Antoinette dans les Cévennes ou comment faire sa thérapie auprès d’un âne compréhensif et à l’écoute

Antoinette Lapouge (Laure Calamy) attend impatiemment les grands vacances d’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir qui est marié et dont la fille, Alice (Louise Vidal) est l’élève d’Antoinette.. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces et réserve un âne pour parcourir le chemin de Stevenson. Munie d’une valise à roulettes, Antoinette débarque dans un gîte au milieu des randonneurs rompus à l’exercice, sacs à dos et chaussures de marche oblige !
Mais à son arrivée, point de Vladimir parmi la joyeuse troupe de randonneurs – seulement Patrick, un âne gris récalcitrant qui va l’accompagner dans son singulier périple et, au fil des jours et des péripéties, devenir son confident.

Laure Calamy, qui incarne avec brio Antoinette, porte tout le film sur ses épaules en compagnie de Patrick (joué par 3 ânes) dont le travail de dressage a été assuré par Émilie Michelon qui mérite une mention spéciale – un remarquable travail pour dresser ces ânes dont les réactions, en particulier face au mari adultère, sont savoureuses et suscitent moult fous rires.

— Laure Calamy – Antoinette dans les Cévennes
© Julien Panié

Connue pour son personnage de fille bien en chair, romantique et un soupçon naïve dans la série Dix pour cent, Laure Calamy trouve ici un rôle qui met en lumière tout son talent et la palette variée de ses interprétations.

A lire le synopsis, on peut quelque peu redouter les clichés – la maîtresse bafouée, le mari qui veut le lait, la crème, la crémière et la crémerie, en l’occurrence – et les poncifs mais la réalisatrice, Caroline Vignal, dont c’est le second long métrage après Les autres filles (2000) a su dépeindre avec finesse, humour et exactitude les affres de l’amour, dans ce cas particulier la tentative désespérée et pathétique d’une femme bafouée, qui se raccroche à l’espoir ténu que son amant marié quitte la quiétude de sa vie familiale pour partir à l’aventure avec elle … En guise de partir à l’aventure avec Antoinette, Vladimir (Benjamin Lavernhe, de la Comédie française) la vit surtout avec elle comme elle le découvrira dans une rencontre cinglante mais aux apparences courtoises avec la femme officielle, Eléonore Loubier.

Dès le début, on pressent que l’initiative rocambolesque de feindre le hasard pour retrouver son amant en famille au milieu des Cévennes – région rarement prise pour décors dans le cinéma hexagonal et qui mérite d’être choisie pour les beauté de ses monts et vallons et la luminosité du paysage – magnifiquement mis en valeur par la photographie signée Simon Beaufils, sous le soleil estival, ne peut être qu’un fiasco.
Mais le propos et l’intérêt du film de Caroline Vignal se situent ailleurs, dans le chemin géographique mais surtout initiatique et symbolique que parcourt Antoinette au fil des rencontres, certes éphémères avec d’autres randonneurs avec qui elle échange et est confronté à leurs questions mais aussi à leurs jugements. En constante évolution, paliers progressifs, Antoinette apprend à faire le deuil d’une histoire vouée d’avance à l’écher tout en se remémorant ses histoires d’amour passées, sa difficulté à construire une relation. Les imprévus du chemin de Stevenson et certaines phrases échangées vont l’amener à mûrir, à progresser et à s’ouvrir à de nouvelles possibilités sur les chemins cévenols.

Caroline Vignal a su dépeindre avec justesse la palette des émotions traversées par Antoinette – euphorie suivie de désespoir, colère, indignation, résignation, enthousiasme – dans le cheminement et l’accomplissement de la chrysalide qui se transforme en papillon.

Dans un cadre bucolique propice aux rencontres avec la faune de la forêt, la fine et subtile écriture qu’adopte la réalisatrice et scénariste transcrit la métamorphose de cette trentenaire dont on se demande si il y a quelques résonances dans la créatrice.Le film égraine de nombreuses scènes cocasses et franchement drôles, de lignes narratives très amusantes (la réputation d’Antoinette qui la précède sur le chemin en tant que « Star du GR »), de dialogues décalés (la conversation presque unilatérale entre Antoinette et Eléonore Loubier qui a décelé l’aventure de son mari, coutumier du fait.

Un randonneur fait allusion à la Modestine de Voyage avec un âne dans les Cévennes qui semble avoir inspiré le personnage savoureux de Patrick.

Très nombreux, les personnages secondaires croqués avec justesse et tendresse, sont immédiatement attachants malgré des apparitions furtives à l’écran.

La comédie Antoinette dans les Cévennes est dans les salles romandes depuis le 16 septembre, faisait partie de la programmation du Festival de Cannes 2020 et rencontrera son public au Festival de Zurich 2020, proposant une évasion sans prétention, teintée d’un humour bienvenu !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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