Cannes 2018 : le Maroc est représenté à Cannes avec «Sofia» de Meryem Benm’Barek

La jeune cinéaste franco-marocaine Meryem Benm’Barek s’est vue sélectionnée son premier long métrage, Sofia,  projeté à Cannes dans la catégorie Un certain regard. Le film s’ouvre sur un article de loi appliquée au Maroc  qui interdit toute relation hors mariage entre hommes et femmes. Si une femme célibataire se retrouve enceinte, elle est condamnée à la prison. En 2015, le court métrage de Meryem Benm’Bare, Jennah, avait été sélectionné aux Oscars. Avec ce premier long métrage, la cinéaste permet aux public international de voir la réalité du Maroc à travers la lunette axée sur le combat des femmes.

Sofia de Meyem Benm’Barek
© Wiame Haddad

Le film s’ouvre sur un repas en famille où le beau-frère propose une association professionnelle au père de Sofia. La jeune fille, tout juste vingt ans, vit avec ses parents à Casablanca. Elle assure le service entre la cuisine et la salle à manger. Soudain, elle est prise de violentes douleurs abdominales. Elle est sur le point d’accoucher. Sa cousine, spécialisée en oncologie, l’ausculte et lui révèle que le bébé ne va pas tarder à arriver, comme elle a perdu les eaux, alors que Sofia a fait un déni de grossesse.  Prétextant d’avoir trop mangé, Sofia fonce à l’hôpital avec sa cousine qui prend les choses en main pour faire les démarches administratives. Malheureusement, en tant que femme célibataire, Sofia se retrouve dans l’illégalité en accouchant d’un bébé hors mariage. L’hôpital public refuse de l’accepter et l’envoie dans une clinique privée où Sofia a vingt-quatre heures pour fournir les papiers du père de l’enfant avant que les autorités ne soient alertées, sinon, elle doit impérativement quitter la clinique après l’accouchement.

Magnifiquement interprété, que ce soit les acteurs principaux comme les rôles secondaires, le film de Meyem Benm’Barek dévoile une triste réalité, méconnu des spectateurs occidentaux qui ont une image d’Épinal du pays, à travers les clichés touristiques et les discours modernes du nouveau roi. La cinéaste indique qu’elle estimait nécessaire de montrer une certaine réalité :

«avant tout parce que quelque chose me manquait dans la représentation des femmes du monde arabe. Très souvent dans les films, les héroïnes arabes sont sous l’emprise de la domination masculine, présentées comme victimes du patriarcat. Cette interprétation, bien que juste à certains niveaux, me semble toutefois insuffisante. Il manque à mon sens une réflexion plus complète qui prendrait en compte le contexte social et économique.»

Dans une quête emplie d’embûches, aussitôt après l’accouchement, les deux femmes quittent l’hôpital  et se lancent dans une recherche désespérée du père. qui vit dans un quartier populaire, au grand damne des parents de Sofia quand ils le découvriront.

— Hamza Khafif et Maha Alemi – Sofia
© Wiame Haddad

L’actrice Maha Alemi offre ici une interprétation toute en sobriété et pudeur pour incarner Sofia, une jeune femme à la fois forte et fragile, prête à assumer de reconnaître que la relation avec Omar, qu’elle n’a vu qu’une seule fois et de qui elle est tombée enceinte, était consentie, ce qu’elle avoue au juge alors que son père avait dit que sa fille avait était violée. Il faudrait ensuite pour Sofia affronter les ragots et le jugement de la société marocaine, leste à stigmatiser la femme « indigne » alors que les hommes restent préservés, comme on le constate dans l’attitude de la mère d’Omar qui cherche à protéger son fils en prétextant qu’il est absent afin d’éviter qu’il assume sa responsabilité.
Finalement, c’est le juge, soudoyé par des connaissances de la tante de Sofia qui décidera que le couple doit se marier et que Omar doit reconnaître sa fille.

La distribution est remarquable : Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi, tous très applaudis à l’issue de la projection publique à la Salle Debussy ce mercredi après-midi.

Le film concourt dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018 et mériterait un prix, s’inscrivant dans la veine du film tunisien présenté l’an dernier, La Belle et la meute (qui a également fait l’ouverture du ALFILM 2018, lire la critique j:mag) , de Kaouther Ben Hania, inspiré de faits réels.

Le film de Meyem Benm’Barek s’inscrit dans cet éclairage sociologique bienvenu qui révèle sur les écrans du monde entier une réalité insoupçonnée qu’il est courageux de dévoiler.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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