Mostra 2020 : My Tender Matador (Tengo miedo torero), de Rodrigo Sepúlveda,  propose l’adaptation cinématographique du célèbre roman éponyme de l’écrivain chilien Pedro Lemebel

My Tender Matador (Tengo miedo torero), de Rodrigo Sepúlveda, a sa première mondiale à la 16ème édition des Venice Days, la section indépendante du Festival du film de Venise.

Tengo miedo torero (My Tender Matador) de Rodrigo Sepúlveda
Image Courtesy of Grandave

Le film s’ouvre sur une chorégraphie, menée par une personne grande et élancée, à la chevelure abondante mais dont on ne distingue pas le visage et qui danse sur Fever de Peggy Lee. Les robes à paillettes se devinent sous les spots de couleurs et plusieurs silhouettes dansent sur la piste en suivant la chorégraphie qui est, de manière soudaine, interrompue par des coups de feu.

On perçoit au loin des sirènes de police et des interpellations … Un jeune homme porte secours à un travesti terrorisé. Cette rencontre fortuite scellera des liens d’autant plus forts que la période que vit le Chili est trouble. Quelques séquences de manifestations ou de descentes policières rappellent cette période mouvementée.

De retour au Chili, Alfredo Castro, cette fois en tant que travesti en lambeaux luttant pour survivre aux dernières années de la violente dictature de Pinochet, offre une interprétation magistrale du début au générique de fin.

Basé sur le premier roman de 2001 de Pedro Lemebel – célèbre écrivain et activiste décédé en 2015 -, qui se déroule en 1986, le roman ne se contente pas de faire la part belle à l’univers queer mais rappelle le combat des citoyens chiliens pour accéder à la démocratie. En ce sens, le film lui est fidèle.

Le film présente une distribution impressionnante :  Alfredo Castro (El Club) aux côtés de l’acteur mexicain Leonardo Ortizgri (Güeros), Julieta Zylberberg (Contes sauvages), Luis Gnecco (Neruda), Sergio Hernández (Gloria) et Amparo Noguera (Una mujer fantastica), se déroule au milieu des années quatre-vingts.

Désigné dans son quartier sous le nom de La Loca del Frente (Castro), et stigmatisé comme un travesti vieillissant dans l’ombre oppressive d’Augustin Pinochet, la Reina est une survivante résiliente, qui vient d’échapper à un raid dans une boîte de nuit gay qui a coûté la vie à de ses amis. Carlos (Leonardo Ortizgris), un beau jeune rebelle mexicain qui l’a aidé à échapper à la descente de police, annonce rapidement son souhait d’alliance.

La drag queen vieillissante que Castro interprète – environ vingt ans plus âgée que dans le roman – vit dans le quartier délaissé de Santiago dans un appartement bourgeois qui a été abandonné après les tremblements de terre de 1985.

My Tender Matador raconte une relation passionnée qui s’épanouit entre ce travesti solitaire, pauvre et âgé qui vit « pour la musique, la danse et la vie nocturne », et un jeune guérilla mexicain- qui se présente comme Carlos, architecte – parmi les coups de feu et les boléros pendant la dictature de Pinochet.

En effet, l’histoire se déroule dans la période qui a précédé la tentative d’assassinant de 1986 à l’encontre de Pinochet par le Front patriotique de Manuel Rodríguez.

Le film se déroule majoritairement la nuit et quand il s’agit du jour, la caméra de Rodrigo Sepúlveda plonge les spectateurs dans l’obscurité de l’appartement de la Reine de la nuit qui vit recluse dns la pénombre de son antre, derrière des rideaux toujours fermés. Carlos confie à son nouvel ami qu’il doit cacher des « livres »très précieux pour les Chiliens et celui-ci propose sa maison comme abri.

Mais cette adaptation, écrite par Sepulveda et Juan Tovar, basée sur un scénario de feu Pedro Lemebel, délaisse grandement les parties du roman qui traitent directement avec le général afin de se concentrer sur la chronique plus intime et plus émouvante de deux marginaux qui se retrouvent ensemble presque par hasard.

Ainsi, le drame chilien de Pedro Lemebel est  transformée en pièce intimiste, distillant une certaine atmosphère de chambre à coucher, au grand damne des fervents lecteurs de la nouvelle.

Cependant, on apprécie la performance des acteurs, en particulier lors de fréquentes scènes de danse au style flamenco sur la chanson Tengo miedo, Matador , interprétée par Lola Flores.

On reste impressionné par la manière dont le scénariste-réalisateur Rodrigo Sepulveda (Aurora) dirige le grand acteur  de théâtre et de cinéma chilien Alfredo Castro (Tony Manero) dans une performance peaufinée et soignée en tant que protagoniste sans nom (appelé «La Reine du coin» dans le livre).

Rappelons que la 16ème édition des Venice Days, projette dix longs métrages en compétition, et se déroule parallèlement à la Mostra du film de Venise du 2 au 12 septembre 2020.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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