FIFF 2017 : La place de l’homme, de Coline Grando, brise un tabou sociétal

En collaboration avec la SCAM, le Festival programme tous les jours à 18h30 des documentaires belges, format long métrage, une belle fenêtre ouverte sur ce genre que l’on voit  très peu, voire trop peu sur grand écran. Les films proposés cette année sont: Boli Bana de Simon Gillard; Les Éternels de Pierre-Yves  Vandeweerd; La place de l’homme de Coline Grando; Rester Vivants de Pauline Beugnies; Rien n’est pardonné de Vincent Coen et Guillaume Vandenberghe; Ya me voy de Sebastien de Buyl; Les deux visages d’une femme Bamiléké de Rosine Mbakam; Celui qui saura qui je suis de Sarah Moon Howe.

Samedi 30 septembre en fin d’après-midi, dans une perte salle du Cinéma Caméo, on projette le film de Coline Grando, La place de l’homme, qui présente le témoignage épuré, face caméra, d’un panel d’hommes de vingt à quarante ans confrontés à une grossesse non prévue, par conséquent non désirée, et le plus souvent interrompue.

Face à un acte qui demeure, malgré les acquis, un tabou dans notre société, ces hommes dévoilent leurs ressentis et  leurs réflexions sur cet événement. À travers ces récits de vie, c’est la place de l’homme dans les rapports femmes/hommes que le film questionne. La démarche, d’un point de vue sociologique, est intéressante. D’ailleurs, à l’issue de la projection, le public qu a interrogé la réalisatrice sur son travail, a multiplié des questions d’ordre éthique et juridiques sur l’avortement plus que sur l’aspect formel du film.

Coline Grando a opté pour un dispositif rudimentaire : un chaise noire apposée à un mur blanc; une chaise sur laquelle s ‘assied l’homme interviewé. Pour toute mise en forme, quelque interruptions furtives dans les interviews, comme pour insuffler une respiration vu l’intensité émotionnelle des confidences récoltées. Une mise en scène peu élaborée et peu captivante pour un sujet qui méritait un plus grand investissement.

A l’issue de la projection, Coline Grando répète, à plusieurs reprises, qu’elle n’a pas vécu une telle expérience pour s’intéresser à ce sujet encore tabou au sein de notre société. La cinéaste le souligne avec une telle insistance qu’on finit pas se demander à quel point elle ne cherche pas à se justifier. Elle ajoute qu’elle a rencontré cinquante hommes par le biais des plannings familiaux. Des hommes initialement prêts à se confier mais qui se sont rétractés par la suite. Il ne lui restait que dix-huit témoignages mais seuls cinq hommes apparaissent devant sa caméra. Que s’est-il passé ?

« Ma condition pour filmer leur témoignage était que leur compagne soit d’accord avec leur démarche. Certains ne souhaitaient montrer leur visage et voulaient que leur témoignage soit seulement audible. »

Les questions posées à la jeune réalisatrice me confortent dans mon impression post projection : La place de l’homme est un excellent film didactique sur la contraception et la responsabilité de chaque partenaire en cas de grossesse non désirée. «Un film qui devrait être projeté dans les classes de collégiens », souligne une spectatrice. J’abonde en son sens : La place de l’homme est bel et bien un film didactique, voire pédagogique, mais certainement pas un film de festival.

Que les festivaliers soient rassurés : le FIFF, c’est aussi un Focus sur les films belges sortis en salle depuis l’édition précédente, l’occasion de voir ou revoir les œuvres qui ont fait l’actualité du cinéma belge ces derniers mois. Cette année, les films retenus sont : Chez Nous de Lucas Belvaux, Enfants du hasard de Thierry Michel, L’économie du Couple de Joachim Lafosse, Paris Pieds Nus d’Abel & Gordon, Angle Mort de Nabil Ben Yadir, et Burning Out de Jérôme Le Maire.

Le festival programme aussi deux films flamands en exclusivité wallonne: Cargo de Gilles Coulier et Double Face de Jan Verheyen.

Le FIFF 2017 est synonyme de films belges à foison… et des comédiens belges! Que ce soit au niveau de la programmation, ou des évènements mis en place par le festival, les talents du Plat Pays seront nombreux à fouler le tapis rose du FIFF. On a vu notamment Erika Sainte dans le film d’ouverture, Jeune Femme de Léonor Serraille, et Fabrizio Rongione dans le film de clôture, Diane a les épaules de Fabien Gorgeart. Bouli Lanners quant à lui sera au haut à l’affiche de Chien de Samuel Benchétrit, et de Petit Paysan d’Hubert Charuel.

Le FIFF organise également l’Atelier Génération Talents, consacré aux jeunes comédiens belges. Cette année, on retrouve dans la programmation six jeunes comédiens passés par cet atelier: Damien Chapelle dans Espèces Menacées de Gilles Bourdos; Nadia Kounda dans Volubilis de Faouzi Bensaïdi et Déjà la nuit de Youssef Nathan Michraf; Souleymane Ndiaye dans Jeune Femme de Léonor Serraille; Pierre Nisse dans Laissez Bronzer les cadavres de Cattet & Forzani; Mehdi Ramdani dans En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui; et Salomé Richard dans La Part Sauvage.

Firouz E. Pille, Namur

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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