Berlinale 2019 : rencontre avec Kacey Mottet Klein, Oulaya Amamra et Stéphane Bac, les jeunes acteurs de L’adieu à la nuit d’Andrée Téchiné

[critique du film]

Kacey Mottet Klein est l’un de ces jeunes comédiens que l’on a littéralement vu grandir devant les caméras : de L’Enfant d’en haut  en 2011 à Home d’Ursula Meier puis à Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, Kacey Mottet Klein est entré dans la cour du septième art jouant devant la caméra des grands. d’ailleurs, il joue Quand on a 17 ans d’André Téchiné qu’il retrouve pour son nouveau long métrage avec Catherine Deneuve, L’Adieu à la nuit. Trois ans après avoir été sélectionné comme Shooting Star (meilleurs talents européens), Kacey Mottet Klein est de retour au festival du film de Berlin. A ses côtés, dans le rôle de sa petite amie, Lila, radicalisée et prête à partir combattre en Syrie, Oulaya Amamra et dans le rôle du recruteur, une ex-petite frappe de banlieue qui endoctrine grâce à un discours religieux salutiste bien rôdé, Stéphane Bac qui interprète Bilal.

— Kacey Mottet Klein, Oulaya Amamra – L’adieu à la nuit
© Curiosa, Adieu à la nuit 2019

Venus présenter, aux côtés d’André Téchiné, Catherine Deneuve et Léa Mysius, le film à la 69ème édition de la Berlinale, nous avons pu poser quelques questions aux jeunes comédiens. Pour les rencontrer à l’Hôtel Adlon Kempiski, proche de la Porte de Brandebourg, la sous-signée a dû bravé le flux des gilets jaunes allemands qui manifestaient mardi 12 février 2019 et remonté à contre-courant l’artère qui mène à l’hôtel car les autres rues étaient condamnées par la police berlinoise. Comme quoi, ce qui semblait un mouvement anecdotique en novembre à Bordeaux a fait des émules jusque dans la capitale allemande.

Comment définiriez-vous le personnage d’Alex ?

Kacey Mottet Klein : Il se sent perdu, comme beaucoup d’autres jeunes. Il est attiré par les islamistes car à ses yeux, ils représentent quelque chose de fort et de puissant.

Que pensez-vous de l’Islam ?

Parce que j’avais beaucoup d’amis musulmans à cette époque et que j’étais fasciné par leur religion et leur culture, je me suis converti à l’Islam quand j’avais quatorze ans. Pendant deux jours je suis allé à la mosquée, j’ai arrêté de fumer et de boire. Deux jours après, j’ai réalisé que c’était incompatible avec le mode de vie que je voulais vivre. L’islam vous demande de changer radicalement vous-même. Mais je voulais faire des choses que vous faites à l’adolescence. Je voulais fumer et boire et vivre ma vie matérielle.

Quelles sont les échappatoires auxquelles vous recourez pour vous retrouver ?

A la fin d’un tournage, il faut faire le deuil du personnage qu’on a incarné et c’est un plaisir de se retrouver. On part très loin, surtout quand on doit interpréter des rôles comme celui d’Alex, c’est effrayant et se retrouver est nécessaire. Se retrouver, ce n’est pas aller à Paris pour continuer à fréquenter des gens du milieu du cinéma pour parler du cinéma, sinon on continue à être à un être dans une sphère irréelle.
j’ai fait l’acquisition d’un cheval récemment, en Suisse, à Peney-le-Jorat, et j’y retourne pour me faire du bien, pour poser les pieds sur terre et c’est vital. Le besoin du cheval m’est venu sur le film Continuer de Joachim Lafosse avec Virginie Efira. Pour ce film, adapté du livre éponyme de Laurent Mauvignier, j’ai passé deux mois au Maroc tous les jours à cheval. J’ai toujours eu la passion du cheval, ma mère aussi. j’ai décidé de faire l’acquisition du cheval du tournage que j’ai ramené du Maroc en Suisse.

Vous interprétez toujours des rôles d’enfants terribles au cinéma ?

De plus en plus, je me demande si je ne devrais faire autre chose que du cinéma, si je devrais pas être pompier, faire quelque chose de rationnel et pragmatique, faire quelque chose qui aident vraiment les gens.
Je me sens assez hypocrite en tant qu’acteur, je ne me sens pas moi. Je me sens différent, c’est dur d’être différent en Suisse, de ne pas être employé de commerce, de ne pas être banquier. Je me demande si je ne devrais pas arrêter, j’ai toujours eu des rôles d’enfants difficiles au cinéma, en effet, et j’en ai un peu assez. Mais je pense que si le cinéma n’était pas venu sonné à ma porte, je pense que j’aurais mal terminé.

A Stéphane Bak (Bilal) : Que pensez-vous des recruteurs comme Bilal que vous interprétez ?

J’interprète un recruteur mais, personnellement, j’ai l’impression que les jeunes qui sont sensibles au discours radical peuvent obtenir plus d’informations sur internet et sur les réseaux sociaux qu’à la mosquée. En ce sens, qu’ils trouvent les réponses à leurs questions sur internet, des réponses qu’ils n’obtiendraient pas auprès de l’imam. L’imam leur donne les réponses que leur donneraient leurs parents ou leurs amis. Via les réseaux sociaux, ils trouvent des réponses beaucoup plus extrémistes qui donnent une dimension noire, une dimension qui pousse au sacrifice de soi pour sauver les siens du péché de l’Occident. Les discours relayés par les réseaux sociaux et internet poussent les gens à s’engager jusqu’à se donner la mort au nom de l’Islam tel qu’on le leur présente.

A Oulaya Amamra (Lila): Comment vivez-vous le fait d’être à la Berlinale ?

la Berlinale, c’est comme Cannes, c’est une expérience intense, on passe très vite des rires aux pleurs, tu te prends des claques. Quand on découvre le film, tout est décuplé. c’est un concentré d’émotions.

Comment avez-vous travaillé pour incarné Lila ?

Il y a eu une très grosse préparation pour incarner ce personnage. Comme j’étais très éloignée de ce personnage, j’ai dû m’identifier à elle : marcher comme Lila, bouger comme Lila, etc. Un peu comme pour Dounia dans Divines de Houda Benyamina , pour Lila, le besoin viscéral qu’elle éprouve est d’avoir de la dignité. Ce qui a fait la singularité du film est qu’on était tous très concentré, que ce soient les acteurs ou l’équipe technique. Comme des sportifs de haut niveau qui se préparent longtemps en amont pour les jeux olympiques, le jour des jeux, ils sont prêts. C’est précieux.

Vous avez été révélée par Divines réalisé par votre soeur; être actrice était un rêve de longue date ?

J’ai voulu être actrice depuis toute petite. J’ai eu une révélation : j’ai vu Le malade imaginaire de Molière à la Comédie française et j’ai su que c’est ce que je voulais faire. pour Divines, ma soeur, la réalisatrice, ne voulait pas me prendre. C’est un film ni sur le féminisme ni sur les banlieues mais sur la pauvreté et l’humiliation des pauvres. Comme ma soeur ne voulait pas de moi, je me suis inscrite auprès de la directrice de casting à son insu.

Propos recueillis par Firouz E. Pillet, Berlin

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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