ pour l’Allemagne, au dernier moment, le destin s’en mêle et l’une des deux familles ne partira finalement pas. Le Mektoub, le destin, si important au Moyen-Orient, joue ici un rôle crucial. (…)

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Chaos, écrit et mis en scène par Valentine Sergo, au Théâtre Pitoëff jusqu’au 24 octobre, donne, à travers le destin de Hayat, voix et corps à des femmes opprimées

On entre sur les chapeaux de roue dans la dernière production de l’autrice et metteuse en scène Valentine Sergo : des bruits de bombes, de sirènes au loin, des cris de douleurs d’un accouchement puis les pleurs d’un bébé. En quelques secondes, le décor est planté, s’ensuivent 2h30 qui défilent comme un paysage vu d’un train: l’histoire de Hayat, originaire d’un pays sous occupation contrainte à l’exil pour des raisons privées et politiques.
À travers de courtes saynètes, Chaos nous propulse dans des allers-retours constants entre passé et présent, entre le Moyen-Orient et l’Europe ; le destin d’une vingtaine de personnages – tous joués par les deux actrices et les deux acteurs dans une solide performance tant artistique que physique – se tisse sous nos yeux, rendant petit à petit au récit défragmenté sa forme globale.
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Toronto International Film Festival (TIFF) –  Aga Woszczyńska tend un miroir implacable du narcissisme occidental avec son premier long métrage, Silent Land (Cicha Ziemia), présentée en Première mondiale au TIFF

Dans Silent Land, le couple assorti dans sa physionomie stéréotypée –  blond.es, grand.es et aux yeux bleus – passe ses vacances sur une île, en Italie. À l’aise financièrement, il loue une grande maison avec piscine qui possède une magnifique vue sur la mer. Hélas, la piscine n’est pas en fonction, ce qui contrarie énormément nos deux vacancier.es. Fabio (Marcello Romolo), le propriétaire de la maison et du restaurant du village, leur propose une ristourne sur le prix, un repas gratuits à la trattoria, mais rien n’y fait ! Lorsqu’il leur dit « pas besoin d’une piscine, la mer est là », Anna et Adam n’en démordent pas : la maison a été louée en grande partie pour sa piscine ; ils veulent en faire usage. Leur vient-il à l’idée que l’île puisse avoir des problèmes d’approvisionnement d’eau ? Il n’est même pas sûr qu’ils ignorent consciemment cette possibilité, tellement le couple est autocentré sur ses propres besoins qui s’avèrent durant ces vacances basiques et mécaniques : manger, boire, avoir des relations sexuelles. Tout ceci sans grande émotion, le plus souvent en silence, sur un mode autopilote. Tout semble très banal au fond, mais quelque chose d’évanescent, d’inquiétant sourd de cette représentation ritualisée.
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Locarno 2021 – Concorso Cineasti del presente : Il Legionario (The Legionnaire) de Hleb Papou aborde le sujet de la société multiculturelle italienne mais se perd dans le tissu de son histoire

Toute l’Europe est confrontée à ce sujet délicat de sociétés ethniquement homogènes, du moins dans leurs classes visibles et représentées dans l’espace public, que se découvrent multiculturelles à travers les générations suivant les primo-arrivants revendiquant leur appartenance totale au pays natal  – dans les devoirs comme dans les droits ! Cela ne va pas sans heurts dans de nombreux pays, avec des fractures qui se forment et des blessures sociétales qui ne cessent de saigner avec, souvent, pour seul garrot, le recours à l’extrême-droite qui se nourrit comme un vampire de ces cicatrices suppurantes. Hleb Papou, né en Bélarus qui vit depuis 2003 en Italie, a fait de son court métrage éponyme sélectionné à la Semaine de la Critique de la Mostra de Venise en 2017, un long métrage pour développer son propos.
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FIFDH 2021 – Shadow Game : Un coup de poing en plein estomac qui coupe le souffle et couvre de honte le continent européen et ses pratiques envers les mineurs non-accompagnés !

En préambule, et afin que l’on se rende compte immédiatement quelle est la nature du scandale dont on parle (qui n’est pas nouveau et mainte fois documenté mais sur lequel on préfère fermer les yeux) et que dénonce de manière puissante ce film qui donne directement la parole aux concernés et utilise pour partie les images qu’ils ont eux-mêmes tournées, voici l’article 22, paragraphe 1 de la Convention relative aux Droits de l’enfant :

Les États parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits États sont parties.

Voilà. C’est clair net et précis. Nous sommes en Europe, en 2021, et des enfants se voient dénier ce droit fondamental, pire se font torturer psychiquement pendant des années par ce refus et les conditions inhumaines dans lesquelles ils doivent vivre et survivre pendant leur odyssée et, pour certains, se font torturer physiquement par des autorités dépositaires du monopole de la violence physique légitime. Il est facile de faire les gros titres et pousser des cris d’orfraie devant des images venues d’ailleurs, comme ces enfants d’Amérique latine encagés aux États-Unis par l’administration Trump. Mais qu’en est-il de ces images – qui existent – et que l’on cache dans une hypocrisie crasse ? Que l’Europe se couvre de la cendre de la honte avant de donner des leçons ailleurs ! Shadow Game est un coup de poing en plein estomac qui coupe le souffle et révolte.
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Sin señas particulares (Sans signe particulier), le premier long métrage de la productrice mexicaine Fernanda Valadez, rend un vibrant et poétique hommage aux disparus et à leurs proches au Mexique

[Edit du 22.02.2021: La critique a paru le 26 octobre 2020; la pandémie ayant coupé les ailes au film pour sa sortie en salle, nous republions la critique pour la sortie du film sur la plateforme suisse de films à la demande filmingo.]

Magdalena (Mercedes Hernández) n’a plus entendu parler de son fils Jesús (Juan Jesús Varela) depuis des mois – pas depuis qu’il a quitté leur ville pour traverser la frontière qui les sépare des États-Unis. Son amie Chya (Laura Elena Ibarra) va l’aider, émotionnellement et financièremrent, à poursuivre cette quête dont la majeure partie des gens que Magdalena croise veulent l’en dissuader. Les autorités veulent qu’elle signe l’acte de décès de son fils, mais une rencontre avec un parent endeuillé fait comprendre à Magdalena qu’elle ne peut pas vivre sans connaître son sort. Elle entame une odyssée à travers le Mexique, dans des zones de violence et de désolation, à la poursuite de toute piste disponible malgré la mise en garde de ne pas poser publiquement de telles questions. En chemin, elle rencontre et voyage avec Miguel (David Illescas), récemment expulsé, qui se retrouve à rentrer chez lui à travers un pays changé mais, surtout, qui ne retrouve pas de traces de sa mère.
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