Cannes 2019 : A Hidden Life, de Terrence Malick, rend hommage à un objecteur de conscience autrichien et autopsie son destin à l’aide du transcendantalisme

En compétition au Festival de Cannes 2019, le dernier film de Terrence Malick conserve son approche philosophique teintée de religion mais semble plus accessible que la majeure partie de ses films précédents.

Avec Stanley Kubrick, Terrence Malick est sans aucun doute le réalisateur le plus mystérieux de ces dernières décennies. On connaît, tout compte fait, très peu de choses sur lui, tant il prend un soin obsessionnel à contrôler son image, sans doute pour entretenir le mythe autour de lui et autour son oeuvre. Une oeuvre qui fascine et suscite moult interrogations sur le sens de la vie, sur la présence divine qui accompagne les actes et les décisions des êtres humains, exposant par le biais de réflexions existentielles les destinées de ses personnages.

Dans ce dernier opus, le cinéaste entraîne le public dans un drame inspiré de l’histoire vraie de Franz Jägerstätter, aussi orthographié Jaegerstaetter, est un paysan autrichien qui refusa de prêter allégeance à Hitler, une obligation sine qua non pour tous les soldats appelés, pendant la Seconde Guerre mondiale. Né le 20 mai 1907  à St. Radegund , près de Salzbourg, et mort le 9 août 1945 à Berlin, cet objecteur de conscience autrichien a été victime du régime nazi, parmi tant d’autres et est il est vénéré comme bienheureux et martyr  par l’Eglise catholique même si ses contemporains lui ont rendu la vie infernale ainsi qu’à sa famille.

— Valerie Pachner et August Diehl – A Hidden Life
© Iris Productions

Le film s’inspire donc de faits réels, encore méconnus du grand public. Ne serait-ce que pour découvrir ce triste chapitre du régime hitlérien, le film de Terrence Malick mérite qu’on s’y intéresse.

Franz Jägerstätter (August Diehl), paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Transféré d’une prison proche de son village au centre pénitentiaire de Tegel, à Berlin, il reste porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani (Valerie Pachner) et ses trois filles en bas âge. Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

Si Voyage of time (2016) et The Tree of Life (2011) demeuraient plutôt difficiles d’accès, ce dernier l’est beaucoup plus grâce à une époque bien définie de l’historie contemporaine.

De nombreuses réflexions renvoient aux influences de Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau, philosophe naturaliste et poète américain, né au XIXe siècle aux Etats-Unis.
D’origine purement américaine, le transcendantalisme est un mouvement philosophique et littéraire créé par Ralph Waldo Emerson. Initié au transcendantalisme par l’auteur de Nature, dont la stature l’a longtemps éclipsé, Henry David Thoreau, du fait de son esprit d’indépendance, n’adhère cependant que partiellement au mouvement. Il tire de ce courant d’inspiration romantique européenne l’idée qu’il existe des correspondances entre l’homme et la nature (source : dictionnaire de philosophie, N.D.A.). Chez Terrence Malick, la nature est d’ailleurs magnifiée dans chaque séquence : ici, les flancs de la montagne où les paysans passent la faux, une cascade qui jaillit du sommet de la montagne, des cumulus qui flottent dans un ciel bleu, le foin qui sèche.

Plongée dans le transcendantalisme américain, A Hidden Life regorge de réflexions existentielles que la citation finale vient éclairer de sa lumière,  au terme d’un cheminement tant ardu qu’extatique que Terrence Malick achève en citant George Eliot :

But the effect of her being on those around her was incalculably diffusive: for the growing good of the world is partly dependent on unhistoric acts; and that things are not so ill with you and me as they might have been, is half owing to the number who lived faithfully a hidden life, and rest in unvisited tombs.

Certains spectateurs redoutaient la durée – trois heures – de ce film mais personne n’a quitté la salle, fasciné par cette histoire singulière et hypnotisé par le flux continu et délicat de la voix off qui aligne les réflexions.

Terrence Malick, boulimique de travail, s’est déjà remis à l’ouvrage et travaille actuellement sur prochain film, Everybody’s Everything, qui se penche sur la très courte carrière du rappeur américain Lil, décédé, à l’âge de 21 ans, à la suite d’une overdose.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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