Moitié-moitié, du dramaturge australien Daniel Keene, au Théâtre de l’Orangerie de Genève jusqu’au 29 août 2021 dans une mise en scène limpide de Mariama Sylla

Pièce écrite en 2002 par l’auteur de théâtre australien le plus joué en Europe, Daniel Kenne, traduite en 2003 par Séverine Magois, moitié-moitié raconte l’histoire d’une réconciliation. Le point de départ : un conflit classique entre deux frères. Loin de partir dans un processus d’escalade qui, la mythologie nous le prouve, finit souvent dans le drame ou le fratricide, les deux frères, Ned et Luke, vont trouver, pas à pas, un chemin de retrouvailles fraternelles.

— Julien Tsongas et Simon Labarrière – moitié-moitié de Daniel Keene au Théâtre de l’Orangerie
© Ariane Catton Balabeau

La création du Théâtre de l’Orangerie, dans une mise en scène naturaliste-symbolique de Mariama Sylla, fait plus appel aux sens qu’à l’intellect du public avec un travail scénographique – signé Khaled Khouri – époustouflant, passant du décor clinique, aseptisé, aux perspectives et lignes géométriques du début de la pièce à  un fouillis organique à la fin du spectacle, avec pour accompagnement narratif implicite, un jeu de lumières au cordeau (William Ballerio) et un design sonore (Simon Aeschimann) tout en subtilité suggestive qui fera passer le son d’une pendule, qui tel un métronome marquera la dynamique des premiers échanges entre les frères, à celui des oiseaux dans leur espace commun retrouvé.

Les deux frères se retrouvent dans la cuisine de leur mère décédée. Ned (Simon Labarrière) et Luke (Julien Tsongas) n’ont pas le même père et, surtout, 20 ans de différence d’âge. Luke débarque une nuit, sans crier gare et s’installe dans leur maison. Ned, monomaniaque – sa seule occupation semble être celle de faire des mots-croisés –  et solitaire, supporte mal cette intrusion. Rapidement, les échanges tendus entre les deux frères laissent apparaître les failles et les rancœurs qui les habitent. Pour autant, le texte de Daniel Keene ne surcharge pas le drame qui se joue ; il ne donne que peu de contexte antérieur aux personnages, on comprend par la bande que les deux frères ont vécu une vie totalement opposée, l’un bourlingueur ouvert sur le monde et la vie, l’autre casanier, reclus dans le souvenir de sa mère. L’invitation faite au public n’est pas de juger les personnages à l’aune de leur passé mais de vivre avec eux un présent qui s’éclaire. Le déroulé des événements est extrêmement rythmé à travers des saynètes aux échanges à bâtons rompus, jouant continuellement avec les mots, ponctuées parfois de courts soliloques.

« Quand sait-on quand on a besoin d’aide ? Quand c’est trop tard ! »

On ne saura pas pourquoi Luke revient voir son frère, toujours est-il qu’il était temps de venir bousculer le monde clos de Ned. Le cadet demande d’ailleurs dès le début à son aîné quels sont ses projets, ce dernier lui assurant qu’il n’en a aucun. Son comportement de pochtron semble d’ailleurs lui donner raison. Cependant, petit à petit, Ned donne l’impulsion de l’évolution de la relation entre les deux hommes qui va métamorphoser Luke.
Un jour, ou plutôt une nuit comme chanterait la longue dame brune, Luke revient du cimetière avec de mauvaises herbes arrachées de la tombe de la mère. Petit à petit, il va ramener dans la cuisine familiale la terre et les os qui en émergent, terreau du jardin merveilleux de la vie qui va renaître entre les deux moitiés enfin réunies. Les deux frères déplacent et repoussent littéralement les murs qui les entourent, ouvrant l’horizon de l’intime. Comme l’indique Mariama Sylla :

C’est elle, la Terre-Mère qui veille sur eux.

— Simon Labarrière et Julien Tsongas – moitié-moitié de Daniel Keene au Théâtre de l’Orangerie
© Malik Berkati

Les deux acteurs portent avec justesse le texte de Daniel Keene, avec une belle performance de Simon Labarrière qui a le rôle qui évolue le plus dans la pièce, demandant à ce titre de mobiliser une plus large palette de jeu.
À voir jusqu’au 29 août dans le très beau cadre du Parc La Grange.

https://www.theatreorangerie.ch

Malik Berkati

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malik berkati

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Une réflexion sur “Moitié-moitié, du dramaturge australien Daniel Keene, au Théâtre de l’Orangerie de Genève jusqu’au 29 août 2021 dans une mise en scène limpide de Mariama Sylla

  • 22 août 2021 à 3 h 24 min
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    [formulation vulgaire du début de phrase ôtée; Note de la modération] oser mettre en valeur la médiocre performance de Simon Labarrière dont le jeu ne bouge précisément pas d’un iota de toute la pièce? Aucune intériorité. Qui enfile ses répliques, à l’image d’un élève de primaire confectionnant un collier de pâtes pour la fête des mères, comme des perles! Et inconscient de l’écart qui le tient à six lieues d’un véritable acteur le brandi fièrement devant lui…

    N’encouragez pas l’autosuffisance sur scène une usine en produit régulièrement deux ans sur trois, elle n’a pas besoin de votre aide!

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