FIFF 2017 : Féfé Limbé, de Julien Silloray, ou le cri d’amour d’un grand enfant de soixante printemps

Féfé Limbé (2016), court métrage de Julien Silloray, est une belle surprise das la programmation des courts métrages du FIFF 2017. Féfé Limbé sort des sentiers battus habituellement par les cinéastes, s’intéressant à la recherche affective d’un adulte plutôt que celle d’un adolescent ou d’un jeune adulte. Julien Silloray poursuit son travail cinématographique entamé avec Ma manman d’lo (2014) et Princesse (2013).

Julien Silloray, réalisateur, guadeloupéen, a séduit les membres du jury comme les spectateurs des festivals que son film Féfé Limbé a parcouru : son film a été lauréat du Grand Prix du Jury du Festival de Cinéma d’Alès – Itinérances en mars, a obtenu le Prix Spécial du Jury et reçu à Clermont Ferrand en février. Lors de la 8ème édition du festival de courts-métrages Antilles-Guyane la cérémonie de clôture du festival Prix de Court qui s’est déroulée au Palais des Congrès de Madiana en février, a couronné Féfé Limbé par le Prix de Court 2017.

Cet enthousiasme généralisé autour du film de Julien Silloray est pleinement justifié, tant par l’originalité de son sujet, par l’interprétation bon enfant et spontanée de ses comédiens que par l’universalité du thème traité, amoureusement mis en relief par le créole. Féfé vit son premier chagrin d’amour. … Il a soixante-cinq ans. Incarné à l‘écran par le nonchalant Pierre Valcy, Félicien, Féfé passe son temps à appeler, en vain, sa femme, partie refaire sa vie en métropole. Poussé par son frère Eric (Eric Cilirie) à s’inscrire dans une agence matrimoniale, Féfé va rencontrer Suzie (Chantale Jacobson).

Dans une mise en abime réussie, le comédien qui joue son propre rôle a remporté le Prix de l’Interprétation. Le film de Julien Silloray a sillonné divers festivals en apportant une touche exotique bienvenue, soulignant une facette fleurie de la francophonie, parfois oubliée : projeté au Festival du court-métrage méditerranéen de Tanger (Maroc, 2017), au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand (France, 2017), Féfé limbé était projeté samedi soir, juste après le documentaire d’Eric Caravaca, Carré 35, au FIFF.

Pendant une séance de répétition de son précédent court métrage, le réalisateur Julien Silloray avait fait la connaissance de Pierre Valcy (qui avait un rôle secondaire dans ce film). De manière inattendue, il a raconté au cinéaste

« son drame marital, la séparation d’avec sa première femme, jusqu’aux larmes. Pierre est un profond sentimental, à l’inverse du cliché antillais. J’ai eu envie de “fictionnaliser“ son deuil amoureux. Cette douceur vient avant tout de l’acteur qui incarne Féfé. Je connaissais Pierre Valcy avant l’écriture du scénario. Sa douceur me touche et répond peut-être à une sorte de style que je développe, puisqu’elle est déjà présente dans mon précédent court. Elle correspond à la tendresse que j’ai pour ces hommes que je filme, qui ne sont pas des acteurs mais des personnalités fortes que je rencontre au hasard de la vie ou de mes castings sauvages ».

Une lenteur, voulue et assumée, imprègne le film et donne une dimension humaniste au protagoniste dont on partage le chagrin et pour lequel notre empathie va croissant . « Quant au rythme, il a posé question dès le début du tournage. Pierre est de plus en plus handicapé de la hanche à cause d’un accident de chantier il y a quelques années. Avec le stress du tournage, ses douleurs étaient plus fortes et tous ses déplacements et gestes s’en trouvaient ralentis. J’ai décidé d’assumer cette lenteur parce qu’elle correspondait au personnage et à son humeur, mais aussi parce que c’était pour moi l’occasion d’expérimenter ce rythme : je n’ai pas de formation en cinéma, j’ai appris sur le tas avec mes premiers courts ». Le comédien interprétant son propre rôle emplit l’écran de son charme et l’étrangeté de son regard mélancolique, voire nostalgique, nous émeut immédiatement.

A l’image, la caméra de Julien Silloray parvient à créer subtilement une délicatesse et une mélancolie palpables, comme une prolongation du personnage. De manière judicieuse et intelligente, la séquence ultime laisse le « dernier choix » aux spectateurs.

Firouz E. Pillet, Namur

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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