Cannes 2022 : L’innocent, de Louis Garrel, présenté hors compétition, invite à une comédie policière emplie de savoureuses mises en abîme

Quand Abel (Louis Garrel) apprend que sa mère Sylvie (Anouk Grinberg), la soixantaine, qui anime des ateliers de théâtre en prison, est sur le point de se marier avec Michel (Roschdy Zem), un prisonnier, il panique. Aussitôt, Abel suspecte des intentions douteuses et un stratagème louche dans ce mariage et se met à prendre en filature Michel. Epaulé par Clémence (Noémie Merlant), sa meilleure amie, plus précisément la meilleure amie de feu sa femme, Abel va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives…

— Roschdy Zem et Louis Garrel – L’innocent
© Les Films des Tournelles

Cette comédie policière marque la maturité cinématographique de Louis Garrel, jouant énormément sur la personnalité d’Abel, qui est à la fois très angoissé mais qui se sent investi d’un devoir de protection et devient rapidement le père de substitution de sa propre mère. De toute évidence, pour Louis Garrel, le monde est divisé entre les personnes optimistes et les personnes pessimistes : il ne fait nul doute qu’Abel appartient à la deuxième catégorie. Il est persuadé que la bonne humeur de sa mère et sa joie constante font d’elle une femme déraisonnable.

Très angoissé, Abel exprime ses peurs et son stress par une immense agitation, accompagnée de nombreux mouvements de maladresse. Le résultat à l’écran crée un univers burlesque qui suscite rapidement rires et amusement, faisant agréablement penser aux personnages dépressifs et burlesques de Woody Allen.

On ressent chez Abel l’inavouable désir que les catastrophes qu’ils pressent ou prédit finissent par arriver. Louis Garrel recourt à ce moteur narratif efficace qui permet au récit de ne jamais s’enliser et provoque des rebondissements bienvenus. À travers les filatures, plus ou moins bien menées par Abel, le cinéaste explore l’admiration inavouée et inavouable du beau-fils pour son beau-père. Au fil des péripéties et des imprévus, le caractère d’Abel évolue, passant du pessimiste observateur au paranoïaque actif qui met en branle nombre de situations, les provoquent pour prouver qu’il a raison.

Louis Garrel signe avec L’innocent son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, livrant une œuvre maîtrisée qui confirme son talent.Le titre du film provient de l’observation de Louis Garrel qui a été assister à des auditions de condamnés et qui a constaté que la plupart des accusés ont toujours des raisons valables d’avoir commis un crimes, et, en ce sens, sont « innocents ». Sans déflorer l’histoire, on peut mentionner qu’Abel, au contact de son beau-père, qui est un homme qui vient du banditisme, va se retrouver, par lien familial, à transgresser la loi. L’arroseur arrosé !

Avec L’innocent, Louis Garrel évoque la vie de sa propre mère, Brigitte Sy, qui a animé de nombreux ateliers en prison. Ayant côtoyé des détenus dès l’âge de douze ans, Louis Garrel met dans son scénario des éléments autobiographiques, parvient à faire se rencontrer la petite bourgeoisie intellectuelle et le monde carcéral, des univers qui ne sont pas censés se croiser.

Après avoir exploré la triangulation amoureuse avec Les deux amis (2015) et L’homme fidèle (2018) et après une tentative discutable mais attachante dans la fable écologique, La croisade (2021), Louis Garrel signe un film brillant et atteint avec L’innocent la maturité.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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