Berlinale 2019 – Compétition jour #2 : Öndög de Wang Quan’an – Une somptueuse cinématographie d’Aymerick Pilarski dans les plaines de Mongolie

Le réalisateur chinois Wang Quan’an est un habitué de la Berlinale où ont été présenté quasiment tous ses films maintes fois primés : en 2007 avec la distinction suprême, l’Ours d’or du meilleur film pour Le Mariage de Tuya (Tuya de hun shi); en 2010 il fait l’ouverture du festival avec Apart Together (Tuán yuán) et remporte l’Ours d’argent du meilleur scénario; en 2012 il remporte l’Ours d’argent de la meilleure contribution technique (cette année-là, la photographie) avec La plaine du cerf blanc (Bai lu yuan). Sa relation forte avec la Berlinale et son directeur, Dieter Kosslick (voir à ce propos la „quote of the day“), l’amènera à être membre du jury présidé par Paul Verhoeven en 2017.

— Dulamjav Enkhtaivan – Öndög
© Wang Quan’an

Cette année, en compétition, un film tourné en Mongolie, pays qu’il affectionne particulièrement, intitulé Öndög, qui signifie œuf en mongol. Comme pour tous les films qui viennent de ces vastes contrées d’Asie centrale, ce film ne vaut d’être vu que sur grand écran, et si possible sur un énorme écran incurvé, seul apte à faire honneur à la photographie en cinémascope et aux paysages somptueux.
Ce sont de véritables tableaux qui s’animent sous nos yeux dans une lumière extraordinaire. À la question de savoir comment le chef opérateur français Aymerick Pilarski, qui a étudié à l’école du film de Pékin et parle donc mandarin, a travaillé cette merveilleuse lumière, il nous a répondu :

J’adore la lumière naturelle. Un des grands défis a été de s’adapter aux changements de lumières qui interviennent très rapidement dans ces régions, mais aussi d’être prêt à se laisser surprendre et d’en prendre parti, comme la pleine lune qui se lève ou un avion qui passe dans le ciel immaculé. Mais mon plus grand défi a été effectivement comme vous le dites les lumières intérieures. C’est même le plus grand challenge de ma carrière de chef op. Il y a peu de sources de lumières dans ces lieux comme les yourtes ou l’étable, il a fallu chercher des solutions comme l’usage d’accessoires, telles les lampes frontales pendant la mise à bât du veau. D’ailleurs la scène la plus difficile pour moi a été celle-ci, car on ne pouvait pas la contrôler ; le travail de la vache a commencé dans la journée mais j’ai vraiment paniqué quand la nuit est tombée et le veau pas encore sorti, je me demandais comment on allait faire. Mais ce qui est bien avec Wang Quan’an, c’est qu’il est un réalisateur qui comprend l’image et donc les problèmes qu’un chef opérateur peut avoir. Nous avons donc cherché – et trouvé – des solutions ensembles.

— Aymerick Pilarski, chef opératuer de Öndög de Wang Quan’an
© Malik Berkati

Concernant le format cinémascope :

Wang Quan’an m’a dit en me parlant du projet : on a un décor de 360 degrés. Et effectivement, en arrivant sur place, j’ai constaté que c’est un espace sans limites. Dans ce cas-là, le format vient de lui-même pour retranscrire à l’image les étendues. Il faut que le spectateur se sente comme s’il était là-bas : minuscule. C’est pour cette raison qu’il y a énormément de plans très larges, et ce format très large demande un travail de composition sur l’image très important. Avec Wang Quan’an, nous avons travaillé très étroitement sur cette composition.

Wang Quan’an ajoute :

Ce ne sont pas les humains mais la nature et les animaux qui forment les cadres. Pour reprendre l’exemple de la vache qui met bât, c’est comme si la mère-nature nous disait comment nous y prendre pour montrer la majesté de la nature. Ceci dit, nous ne souhaitions pas la perferction à tous prix, car elle n’existe pas dans la nature. C’est pourquoi nous avons laissé quelques aspérités à l’image, le grain de la réalité.


— Dulamjav Enkhtaivan – Öndög
© Wang Quan’an

Et le sujet du film ? À vrai dire, l’action est minimaliste. D’ailleurs, Wang Quan’an qui auparavant a écrit tous les scénarii de ses films avoue ici avoir tourné sans scénario.

J’étais un peu confus, j’ai tourné et c’est vraiment à la fin, au montage, que j’ai saisi le sens de ce film : la vie, la mort et l’amour, tout ceci sur l’échelle du temps. Ce film se passe certes en Mongolie mais il est parfaitement compréhensible et relevant dans le reste du monde. L’humanité est en voie d’extinction et il faut à présent savoir si on veut et peut coexister avec la nature. Les relations hommes-femmes traitent superficiellement de l’amour, mais c’est aussi de la survie biologique de l’espèce dont il s’agit. Ce sont les dinosaures qui nous font comprendre que nous ne représentons qu’un infime instant sur l’échelle de l’histoire. L’humanité disparaîtra elle aussi, nous ne sommes qu’un clin d’œil dans le temps. Il faut donc vraiment se réjouir de sa vie, même si elle est brève.


— Dulamjav Enkhtaivan, Gangtemuer Arild – Öndög
© Wang Quan’an

La référence faite aux dinosaures par le cinéaste chinois provient du titre, cet œuf qui, dans le film, est celui dans le ventre des animaux et humains, mais surtout celui fossilisé d’un dinosaure. Et quelle alléchante allégorie que de montrer la fin d’une espèce à travers son œuf ayant survécu à sa disparition… D’ailleurs, l’humour absurde de situation émarge pendant tout le déroulé de l’histoire très simple et raconté à pas d’être humain :

Un policier de 18 ans garde seul la scène de crime d’une jeune femme nue. Une bergère de 35 ans, en totale autarcie, a été envoyée pour l’assister.  Pendant la nuit gelée dans la prairie mongole, ils ont des rapports sexuels, et la femme tombe enceinte.  Mais c’est un autre homme qui prétend à son amour…

De Wang Quan’an ; avec Dumlajav Enkhtaivan, Aorigeletu, Norovsambuu Batmunkh ; Mongolie ; 2019 ; 100 minutes.

Malik Berkati, Berlin

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