Locarno  2019 : Ginevra Elkann a ouvert la 72ème édition du Festival du film de Locarno le mercredi 7 août avec son premier long-métrage, Magari

Le premier film pour la première nuit sur la Piazza Grande marque le début des festivités et s’avère un moment très attendu par les festivaliers. Ce mercredi, le ciel était très orageux et des averses importantes se  sont abattues sur la ville tessinoise, faisant redouter le pire scénario catastrophe à Ginevra Elkann pour la projection de son film, Magari, en soirée. Par chance, les dieux de la météo se sont calmés et le public a pu découvrir un film délicat, empli d’émotions et d’inspiration autobiographique.

Délégation du film Magari de Ginevra Elkann
© Marco Abram Locarno Film Festival

Ce premier long métrage de la réalisatrice et productrice italien Ginevra Elkann réunit devant la caméra Riccardo Scamarcio, Alba Rohrwacher, Brett Gelman. Précisons qu’une effervescence palpable régnait autour de la projection de ce film vu la présence à l’écran de Riccardo Scamarcio, l’acteur italien le plus en vogue actuellement dans la péninsule italienne. Pour le public francophone qui ne le connaîtrait pas, Riccardo Scamarcio est l’équivalent  en Italie de Brad Pitt ou de Leonardo Dicaprio.

La scène d’ouverture dévoile une liturgie orthodoxe puis la caméra se tourne vers une famille – un homme, une femme, trois enfants – qui psalmodient des prières en tenant des bougies. On comprend dans lia scène suivante qu’il s’agit d’une famille recomposée : la mère (Céline Sallette), après avoir fait un malaise, annonce à ses trois enfants qu’elle est enceinte de son nouveau mari (Milo Roussel), qu’elle doit se reposer et qu’ils doivent partir deux semaines en vacances de ski auprès de leur père (Riccardo Scamarcio) en Italie.

Alma, Jean et Sebastiano quittent alors Paris pour Rome où les attend leur père qui, à leur grand surprise, arrive en compagnie d’un chien, Tenco. Pendant les vacances, des tensions au sein de la famille apparaissent. Le père de famille passe d’abord à son travail où il espère obtenir un chèque pour emmener ses enfants à Courmayeur mais comme son scénario – qu’il écrit depuis deux ans – a à nouveau été recalé, les vacances au ski tombent à l’eau.

Le père amène ses enfants chez leurs grands-parents paternels, qui vivent dans une opulente villa, où il espère les laisser. Le grand-père, excédé par son fils qui a choisi une carrière artistique sans parvenir à en vivre,  exige que son fils revienne illico chercher ses enfants. Du coup, les vacances se dérouleront dans une maison de villégiature, au bord de la mer, dans les environs de Rome et en compagnie de l’ « assistante » du père (Alba Rohrwacher), une jeune femme délurée et très portée sur la marijuana, et dont les enfants comprennent rapidement qu’elle est la petite amie du père.

Magari de Ginevra Elkann
Image courtoisie Locarno Film Festival

Écrit à quatre-mains avec Chiara Barzini pendant un an et demi, Magari offre une plongée dans l’enfance et dans l’atmosphère  des années quatre-vingts, rapidement identifiables par les tenues vestimentaires et surtout l’absence de téléphones portables qui amènent les enfants à connaître l’ennui, un ennui stimulant qui les incite à regorger d’inventivité, de créativité pour trouver des activités et occuper les journées.

Dés le début du film, les spectateurs suivent le périple des enfants à travers les yeux du trio, unis par leur désir de se sentir comme une vraie famille. Les commentaires de la voix off d’Alma, née un an avant la séparation de ses parents, ponctuent le récit  et servent de fil conducteur : elle prie Saint-Séraphin et est prête à se « sacrifier » en buvant son urine pour que ses parents se remettent ensemble comme sur leur photo de mariage, un autre élément récurent du récit dont les mariés changent en fonction des attentes et des déceptions d’Alma.

Entre rêve des enfants et irresponsabilité des adultes, en particulier du père, plus démonstratif avec son chien, Ginevra Elkann dirige ses acteurs avec justesse et finesse à travers ce film dont elle avoue la part autographique : Alma, c’est elle qui se posait tant de questions sur la séparation de ses parents, nourrissant l’espoir de le voir réunis ensemble. Son film, subtil et émouvant, traite d’un sujet à portée universelle avec une immense sincérité.

On sait la difficulté pour les cinéastes de travailler avec des enfants comme avec des animaux, un défi supplémentaire à affronter. Défi relevé pour Ginevra Elkann qui met en valeur toute sa distribution, en particulier les trois jeunes interprètes et les acteurs italiens Alba Rohrwacher et Riccardo Scamarcio, extraordinaires interprètes du film.

Le titre choisi par Ginevra Elkann est particulièrement judicieux car il porte une double signification en italien puisqu’il signe à la fois « peut-être » et « si seulement » : on comparent donc que le terme peut donner soit un sentiment d’optimisme soit un sentiment plus pessimisme … Un titre particulièrement judicieux – l’équivalent du « Inch’Allah » des Arabophones – qui reflètent les états d’esprit que traversent les enfants, entre leurs doutes, leurs déceptions, leur colère et leurs espoirs.

Né en 1979, Ginevra Elkann,  petite-fille de l’industriel Gianni Agnelli et l’arrière-petite-nièce d’Ettore Ovazza, est présidente d’Asmara Films et de Good Films. Elle a été assistante réalisatrice de Bernardo Bertolucci sur Shanduraï (1998), « une chance de travailler avec le réalisateur car je n’avais que dix-huit ans. ». Avec Asmara Films, elle a produit, en 2009, Frontier Blues de Babak Jalali, présenté en Concorso à Locarno, et, en 2013, White Shadow de Noaz Deshe. Artiste et esthète, Ginevra Elkann est aussi à la direction de la pinacothèque Giovanni et Marella Agnelli, à Turin et confie qu’ «organiser une exposition équivaut à raconter une histoire aux visiteurs à l’instar d’un film. »

Firouz E. Pillet, Locarno

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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