Mostra 2021 : Becoming Led Zeppelin, de Bernard MacMahon, présenté hors compétition, plonge les spectateurs dans une épopée musicale aux archives insoupçonnées

Becoming Led Zeppelin est un film que personne ne pensait pouvoir faire. L’ascension du groupe vers la célébrité a été rapide et pratiquement sans articles ni publicités. Grâce à un accès exclusif au groupe et à ses archives personnelles, le soutien total du groupe et la disponibilité de séquences inédites, Becoming Led Zeppelin plonge le public dans une épopée au cœur des images et les sons de leurs débuts. Pour tous les millions de personnes qui ne verront jamais le groupe en live, c’est l’expérience qui se rapproche le plus d’assister à un de leurs concerts, agrémenté de leurs commentaires en voix off souvent avec un humeur so british !

Becoming Led Zeppelin de Bernard MacMahon
Image courtoisie La Biennale di Venezia (© Dick Barnatt – Getty images)

Car c’est là une ingénieuse trouvaille du réalisateur : Bernard MacMahon a entièrement confié les voix narratives à Robert Plant, James Baldwin (alias John Paul Jones, nom de scène tiré du titre d’un film de John Farrow en 1959, Le Grand Capitaine), James Patrick Page et une interview de l’ère du feu John Henry Bonham. Le documentaire se concentre sur le mythe avant le mythe, sur les quatre membres du groupe, leurs origines et sur leur contexte familial, sur l’ascension de quatre garçons britanniques de la classe moyenne. Avant Starway to Heaven et la guitare Dragon, avant les disques d’or et les filles, il y avait simplement quatre hommes et leur amour pour la musique. Becoming Led Zeppelin dévoile leurs parcours individuels alors qu’ils traversent la scène musicale des années 1960, jouant certains des plus grands succès de l’époque dans de petits clubs en Grande-Bretagne, jusqu’à ce qu’à l’été 1968, ils se rencontrent pour répéter et leur vie ensemble change à jamais.

« We never socialized, we just met for the rehearsals. ».

Les quatre chemins se fondent en un seul alors qu’ils partent à la conquête de l’Amérique dans un tour de montagnes russes qui a culminé en 1970, lorsqu’ils sont devenus le groupe numéro un au monde. La force du film réside dans l’abondante masse de documents d’archives, pour la plupart inédits : les premières auditions, l’obscur travail que Jones a mené pendant près d’une décennie dans des morceaux devenus classiques mais insoupçonnées (Goldfinger dans la magnifique version de Shirley Bassey, par exemple, et ce n’est que l’exemple le plus célèbre), l’ascension de Page dès son plus jeune âge dans des beats complexes obscurs de la banlieue londonienne au moment où la culture beatnik monte en puissance, la résistance  des parents de Plant devant son obstination à vouloir faire une carrière qu’ils ne jugent pas très sérieuse pour leur fils, Bonham qui a opté pour ses talents de batteur au lieu d’une carrière de constructeur en bâtiments.

À travers le parcours personnels, la première partie du film est une plongée vertigineuse dans la musique pop britannique de la première moitié des années 60, amenée selon les commentaires des narrateurs qui donnent la direction souhaitée à a chronologie des images et du récit de l’historie de leur groupe.

Bernard MacMahon explique ses intentions au sujet de ce documentaire :

« Avec Becoming Led Zeppelin, mon objectif était de faire un nouveau genre de film, un documentaire qui ressemblait à une comédie musicale. Je voulais entrelacer les quatre histoires différentes des membres du groupe avant et après la formation du groupe, en ayant une grande partie de leur histoire racontée uniquement par la musique et les images, afin de lier les chansons aux lieux où elles ont été créées et aux événements qui les a inspirés. J’ai utilisé uniquement des films et des négatifs originaux, avec plus de 70 000 cadres restaurés manuellement, et créé des séquences fantastiques, inspirées de Singin ‘In The Rain, en superposant des séquences de performances live non montées sur des photomontages d’affiches, de billets et de voyages, pour recréer visuellement le sentiment de frénésie de leurs débuts. »

De Led Zeppelin on croit tout connaître, les classant dans les groupes de référence du hard rock, avec les excès, la montée vertigineuse, la passion pour l’imaginaire fantastique de Tolkien et pour l’ésotérique, la screamingmania du chanteur, comme qualifie un des musiciens en commentant cette façon de crier en chantant et en montant dans les aigus. Tous ces éléments ne figurent pas dans Becoming Led Zeppelin de Bernard MacMahon (ancien auteur de la prestigieuse série documentaire American Epic) qui signe un film-rivière qui se concentre sur les origines, dès le titre, des quatre garçons qui formeront plus tard « le plus grand groupe de rock de la planète ».

Becoming Led Zeppelin de Bernard MacMahon
Image courtoisie La Biennale di Venezia (©2021ParadisePictures)

En ce sens, le cinéaste a réussi une approche originale et captivante grâce aux extraits d’une interview datant de 1971. Robert Plant est le plus ironique et mordant, totalement dédié à la démystification de lui-même et de ses comparses ; Jimmy Page est l’historien et puise dans son impressionnante mémoire la plus vive, près de la moitié des minutes sont rythmées par son fort accent britannique ; John Paul Jones prend la scène de façon surprenante, sort de l’ombre où il a souvent été relégué comme nombre de bassistes.

C’est un plaisir constant d’écouter l’intégralité des performances live de Good Times, Bad Times et Communication Breakdown, issues d’une émission méconnue diffusée par un réseau scandinave. Le travail de Bernard MacMahon est exemplaire mais il y aurait encore tant à dire sur Led Zeppelin. Le cinéaste nous racontera peut-être la suite dans un second opus …

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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