Cannes 2017 – Sanpo suru shinryakusha : la fin du monde selon Kiyoshi Kurosawa

Sanpo suru shinryakusha (Before we Vanish), qui concourt dans Un certain Regard, est l’œuvre du réalisateur japonais connu pour ses nombreuses contributions au genre d’horreur nippon. Pour les cinéphiles qui assimileraient Kiyoshi Kurosawa à Akira Kurosawa, sachez que ce cinéaste, qui multiplie les casquettes puisqu’il est aussi scénariste, critique de cinéma et professeur à l’Université des arts de Tokyo, n’est pas lié à on homonyme … Et c’est bien regrettable !

Sanpo suru shinryakusha (Avant que nous disparaissions) de Kiyoshi Kurosawa

Avec Sanpo suru shinryakusha (Avant que nous disparaissions), Kiyoshi Kurosawa plonge la planète Terre dans l’apocalypse à travers un thriller de science-fiction qu relate une attaque extraterrestre et une capture des cerveaux humains, une méthode originale  d’envahir la terre, qui fait songer à  L’invasion continue (Body Snatchers),  film américain réalisé par Abel Ferrara, sorti en 1993. Avec Kiyoshi Kurosawa, l’invasion se poursuit et met d’emblée les spectateurs au diapason, ouvrant le film par une scène gore à souhaits. Avant que nous disparaissions voit en effet un groupe de trois scouts étrangers descendre sur Terre et habiter les corps des humains. L’une est la femme d’école Akira (Yuri Tsunematsu), qui déclenche une scène de boucherie sanglante, puis se promène au milieu de la route en souriant, ce qui fait que les camions s’entrechoquent derrière elle. Elle dissone et semble être un personnage amusant, dont la sociopathie décontractée est plus intéressante que l’extraterrestre qui habite le corps de Shuji (Ryuhei Matsuda), dont l’ex-femme Narumi (Ryuhei Matsuda, Our Little Sister) est de plus en plus perplexe face aux extravagances de son mari. Pendant ce temps, le journaliste Sakurai (Hiroki Hasegawa) se retrouve Amano (Mahiro Takasugi), étranger à qui il sert de guide sans soupçonner que son dessein est de dominer le monde.

En s’affirmant comme une satire politique, le film sombre rapidement dans une absurde fable, ponctuée par de fréquents éclats de violence qui n’ont d’utilité que de faire monter l’adrénaline et choquer, ce film ne convaincra que les adeptes du genre. L’excès de cynisme fatigue rapidement.

Pourtant, il fut un temps où Kiyoshi Kurosawa réalisait des films comme Cure (1997) et Pulse (2001), qui, selon les critiques, étaient quelques-uns des meilleurs films d’horreur de leur époque. Même si Avant que nous disparaissions est un drame ambitieux de science-fiction avec quelques bonnes idées, le film tourne rapidement au fatras structurelle, avec quelques restes persistants de promesses qui n’aboutissent malheureusement jamais.

Kurosawa fonctionne mieux lorsqu’il s’agit d’un genre bien défini et pourtant,  même si il s’agit d’horreur et de science fiction, Avant que nous disparaissions tente de toucher à tellement de choses à la fois qu’il finit par ne rien accomplir. Le récit n’est guère aidé par des visuels plats et un rythme peu soutenu, qui s’étend sur plus de deux heures interminables. Une tentative vaine et dérisoire de susciter de l’énergie vers la fin, avec des coups de feu et une guerre de drones semble mettre le coup de grâce à à ce spectacle affligeant. Comme Kiyoshi Kurosawa est aussi critique de cinéma, il ne s’offusquera pas de notre appréciation de son film.
Le film affichait pourtant une première partie prometteuse mais évolue de façon irrégulière et décevante. On songe à Last train to Busan (Dernier Train pour Busan), film d’horreur sud-coréen écrit et réalisé par Yeon Sang-ho, sorti en 2016 qui captivait de bout en bout.

Firouz Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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