Cannes 2002 : Hommage d’une fille à son père, de Fatou Cissé, fait partie de la sélection Cannes Classics et rend un vibrant hommage à son cinéaste de père, Souleymane Cissé

Fatou Cissé est connue comme femme d’affaires. Mais, depuis de très nombreuses années, elle accompagne son père, le réalisateur malien Souleymane Cissé, dans sa carrière, l’épaule et dresse ici un portrait tout en retenue de cinéma poétique et touchant sur l’une des légendes du cinéma africain.

Hommage d’une fille à son père de Fatou Cissé
Image courtoisie Festival de Cannes

Souleymane Cissé est le premier cinéaste africain à avoir été primé à Cannes avec son film Yeelen en 1983. Il fallait bien un documentaire pour retracer son parcours incroyable et hors normes. Celui qui a réalisé sept longs métrages de fiction en quarante années de carrière a fait ses études au Sénégal et est revenu au Mali lorsqu’il avait vingt ans au moment de l’indépendance. C’est alors que Souleymane Cissé découvre un documentaire sur Patrice Lumumba, le héros de l’indépendance du Congo belge; c’est un véritable choc qui le décide à faire du cinéma.

Le film s’ouvre sur quelques images tournées au Mali, accompagnées par quelques notes de musique malienne, puis la caméra de Fatou nous entraîne à Busan, au BIFF 2016, où Souleymane Cissé est acclamé devant une salle pleine. Le cinéaste préside le jury de cette édition et va donner une masterclass, intitulée « Ma vie, mon cinéma ».
On retrouve ensuite Souleymane Cissé qui prend paisiblement son café et répond à une question de Fatou sur son métier :

« Les gens disent que je fais un métier de fou. Je ne crois pas que cela soit un métier de fou mais c’est vrai que quand je commence un projet, je ne pense plus qu’à cela. La vie, c’est le bonheur. La vie, c’est le plaisir. Faisons en sorte d’obtenir et de partager ce bonheur autour de nous. Quand je travaille, je ne pense ni à ma famille ni à mes enfants mais qu’à mon travail. »

Hommage d’une fille à son père, de Fatou Cissé, propose les témoignages des amis, de la famille, ou encore des collaborateurs de Souleymane Cissé. Le film documentaire s’intéresse à sa jeunesse à Dakar, à son implication dans le cinéma à partir de l’indépendance du Mali en 1960 et ses réalisations des années septante à nos jours. Le cinéaste souligne que le cinéma l’a amené à aider son peuple :

« Je pense que ce métier m’a aidé à aider les gens, par exemple, les gens de Nyamina (commune du Mali, dans le cercle et la région de Koulikorom, N.D.L.R.). Mes arrières-grands-parents viennent de Nyamina et c’est important de retourner là-bas pour que les gens sachent qu’ils ne sont pas abandonnés. Cela a été le plus grand bonheur et le plus grand cadeau que ce métier m’a donné: les soutenir dans leurs actions et dans leurs difficultés. »

Au cours de sa carrière, le réalisateur a remporté de nombreux prix et a été membre du Jury des Longs Métrages du Festival de Cannes en 1983, signe d’une reconnaissance internationale. Mais Souleymane Cissé tient à faire partager son bonheur issu du cinéma et à diffuser le septième art en le rendant accessible. Fatou le montre alors qu’il préside le Festival de cinéma de Nyamina, organisé par l’Union des créateurs, entrepreneurs du Cinéma et de l’Audiovisuel de l’Afrique de l’Ouest (UCECAO). Le producteur Jeremy Thomas souligne que cette ville de Nyamina est une métaphore pour les jeunes alors que Costa-Gavras se souvient que sa première rencontre avec Souleymane Cissé n’était pas physique mais à travers son œuvre avec le film Den muso (La jeune fille) qui évoque le viol d’une jeune fille mais qui ne peut pas en parler comme elle est muette. Costa-Gavras a trouvé cette idée très ingénieuse car représentative de ce que subissent les femmes victimes de viol ne pouvant pas dénoncer les coupables. Le réalisateur Simon Duffo dit combien ce film a suscité la polémique au Mali et Karim Drame précise qu’il a dû prêter main forte au cinéaste.
Regorgeant d’interviews de grandes personnalités du cinéma comme le journaliste sénégalais Baba Diop ou les réalisateurs Costa-Gavras, Martin Scorsese, Spike Lee, Hommage d’une fille à son père, présente une diversité enrichissante des points de vue qui, au fil du documentaire, apportent des éléments bigarrés et brossent le portrait authentique et exhaustif de l’un des pionniers du cinéma malien, et très certainement son plus éminent représentant. En avance sur leur temps, les films de Souleymane Cissé ont abordé des thèmes précurseurs, souvent au grand dam des pouvoirs politiques africains et de la censure.

Projeté cette année à Cannes Classics, le film permet à la réalisatrice de marcher sur les traces de son père et à ses côtés, lui qui avait obtenu le Prix du Jury 1987 avec Yeelen (La lumière) lors de la 40e édition du Festival. Père et fille étaient présents sur la Croisette pour présenter le long métrage au public.

En 2018, nous avions rencontré Souleymane Cissé, accompagné par sa fille Fatou, alors qu’il présidait la compétition internationale des longs métrages au GIFF. Écouter l’entretien ici.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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