Mostra 2021 : La caja, de Lorenzo Vigas, présenté en compétition, suit le cheminement d’un orphelin mexicain à la recherche des restes de son père

Le cinéaste vénézuélien Lorenzo Vigas, récompensé du Lion d’or en 2015, revient en compétition à Venise avec La caja, un film abrupt et austère qu’il consacre au Mexique, où il vit depuis deux décennies. Après avoir remporté la plus haute distinction au festival italien pour son premier long métrage intitulé Desde allá, et avoir été le premier latino-américain à l’obtenir, Lorenzo Vigas s’est réjoui de pouvoir participer à la 78ᵉ édition de la Mostra avec un film qui représente son pays d’adoption :

Hatzin, un jeune adolescent de Mexico, voyage pour récupérer les restes de son père, qui ont été retrouvés dans une fosse commune au milieu du ciel immense et du paysage vide du nord du Mexique. Mais une rencontre fortuite avec un homme (Hernán Mendoza) qui présente une troublante ressemblance physique avec son père le remplit de doutes et d’espoir quant à la véritable localisation de ses parents. À force de persévérance et de ténacité, il va suivre cet homme, l’aborder, lui présenter la carte d’identité de son père. L’homme le prie de le laisser tranquille, d’abord gentiment puis avec beaucoup de véhémence.
Étonnement, malgré le très jeune âge de Hatzin, jeune adolescente, l’homme finira par l’embaucher et l’héberger. Hatzin découvre le travail des journaliers que son protecteur engage, tenant un discours pour les appâter qu’il répète inlassablement chaque matin. Mais rapidement Hatzin va découvrir une facette inquiétante de ce personnage …

— Hatzín Navarrete et Hernán Mendoza – La caja
Image courtoisie La Biennale di Venezia (© The Match Factory)

L’absence de la figure paternelle en Amérique latine et ses répercussions est le thème qui se concentre sur La caja (La boîte), un film qui propose, en filigrane, une réflexion sur les dirigeants de le sous-continent américain et sur les exactions et les exécutions sommaires devenues monnaie courante. Avec La caja Lorenzo Vigas clôt une trilogie sur la figure du père qui a débuté avec Los elefantes nunca olvidan (Les éléphants n’oublient jamais, 2004), primé à la Semaine de la Critique de Cannes, et qui s’est poursuivie avec le très remarqué Desde allá (portant le titre de Les Amants de Caracas mais dont la traduction littérale est De là-bas). Le fait de consacrer une trilogie à l’archétype du père latino-américain pourrait laisser supposer qu’il s’agit d’une fêlure personnelle pour le cinéaste mais ce n’est absolument pas le cas vu l’excellente relation que le cinéaste entretenait avec son père, le peintre Oswaldo Vigas, à qui il a dédié le documentaire Le vendeur d’orchidées ( 2016). Lorenzo Vigas exploite son intérêt pour cette thématique lors de la conférence de presse :

« En Amérique latine, il est très courant que les enfants soient élevés par des mères parce que souvent les parents ne sont pas à la maison et voit quelles en sont les conséquences. »

Le cinéaste a poursuivi en estimant qu’il s’agit d’un « continent matriarcal » dans lequel cette absence « est généralement plus importante que la présence » :

« Tant au Mexique que dans le reste de l’Amérique latine, il existe un nombre incalculable de familles fracturées où l’absence de la figure paternelle est une réalité courante et presque routinière. Beaucoup de jeunes grandissent et se forgent par cette absence. Ce thème, si fondamental dans la définition d’un individu, a particulièrement retenu mon intérêt en tant que cinéaste. Ce que nous sommes en tant que continent est aussi franchement lié à cette réalité. Ce n’est pas par hasard qu’en Amérique latine, où des phénomènes comme le péronisme ou le chavisme ont laissé une empreinte sociale, politique et humaine si profonde, la figure d’un leader est venue combler, du point de vue psychologique, ce vide, ce besoin, ce père qui n’a jamais été présent à la maison et que nous essayons désespérément de retrouver. »

— Hatzín Navarrete – La caja
Image courtoisie La Biennale di Venezia (© The Match Factory)

À travers la figure de Hatzin, Lorenzo Vigas brosse le portrait brut d’un orphelin assailli par des questions existentielles régitimes et en quête de réponses. Le réalisateur a reçu une standing ovation ce mardi à la Mostra de Venise après la projection de son film.
Un bémol est à ajouter à cet enthousiasme collectif:  certaines actions du scénario laissent perplexe, par exemple, sans déflorer tout le film, quand Hatzin est d’abord choqué que les employés « dérangeants disparaissent » sans donner de nouvelles, il tente d’avertir la mère de la jeune employée disparue puis l’attaque au couteau, la laissant pour morte. Un acte qui reste incompréhensible … tentation de faire comme le père, fascination puis répulsion ?

Des questionnements qui resteront sans réponse, malheureusement.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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