Cannes 2019 – Sibyl de Justine Triet: de la psychanalyse sous vide en compétition

Soyons justes, le film n’a pas que des défauts : il permet de réaffirmer le talent de deux actrices – la belge Virginie Efira et l’allemande Sandra Hüller.
Une fois ceci posé, on ne peut que se demander comment ce film de Justine Triet a pu atterrir dans la sélection de la compétition officielle. Tout y est insupportable, que ce soit le scénario invraisemblable, les dialogues navrants, le jeu d’Adèle Exarchopoulos  – on en souffre d’autant plus que le contraste avec celui des deux actrices précitées est cruel, quoique nous pouvons lui reconnaître une qualité que l’on retrouve régulièrement dans ses rôles : une prédisposition naturelle aux sanglotements et à la moue – , la charge caricaturale de tous les personnages, Éros et Thanatos scandés par des scènes de sexe cathartiques…
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Cannes 2019 : Il Traditore (Le traître), de Marco Bellocchio, en compétition à Cannes, replonge de manière saisissante le public dans la lutte anti-mafia mené par le juge Falcone

Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne, la Cosa Nostra, est à son comble. Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil avec sa troisième épouse, Cristina (Maria Fernanda Cândido) et leurs enfants.. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Giovanni Falcone (Fausto Russo Alesi) et trahir le serment fait à Cosa Nostra.
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Cannes 2019 : l’enfant prodigue du festival, Xavier Dolan, revient sur la Croisette avec «Matthias & Maxime », en compétition au Festival

Trois ans après le Grand Prix de Juste la fin du monde, Xavier Dolan revient en Compétition avec Matthias & Maxime, son huitième film (dont six sélectionnés à Cannes).

Le réalisateur québécois de trente ans vit une aventure incroyable avec le Festival de Cannes, une histoire qui  a commencé il y a tout juste dix ans. Il avait alors dix-neuf ans et son premier film en tant que réalisateur, I Killed My Mother, a présenté au plus grand Festival de cinéma du monde. Bel exploit pour un si jeune cinéaste !
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Cannes 2019 : « Chambre 212» de Christophe Honoré

En habitué de la Croisette, Christophe Honoré avait présenté l’an dernier en compétition Plaire, aimer et courir vite sur la tragédie des années sida à travers l’histoire d’amour entre deux hommes, récompensé finalement par le Prix Louis Delluc 2018.

Son nouveau film, Chambre 212, présenté dans la section Un Certain Regard, nous invite dans un appartement parisien de la rive gauche. Une femme, la quarantaine, prend sa douche au milieu de la journée. Son mari, début cinquantaine, arrive et sétonne qu’elle se douche à cette heure puis il lui dit qu’il va lancer une machine. Elle, c’est Maria (Chiara Mastroianni), lui, Richard (Benjamin Biolay).

Alors qu’il est en train de remplir le tambour de la machine et de vider les poches des habits de sa femme, il y trouve son téléphone qu’il pose précautionneusement sur une étagère. Mais le téléphone ne cesse de vibrer : il finit par y jeter un coup d’oeil et découvre que, via un SMS qui ne laisse guère place au doute sur la joyeuse partie de jambes en l’air qui a eu lieu l’après midi, sa femme le trompe.
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Cannes 2019 : A Hidden Life, de Terrence Malick, rend hommage à un objecteur de conscience autrichien et autopsie son destin à l’aide du transcendantalisme

En compétition au Festival de Cannes 2019, le dernier film de Terrence Malick conserve son approche philosophique teintée de religion mais semble plus accessible que la majeure partie de ses films précédents.

Avec Stanley Kubrick, Terrence Malick est sans aucun doute le réalisateur le plus mystérieux de ces dernières décennies. On connaît, tout compte fait, très peu de choses sur lui, tant il prend un soin obsessionnel à contrôler son image, sans doute pour entretenir le mythe autour de lui et autour son oeuvre. Une oeuvre qui fascine et suscite moult interrogations sur le sens de la vie, sur la présence divine qui accompagne les actes et les décisions des êtres humains, exposant par le biais de réflexions existentielles les destinées de ses personnages.
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Cannes 2019: Nicolas Bedos signe un deuxième film, La Belle époque  et nous surprend avec cette comédie au enlevée et joyeuse

Le film, présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2019, est le second du cinéaste. Apres son premier long métrage, Mr & Mme Adelman (2017), Nicolas Bedos nous entraine dans une comédie, enjouée et portée par une distribution de rêve.

Victor (Daniel Auteuil), un sexagénaire, affiche une grande barbe blanche de Père Noel mais surtout un air désabusé. A table avec sa femme, Margot, (Fanny Ardant) leurs fils (Michael Cohen) voit sa vie bouleversée le jour où Antoine (Guillaume Canet), un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitutions historiques, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix, une époque chérie et regrettée. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, quarante ans  plus tôt, en 1974, il rencontra le grand amour. Quand leurs invités lui demandent quelle époque il aimerait revivre,  il répond avec sarcasme «La préhistoire ; l’époque où je couchais encore avec ma femme. », déclenchant un fou rire généralisé. Il retrouve ainsi sa femme, enfin l’actrice qui l’interprète (Doria Tillier).
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Cannes 2019 : « O que arde » (Viendra le feu), d’Olivier Laxe, ou comment un pyromane enflamme la Croisette

Le dernier fil d’Olivier Laxe, présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019, plonge en immersion totale, « en observation participative » comme aurait dit le sociologue Pierre Bourdieu, dans les vallées reculées de Galicie.

Amador Coro (Amador Arias ), auquel Inazio (Inazio Abrao) voue une haine depuis que Amador a été condamné pour avoir bouté le feu aux forêts avoisinantes, a été condamné pour avoir provoqué un incendie; il sort de prison, personne ne l’attend. Il retourne à pied dans son village niché dans les montagnes de la Galicie où vivent sa mère, Benedicta (Benedicta Sanchez) et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent lentement, au rythme apaisé de la nature. Jusqu’au jour où un feu vient à dévaster la région.
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Cannes 2019 – Claude Lelouch nous offre un film émouvant qui repose pour beaucoup sur la reformation du couple Anouk Aimée – Jean-Louis Trintignant dans Les plus belles années d’une vie

D’ailleurs bien de menus détails du premier volet de leur histoire d’amour sont repris, comme des madeleines de Proust parsemées de-ci de-là et qui ponctuent leur retrouvailles. Par exemple, ce fameux geste naturel qu’avait Anouk sur Un Homme et une femme qui à l’époque lui a été beaucoup reproché, disant qu’elle le faisait trop. Claude Lelouch précise à propos de ce geste récurrent :

Moi je trouvais cela très beau, je l’ai laissé, il est devenu mythique maintenant.

Car Claude Lelouch aime la spontanéité qui lui sert de stimulus. Il précise :
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Cannes 2019 : avec « Jeanne », Bruno Dumont poursuit son hagiographie de la vie de Jeanne d’Arc

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S’inspirant toujours de la pièce de Charles Péguy, Bruno Dumont reste fidèle au décors récurrent dans sa filmographie : le Nord. Jeanne attend de parler avec ses conseillers pour planifier la prise de Paris. D’après les palabres, on comprend que ses hommes et elle se trouve « aux portes de Paris » … Et pourtant, Bruno Dumont les filme dans les dunes de la Côte d’Opale, balayées par le vent du Nord. Le Nord, son lieu de prédilection et fil rouge de son oeuvre. D’ailleurs, lorsque Jeanne doit se retrouvée emprisonnée dans une geôle anglaise, il la place dans un bunker, qui figure parmi les nombreux vestiges de la présence allemande dans la région. Les nombreux acteurs non professionnels sont du coin et récitent, sans aucune intonation, avec l’accent du terroir, déclenchant des éclats de rire. On a le sentiment d’assister à des conversations irréelles.
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Cannes 2019 : « La Gomera », de Corneliuu Porumboiu, offre un divertissement savoureux et burlesque

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Corneliuu Porumboiu confirme cette tendance avec son  dernier film, un noir empli d’humour et cocasserie. La Gomera (du nom d’une île des Canaries, en Espagne)  – Les siffleurs pour les pays francophones ou The Whistlers pour les pays anglophones, un joyeux film noir regorgeant d’humour, en lice pour la Palme, truffée de motifs de genres et de références cinématographiques dont la célèbre scène de la douche de Psychose d’Alfred Hitchcock, qui suscite amusement et rires.
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