Mostra 2021 : Amira, le nouveau film de l’Égyptien Mohamed Diab, concourt dans la section Orizzonti et suit le drame identitaire d’une jeune adolescente en proie à des questions existentielles

Avec Amira, Mohamed Diab propose une réflexion profonde et sismique sur le sens de la vie, les origines et l’appartenance au cœur des territoires palestiniens.
Mohamed Diab qui a déjà remporté plus de trente prix internationaux avec Clash (2016), co-écrit avec Khaled Diab, traite d’une histoire avec Amira qui se déroule en Palestine et devient ainsi le premier film palestinien réalisé par un Égyptien. Les problèmes de la société égyptienne habitent ses films depuis ses débuts El Gezira (Al-Jazeera, L’île, 2007), qui a battu des records au box-office égyptien, des films Badal Fa’ed (Badal perdu, 2009) et Alf Mabrouk (Congratulations).

Amira de Mohamed Diab
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Amira est une adolescente palestinienne dont le père est condamné à perpétuité dans une prison israélienne pour terrorisme. Lorsque l’homme exprime le désir d’avoir un autre enfant avec la même pratique adoptée pour elle (la libération clandestine de sperme pour la fécondation artificielle) un problème surgit qui affectera la vie de la fille.

Amira va à l’école et étudie mais a le droit, dans son temps libre, de consacrer à la photographie et a un petit laboratoire photographique ouvert pour maintenir sa passion en vie. La caméra de Mohamed Diab nous la fait rencontrer alors qu’elle réalise des autoportraits qui serviront ensuite à créer de simples photomontages. Amira a un petit ami Ziad, qui l’aime et veut l’épouser. Elle vit avec sa mère Warda, sa grand-mère et son oncle paternel, Bassel la famille de celui-ci. Elle sait qu’en raison de la situation de son père, ses parents ont dû se marier par procuration – d’ailleurs, elle visionne la vidéo d mariage de ses parents où l’on voit sa mère, en robe de mariée, assise à côté du portrait de son père et que sa conception ne pouvait avoir lieu qu’in vitro. Amira aime sa famille, en particulier son père, qu’elle considère comme un héros. Pour cette raison, lorsque le désir de son père d’avoir un deuxième enfant met en lumière sa stérilité due à un problème congénital, la vie d’Amira et celle de sa mère sont bouleversées, brisées par le poids de la pression familiale et de l’omerta de la société qui juge et ostracise mère et fille aussitôt. Amira est convaincue qu’elle est née d’une conception clandestine. Un jour, elle découvrira la vérité et rien ne sera plus jamais pareil.

La famille du père porte le poids du frère aîné qui se cache tandis que le frère cadet a été arrêté et croupit en prison. Ce sont des vies marquées par des rancunes, des non-dits, de l’amertume qui ont leurs racines dans un contraste que l’histoire nous a raconté et que la chronique politique et sociale de ces terres occupées met périodiquement en lumière. Ces secrets familiaux, ces silences et ces mensonges sont des marques indélébiles qui ne peuvent pas être « retouchées » comme le fait Amira avec les photographies.

Mohamed Diab suit le parcourt de la fille et de sa mère, les accompagnant avec pudeur et tendresse malgré la difficulté des sujets abordés, à travers les méandres émotionnels du récit avec une attention constante et sans porter aucun jugement. Sans se poser en juge mais, en même temps, sans cacher les problèmes.
Le film trouve son origine dans le phénomène croissant du trafic de sperme – le sperme de contrebande – dans les prisons israéliennes, comme l’explique le générique de fin. Parfois, comme dans le cas d’Amira, et pour diverses raisons, ce type de trafic finit par créer des drames existentiels d’une ampleur énorme, des drames pour lesquels les personnes impliquées paient des conséquences injustes et imméritées, subissant des condamnations de part et d’autre du mur dans le cas d’Amira.

— Tara Abboud – Amira
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Les performances des acteurs est excellente et il est à souligner le jeu remarquable du jeune Ali Suleiman (Ziad), et de la jeune actrice Tara Abboud (Amira), qui apparaît pour la première foison cinéma, aux côtés de Qais Nashif ,Walid Zuaiter et Ahmed Hafez.

Avec Amira, Mohamed Diab part de ce support symbolique qu’est la photographie et ses trucages pour explorer la capacité de la jeune fille à corriger les photos prises pour améliorer l’apparence de ses clients et déboucher sur une réflexion profonde sur le sens de la vie et de l’appartenance dans les territoires palestiniens.

La confusion et la colère de la fille sont légitimes et les spectateurs partagent ses sentiments mais Amira se heurte à un mur d’incompréhension et ses parents envisage de la faire fuir en Égypte pour échapper à la vendetta même si sa famille essaie de la protéger par tous les moyens de ce qui l’attend, mais avec peu de succès, puisque c’est la conséquence d’un drame historique sans résolution.

Le réalisateur a commenté son film en ces termes :

« Le fait qu’il existe une certaine forme de « conception immaculée » dans l’endroit le plus sacré et divisé sur terre est fascinant mais surréaliste. Amira est une exploration microcosmique de la division et de la xénophobie qui existent dans le monde d’aujourd’hui. En train de dévoiler l’identité de notre héroïne, le film pose la question : la haine est-elle naturelle ou nourrie ? »

À travers le portrait d’une adolescente brisée et victime de son histoire, Mohamed Diab lève le jour sur un phénomène de société du Moyen-Orient méconnu en Occident et remarquablement servi par des acteurs tous parfaits et justes.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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