ZFF2022 – Die goldenen Jahre : Une comédie suisse qui met à mal les injonctions de vies conventionnelles

Comme nous le disions lors de la présentation du film suisse Last Dance à Locarno, la comédie est un des genres les plus difficiles à transformer en œuvre cinématographique réussie. Cette année semble être un bon cru pour les comédies suisses, Die goldene Jahre de Barbara Kulcsar en est un autre exemple. La cinéaste et sa scénariste Petra Volpe (Heidi, L’Ordre Divin) entament ces « années dorées » avec tous les clichés qui font craindre le pire : Peter (Stefan Kurt) vit son dernier jour de travail, lorsqu’il demande à la jeune femme qui le raccompagne à la sortie, il lui demande qui reprendra son bureau – « Personne, ce sera une pièce à serveurs ». Il a 65 ans, dans un monde qui n’a plus besoin de lui et de ses capacités, il se retrouve avec sa femme Alice (Esther Gemsch) qui espère redonner un coup de fouet à leur vie de couple, à leur vie tout court. Les aspirations de son mari sont tout autres. Son obsession est de faire du sport et de manger sainement. Lors de la fête qui officialise leur nouvelle vie à la retraite, Alice et Peter reçoivent de leurs enfants – un fils qui chaque soir a un nouveau rendez-vous Tinder et une fille, mère de famille malheureuse en ménage et qui noie sa dépression dans l’alcool – une croisière. Peter ne veut pas la faire, mais Alice y tient. Lorsque la meilleure amie d’Alice, Magalie, décède soudainement, Peter, sous couvert de s’occuper de son ami devenu veuf, Heinz (Ueli Jäggi) l’invite à faire avec eux le voyage. Le comique de situation, induit par ces crises existentielle, s’exécute de manière classique jusqu’ici, avec des actrices et acteurs qui les jouent finement. La suite de l’histoire va cependant s’ouvrir sur d’autres horizons, des réflexions profondes sur les projets de vie, les manières de les réaliser, les différentes configurations qui s’ouvrent à nous lorsque nous décidons de prendre des chemins de traverse.

— Stefan Kurt, Ueli Jäggi, Esther Gemsch – Die goldenen Jahre
© Filmcoopi AG

Au moment de mourir, Magalie avait demandé à son amie d’enlever les lettres qui se trouvaient dans sa table de nuit. Alice découvre qu’elle avait un amant depuis 15 ans au sud de la France. Lors d’une escale à Marseille du bateau de croisière, où rien ne se passe comme elle voudrait avec Peter, elle décide de ne pas remonter à bord et d’aller voir l’amant de Magalie pour lui annoncer la nouvelle. Les aventures qui s’ensuivent ouvrent différentes portes aux protagonistes qui redécouvrent le monde à mesure qu’ils et elles se confrontent à leurs besoins dans la vie, à leurs envies. Si Die goldenen Jahre partent de la situation de séniors perdus dans leur nouveau chapitre de vie, ne nous méprenons pas : l’idée véhiculée par cette histoire vaut pour tout un.e chacun.e, d’ailleurs le rôle des enfants, eux aussi en crise de vie l’évoque, sans parasiter le cœur du sujet porté par ses personnages séniors. Petit à petit, les peurs dans lesquelles les conventions les ont enfermé.es s’effritent et le courage d’entamer de réelles années d’or s’impose à l’évidence. Cette comédie se bonifie au fil de la narration, les personnages prennent de l’épaisseur à mesure qu’ils se délestent des accommodements faits à leurs fors intérieurs , le comique côtoie avec joliesse le drame et la fin donne un grand élan de bonne humeur, entraînante comme une vieille chanson italienne de Ricchi e Poveri !

De Barbara Kulcsar; avec Stefan Kurt, Esther Gemsch, Ueli Jäggi, Gundi Ellert; Suisse ; 2022 ; 91 minutes.

Malik Berkati, Zurich

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