FCAL – Le Festival cinémas d’Afrique Lausanne fête sa 20e édition du 13 au 16 août 2026
Le Festival cinémas d’Afrique Lausanne s’apprête à franchir un cap symbolique en célébrant sa 20e édition du 13 au 16 août, avec plus de 60 films, des rencontres, des projections gratuites en plein air, des séances jeune public et une programmation qui met à l’affiche les cinémas de 27 pays. Depuis 2006, ce rendez-vous s’est imposé comme une plateforme suisse dédiée aux cinématographies africaines et à leurs diasporas, en explorant la mémoire, la transmission et la circulation entre les générations et les territoires.

Cette année, le festival met en scène des parcours qui revisitent les liens familiaux et collectifs – de Hassen Ferhani arpentant Alger sur les traces de son père dans Alea Jacarandas à Boubacar Sangaré questionnant la place contemporaine de la tradition des griots dans Djéliya, mémoire du mandé, en passant par un Focus Togo, un cinéma encore très peu diffusé en Suisse. L’édition accorde également une place centrale aux trajectoires d’émancipation et aux femmes qui transforment leur environnement, qu’il s’agisse de Shewit Tekie, migrante en sursis, dont Anne‑Frédérique Widmann retrace le parcours poignant de l’Érythrée à la Suisse dans Freedom – Le destin de Shewit, des Nana Benz du Togo filmées dans Mawu‑Sika entre héritage familial et pouvoir économique féminin, ou encore de One Woman One Bra de Vincho Nchogu qui relie identité, filiation et droit à la terre.
Berceau du FESPACO, l’un des plus importants festivals de cinéma du continent, le Burkina Faso occupe depuis des décennies une place centrale dans l’histoire et le développement du septième art africain, malgré la fragilité persistante des mécanismes de financement, de production et de distribution. C’est à cette histoire, entre héritage et renouvellement, que s’attache la rétrospective Traversée du cinéma burkinabè : mémoire, résistance et modernité, réalisée en partenariat avec l’Agence burkinabè du Cinéma et de l’Audiovisuel (ABCA), qui invite le public à parcourir, de chefs-d’œuvre fondateurs aux regards contemporains, une cinématographie en constant réinvention.
Cette traversée s’ouvre sur les origines mêmes du cinéma burkinabè, avec Wênd Kûuni, Le Don de Dieu de Gaston Kaboré (1982), l’un des tout premiers longs métrages du pays. Dans la savane de l’empire Mossi, un colporteur recueille un enfant muet et amnésique, adopté par une famille villageoise. Ce conte musical, couronné par la Tanit d’Argent à Carthage et le César du meilleur film francophone, pose déjà les bases d’un cinéma attaché à la mémoire et à la transmission.
Sira d’Apolline Traoré (Prix du public et Prix du film d’Amnesty International à la Berlinale 2023) déplace le regard vers les violences contemporaines du Sahel. Le film suit une jeune femme abandonnée dans le désert après l’attaque de sa tribu, qui transforme peu à peu son traumatisme en résistance active. À l’image de La Nuit de la vérité de Fanta Régina Nacro, vingt ans plus tôt, situé dans un pays imaginaire au sortir d’une guerre ethnique, Sira refuse toute localisation précise. Un choix que nous commente Alex Moussa Sawadogo, président de l’ABCA et directeur artistique du FCAL : « En refusant d’ancrer leurs récits dans un pays identifié, ces films transforment des situations particulières en allégories des violences contemporaines. Le cinéma devient un lieu de mémoire, de réflexion et d’universalisation des tragédies humaines. »
Mais le cinéma burkinabè ne se résume pas à la tragédie. Dans Ouaga Saga (2004) de Dani Kouyaté, une bande d’adolescent·es d’un quartier populaire de Ouagadougou multiplie les combines pour survivre, entre trafic de moto sans papiers et petit pécule collectif convoité par un voisin jaloux. Même ressort dans le court métrage Ben Laden à Ouaga (2002), où un enfant confond un simple barbu avec le terroriste le plus recherché du monde. Pour Alex Moussa Sawadogo, cet humour n’a rien d’anecdotique : « Il ne sert pas à minimiser les difficultés, mais à les rendre supportables et à en révéler les contradictions. L’humour devient une forme de résistance, de critique sociale et une manière profondément africaine de raconter des réalités souvent douloureuses. »
Cette vitalité créative s’exprime toutefois dans un contexte régional tendu. « Les périodes d’instabilité affectent inévitablement la création. Elles compliquent les tournages, limitent les financements, réduisent la circulation des artistes et des œuvres », reconnaît le président de l’ABCA. Face à ces défis, l’État burkinabè a lancé le Faso Films Fonds, destiné à soutenir les professionnel·les du secteur, ainsi que le Faso Films Tour, qui fait circuler les œuvres à travers le pays. « Même en période de défis, investir dans le cinéma, c’est investir dans la cohésion sociale, la transmission de notre mémoire collective et la construction de l’avenir. »
De la savane mythique de Kaboré de Wênd Kûuni aux terrains miné du Botaniste ( court métrage de Floriane Zoundi, 2022), en passant par les rues bruyantes de Ouaga Saga, cette rétrospective donne à voir un cinéma pluriel, qui fait de la mémoire collective, de l’humour et de la résilience les moteurs d’une même vitalité créatrice.
Malik Berkati
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