Berlinale 2021 Summer Special: Fabian oder der Gang vor die Hunde (Fabian – Going to the Dogs ) de Dominik Graf ou l‘immersion hypnotique dans les prémisses du mal du XXe siècle

L’écrivain allemand Erich Kästner est particulièrement connu pour ses livres pour la jeunesse souvent adaptés au cinéma, et son plus célèbre roman traduit, Émile et les Détectives (1929). L’auteur ne s’est cependant spécialisé dans la littérature jeunesse ; sa carrière a débuté dans la période de la République de Weimar avec des poèmes et des essais socialement critiques et antimilitaristes. Dès le début de l’ère nazie, ses ouvrages ont été inscrits sur la liste des œuvres « non-allemande » et ses livres ont été brûlés dans les autodafés allemands de 1933. Il  est tout de même resté en Allemagne et a réussi à écrire quelques scenarii, textes de théâtre et cabaret sous un pseudonyme. Parmi ses nombreux livres méconnus, Fabian – Histoire d’un moraliste (Fabian. Die Geschichte eines Moralisten; 1931), qui aurait dû s’appeler à l’origine Fabian – Der Gang vor die Hunde.  Le titre ainsi que le la version originale a été retoquée par l’éditeur, qui a changé le titre et remanié le texte dans le langage et des scènes écourtées ou coupées. Étonnamment, après la guerre, Kästner n’a pas repris sa première version et ce n’est qu’en 2013 qu’une version « reconstituée » a été publiée, sous le titre original, Der Gang vor die Hunde ( qui pourrait être traduit par « Aller aux chiens » mais a été judicieusement intitulé en français en 2016 par Vers l’abîme). C’est ce que nous propose de regarder le cinéaste allemand Dominik Graf avec son dernier film présenté à la Berlinale 2021 en compétition et qui commence sa tournée des festivals avec sa projection à l’IFFR 2021, avant sa sortie cet été.
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Berlinale 2020 – Compétition : Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani – une plongée dans la noirceur de l’âme humaine et d’une société gangrénée

Il aura fallu sept de travail acharné à Burhan Qurbani pour achever son 3e long métrage après Shahada (2010) et Wir sind jung wir sind stark (2015). Il faut dire que s’attaquer à l’œuvre d’Alfred Döblin, qui plus est une œuvre adaptée pour la télévision par Fassbinder en 1980 – série qui avait été montrée en avant-première à la Mostra de Venise, chose qui pour l’époque relevait de l’exceptionnel – est en soi une entreprise périlleuse. Depuis l’annonce de la sélection du film en compétition, tout le monde attendait ce Berlin Alexanderplatz de 3 heures, revisité et actualisé. L’attente s’est avérée payante, malgré sa longueur et quelques inégalités de tensions dans le récit, le travail titanesque du cinéaste allemand a payé.
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Berlinale 2019 – Compétition jour #2 : Systemsprenger – Un film allemand dérangeant sur la violence de l’enfance

Famille d’accueil, groupe de vie, école spéciale: Peu importe où Benni va, elle est immédiatement renvoyée et finit régulièrement aux urgences pédopsychiatriques. L’enfant sauvage de neuf ans est ce que les services de la protection de la jeunesse appellent – inofficiellement – « un système détonateur ». Mais Benni ne cherche qu’une chose : l’amour, la sécurité et vivre avec sa maman à nouveau ! Mais elle le cherche de manière si désespérée, qu’elle fait peur à tout le monde avec cette violence incontrôlée qui l’habite. Alors que tous les centres et groupes de vie la refusent, qu’il ne reste plus comme option que de la mettre dans un centre fermé malgré son très jeune âge, Micha , le travailleur social spécialisé dans l’antiviolence pour adolescents essaie de la libérer de la spirale de la colère et de l’agression dans laquelle elle se trouve.
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