FIFDH 2021 – Shadow Game : Un coup de poing en plein estomac qui coupe le souffle et couvre de honte le continent européen et ses pratiques envers les mineurs non-accompagnés !

En préambule, et afin que l’on se rende compte immédiatement quelle est la nature du scandale dont on parle (qui n’est pas nouveau et mainte fois documenté mais sur lequel on préfère fermer les yeux) et que dénonce de manière puissante ce film qui donne directement la parole aux concernés et utilise pour partie les images qu’ils ont eux-mêmes tournées, voici l’article 22, paragraphe 1 de la Convention relative aux Droits de l’enfant :

Les États parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits États sont parties.

Voilà. C’est clair net et précis. Nous sommes en Europe, en 2021, et des enfants se voient dénier ce droit fondamental, pire se font torturer psychiquement pendant des années par ce refus et les conditions inhumaines dans lesquelles ils doivent vivre et survivre pendant leur odyssée et, pour certains, se font torturer physiquement par des autorités dépositaires du monopole de la violence physique légitime. Il est facile de faire les gros titres et pousser des cris d’orfraie devant des images venues d’ailleurs, comme ces enfants d’Amérique latine encagés aux États-Unis par l’administration Trump. Mais qu’en est-il de ces images – qui existent – et que l’on cache dans une hypocrisie crasse ? Que l’Europe se couvre de la cendre de la honte avant de donner des leçons ailleurs ! Shadow Game est un coup de poing en plein estomac qui coupe le souffle et révolte.
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Berlinale 2021 – Compétition:  Rengeteg – mindenhol látlak (Forest – I See You Everywhere) ou l’effet magnétisant du voyeurisme de micro-drames

Dix-huit ans après son premier long métrage Forest (Rengeteg, 2003), le réalisateur hongrois Bence Fliegauf poursuit dans la même veine son expérience anthropologique qui creuse le microréalisme, à l’époque avec une série de vignettes sur des couples en crise. Le film n’atteint pas le niveau de son poignant Csak a szél (Just The Wind), sur le sort cauchemardesque de la communauté Rom en Hongrie, qui avait remporté en 2012 l’Ours d’argent – Grand Prix du Jury, mais a cette qualité d’intriguer tout en portant dans son sillage une impression de déjà éprouvé.
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Berlinale 2021 – Compétition : Dénes Nagy, Ours de la meilleure réalisation pour Természetes fény (Natural Light)

Cette édition de la Berlinale, pour la presse et l’industrie, s’est déroulée en ligne. Malheureusement. Les films de cinéma étant faits pour les salles de cinéma, les trois journalistes de j :mag qui ont couvert cette 71e édition ont certes joué le jeu de la critique cinématographique, avec le plus de bonne volonté et ouverture d’esprit que possible pour rendre justice artistique aux œuvres présentées et à leurs autrices et auteurs. Cependant, comme le dit le célèbre adage : à l’impossible nul est tenu ! Les jurys des différentes sections, ont peut voir les films en réelles conditions, sur grand écran. C’est peut-être la raison pour laquelle, le jury de la compétition internationale a décerné l’Ours d’argent de la meilleure réalisation à Dénes Nagy pour Természetes fény (Natural Light). Nous, nous sommes passés totalement à côté du film tout en ayant pleine conscience : il est d’évidence superbement réalisé, dans une palette chromatique qui en dit autant sur les évènements extérieurs que sur la sombreur des temps qu’il raconte et des âmes qui leur sont liées. Mais Natural Light est impossible à considérer dans sa matière comme dans sa facture sur petit écran puisqu’il est impossible de se laisser fondre dans cette texture sensorielle qui ouvre aux émotions. Nous en reparlerons donc en juin, quand nous pourrons le regarder, si le coronavirus le permet, dans la version publique du festival qui se déroulera du 9 juin au 20 juin 2021.
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FIFDH 2021 – Le Nouvel Évangile (Das neue Evangelium) du cinéaste suisse Milo Rau : un film politique sur Jésus qui entremêle récit biblique et révolte contemporaine

Le Bernois Milo Rau, metteur en  scène, auteur et depuis 2018  directeur artistique du théâtre  NTGent (Belgique), est un des artistes les plus iconoclastes de sa génération, n’ayant de cesse d’interpréter et réinterpréter les choses du monde à travers son travail artistique pour en sortir leur substantifique moelle. Il s’est fait entre autres, le spécialiste des tribunaux internationaux, qu’il décline au théâtre, dans des livres ou au cinéma comme ce spectaculaire Tribunal sur le Congo en 2017.
Le Nouvel Evangile selon Milo Rau, présenté à la Mostra de Venise 2020 dans les Giornate degli Autori, est un manifeste social et politique, mais surtout un retour à la mère des luttes : celle pour un monde plus juste et solidaire au chevet des plus faibles.
Nous sommes à Matera, en Italie du sud, qui avait déjà vu Pier Paolo Pasolini (L’Evangile selon saint Matthieu, 1963) et Mel Gibson (La Passion du Christ, 2003) tourner leurs films sur la vie de Jésus. En collaboration avec l’activiste politique Yvan Sagnet, il réalise un film au genre hybride, une fusion entre documentaire, reconstitution, fiction, action politique qui réunit imbrique le récit biblique dans la révolte désespérée.
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FIFDH 2021 : Si le Vent Tombe (Should the Wind Drop) de la cinéaste arménienne Nora Martirosyan – Comme une prémonition du réel dans le Haut-Karabagh qui rattrape la fiction

Ce qui frappe immédiatement aux premières images de Si le Vent Tombe, c’est les accents dramatiques et annonciateurs (le film a été tourné en 2020) de la seconde guerre du Haut-Karabagh qui a mis à feu et à sang la région entre le 27 septembre et le 10 novembre 2020. Cette intrusion de la réalité dans l’esprit en visionnant ce film lui donne une dimension bien plus grande que la seule curiosité cinématographique et thématique. Malheureusement, ce que nous voyons sur l’écran est déjà du passé, l’accord de cessez-le-feu actant la rétrocession de nombreux territoires à l’Azerbaïdjan rendant encore plus compliquées la cohésion et le lien entre d’une part l’Arménie et d’autre part le reste du monde.
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Berlinale 2021 – Forum : Une immersion dans la Nation Métis du Canada à travers la caméra de Rhayne Vermette pour son premier long métrage, Ste. Anne

Tourné en 16mm sur une période de 14 mois entre 2018 et 2020, Ste-Anne est un long métrage expérimental dans lequel les impressions l’emportent sur la compréhension directe. Rhayne Vermette ne nous raconte pas ici une histoire singulière, même si elle nous fait suivre des personnages identifiés, mais nous laisse entrevoir par le prisme de l’allégorie une histoire collective qui remonte à plusieurs générations, sur tout le territoire du Traité 1, cœur de la Nation Métis.
Alors qu’une soirée au coin du feu commence à se fondre dans la nuit, on apprend que Renée (interprétée par la réalisatrice) est de retour. Elle revient, après des années sans avoir donné de nouvelles, dans la maison familiale où son frère Modeste vit avec sa femme Elenore. Tous deux ont élevé la petite fille de Renée, Athena, comme si elle était leur propre enfant. Les retrouvailles sont empruntées, le retour de Renée trouble l’équilibre familial même si tout le monde est content de la revoir, particulièrement sa fille qui peut profiter de ses deux mamans, comme elle se les représente. Le changement ne s’opère pas qu’au sein de la famille au sens strict, mais également dans la petite communauté dans laquelle elle s’insère, et dans son sillage, un présage qui perturbe l’humus de cette vie ancrée dans cette terre et ce territoire. (…)

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FIFDH 2021 – Rouge un film qui nous entraîne au cœur d’un scandale environnemental

Mettons tout de suite les points sur les i : ce film est une fiction basée sur des faits réels qui ont lieu dans les années nonante et, en élargissant un peu le spectre, on peut quasiment être sûrs que quelque part sur cette terre malmenée, il doit s’approcher du 1 :1 de la réalité.
Nour (Zita Hanrot) vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père Slimane (Sami Bouajila), délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste (Céline Sallette) mène l’enquête sur la gestion des déchets par l’usine. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Le tissu socio-économique de la région rend les acteurs locaux de surveillance ainsi que le personnel politique peu enclins à être regardant sur les rejets polluants, la corruption rémanente, le greenwashing, l’état de santé des ouvriers et ouvrières – les dossiers médicaux sont allègrement trafiqués ou simplement pas pris en compte –, les accidents du travail non-déclarés et les responsabilités totalement diluées dans un maelstrom de différents intervenants et sous-traitants qui protège la hiérarchie locale (le chef de l’usine est interprété par un Olivier Gourmet parfait, comme toujours, dans un rôle à la fois bonhomme et inquiétant) et internationale. (…)

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Berlinale 2021 – Encounters : Hygiène Sociale de Denis Côté qui propose à nouveau un bel exercice de style cinématographique réjouissant !  

Le réalisateur canadien dont les films sont tous, dans une section ou autre, présentés dans les plus grands festivals internationaux (pour n’en citer que quelques-uns : Répertoire des villes disparues en compétition à la Berlinale 2019, entretien ici ; Ta peau si lisse au festival de Locarno 2017 ; Boris sans Béatrice en compétition à Berlin en 2016, entretien avec l’actrice principale Simone-Élise Girard ici ;  Vic + Flo ont vu un ours pour lequel Denis Côté a reçu l’Ours d’argent de l’innovation pour un film qui ouvre une nouvelle perspective en 2013) , est un explorateur du langage cinématographique qui va puiser dans sa cinéphilie – il a été critique de cinéma – pour développer ses propres projections filmiques. Tour de force, le film a été tourné en 4 jours, en pleine pandémie, avec un budget de quelques milliers de dollars canadiens. On pourrait croire que le film est une réalisation influencée par la pandémie de coronavirus, les personnages – jamais plus de trois par plans –  se tenant à distance, et bien sûr à cause du titre. C’est en fait une troublante coïncidence, car le scénario d’Hygiène sociale, son titre et la mise en scène à distance des personnages ont été élaborés par Denis Côté en 2015, lors d’un séjour à Sarajevo !
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Palmarès de la 71e Berlinale – Des prix qui reflètent la sensibilité du jury de cette année pandémique, composé exclusivement de récipiendaire d’Ours d’or

Quelle étrange Berlinale nous avons vécu, loin des salles de cinéma, loin des grands écrans, loin des salles de conférences de presse, loin de l’effervescence que dégage le cœur vibrant du centre du festival, avec ses rencontres, ses échanges, ses disputes et ses controverses. Cette année, comme tout le monde, les festivaliers de la presse et de l’industrie sont restés à la maison, pendant que le grand public qui se rue par centaine de milliers dans les salles berlinoises au mois de février, attend sagement le mois de juin… enfin cela est la version (très) optimiste des organisateurs qui espèrent qu’entre le 9 et le 20 juin la sélection pourra être programmée dans les salles et les open air, que le tapis rouge sera déroulé pour recevoir les cinéastes et les primés de cette 71e édition.
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Berlinale 2021 – compétition : Una película de policías (A Cop Movie) du Mexicain Alonso Ruizpalacios remporte l’Ours d’argent pour une contribution artistique exceptionnelle

L’écrivain, réalisateur de films et de théâtre mexicain avait déjà remporté en 2018 un Ours d’argent du meilleur scénario pour son deuxième long métrage, Museo, avec un film déjà basé sur des faits réels. Dans Una película de policías, le réalisateur s’empare du réel et le fictionalise dans une démarche quasi sociologique, les deux personnages centraux du film servant de révélateur à une situation globale. La question de départ est : de quel bois sont faits les policières et policiers de la ville de Mexico ? Une actrice et un acteur professionnel.le.s vont aller au fond de cette question, enfiler l’uniforme, participer comme cadets à l’académie de police puis se mettre dans la peau d’un couple de vrais policiers pour nous rendre compte de leur travail quotidien.   
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