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Nolan chez les dieux : une Odyssée qui a le mal de mer

L’épopée homérique version IMAX tient plus du blockbuster consciencieux que de la révélation, mais elle a le mérite de ne pas trahir l’esprit du poème.

L’Odyssée de Christopher Nolan
© 2026 Universal Studios. All Rights Reserved.

Pour une épopée mythologique, il fallait bien du cinéma opératique hollywoodien – et Christopher Nolan ne pouvait qu’être tenté par le récit fondateur de la littérature occidentale. Face à Homère, le réalisateur ne démérite pas : on retrouve dans L’Odyssée l’esprit poétique et existentiel qui hante l’œuvre originale, celui d’un homme rattrapé par les conséquences de son passé et par le temps qui passe. Reste que le poème grec, labyrinthique par nature, sort de cette adaptation passablement dégraissé de son mystère.

Après avoir mis fin au siège de Troie grâce à un stratagème aussi brillant que dévastateur, Ulysse (Matt Damon) prend la mer pour rejoindre Ithaque, où l’attendent son épouse Pénélope (Anne Hathaway) et son fils Télémaque (Tom Holland, que vous pourrez retrouver le 29 juillet dans Spider-Man: Brand New Day). Le voyage retour, semé de créatures hostiles, se double d’un autre périple, intérieur celui-là : taraudé par le remords, Ulysse se prépare à des retrouvailles aussi douloureuses que le trajet lui-même.

Une traduction trop bavarde d’un texte qui aimait le silence

Le principal défaut de cette Odyssée version Nolan, c’est paradoxalement son excès de zèle pédagogique. Là où Homère jouait des ellipses, le film choisit la ceinture et les bretelles : les événements sont racontés par les protagonistes avant d’être rejoués à l’image. Résultat ? Une redondance qui étire un film déjà long. On sent le cinéaste soucieux qu’aucun·e spectateur·rice ne se perde en route – ironie appuyée pour un film sur l’art de se perdre.

Autre limite, presque inévitable avec un tel casting : on peine à voir autre chose que des stars. Difficile d’oublier qu’on regarde Matt Damon et Anne Hathaway plutôt qu’un roi et une reine rongés par dix ans de séparation – même si les deux acteur·rice·s tiennent leur rang avec bravoure.

Ceci dit, une fois ces réserves posées, L’Odyssée reste un bon divertissement, qui restitue l’essentiel du poème: le poids du temps qui use les êtres, héros compris, fatigué·es, égaré·es, doutant sans relâche. La séquence où Ulysse, échoué chez Calypso (Charlize Theron), peine à se sevrer des fleurs de lotus – sa drogue anti-dépressive avant l’heure – compte parmi les plus réussies du film, filmant avec une justesse presque émouvante l’addiction et la peur de se retrouver face à ses démons. On y retrouve la figure du héros malgré lui déjà explorée dans Oppenheimer : un homme confronté à la responsabilité de décisions dont les répercussions sont collectives.

Nolan n’esquive pas non plus les passages sombres du poème : l’épisode chez Circé (Samantha Morton) flirte avec le body horror, et la caverne du cyclope Polyphème vire franchement à l’horreur. Ces séquences, moins encombrées par les explications psychologiques, comptent parmi les plus efficaces.

Robert Pattinson compose un Antinoos parfaitement pathétique dans sa lâcheté intrinsèque, tandis que Lupita Nyong’o prête à Hélène toute l’ambiguïté que lui donne déjà le mythe – otage ou complice de Pâris, le film a la sagesse de ne pas trancher. Zendaya, en Athéna, apporte une présence plus solennelle qu’électrisante, et Jon Bernthal offre à Ménélas une rugosité bienvenue.

l’IMAX quant à lui est une arme à double tranchant : les plans larges de la mer, devenant presque vivante, soulignent l’isolement d’Ulysse, mais les gros plans sur des visages immédiatement identifiables brisent régulièrement l’illusion mythologique. On ressort de cette Odyssée ni déçu·e ni véritablement transporté·e, mais convaincu·e que Nolan a pris le mythe au sérieux, quitte à trop vouloir l’expliquer. Son blockbuster impressionne davantage par sa rigueur que par son souffle, comme s’il craignait constamment que le public se perde là où le poème invitait justement à l’errance.

De Christopher Nolan; avec Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Charlize Theron, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Jon Bernthal, Zendaya, Samantha Morton, Elliot Page, Himesh Patel; États-Unis, Royaume-Uni ; 2026 ; 172 minutes.

Malik Berkati

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