Cannes 2018 – Rencontre avec Tomasz Kot, l’élégance slave et un physique filiforme pour interpréter un chef d’orchestre dans « Cold War » de Paweł Pawlikowski

La projection du dernier film de Paweł Pawlikowski, Cold War, qui s’est déroulée au début du festival de Cannes, a remporté un immense succès. Le public a donné une ovation debout pendant dix-huit minutes devant le cinéastee et ses acteurs tous émus, dont Tomasz Kot, qui joue l’un des rôles principaux du film, Wiktor, inspiré du père du réalisateur (notre critique). Le film a également été apprécié par le Jury international puisque Paweł Pawlikowski a remporté la Palme du meilleur réalisateur. Retrouvez également l‘interview de Joanna Kulig ici.
Rencontre avec Tomasz Kot.

— Joanna Kulig (Zula) et Tomasz Kot (Wiktor) – Cold War
© Firouz Pillet

Le chaleureux accueil du film par des journalistes étrangers vous surprend-il ?

Pour nous, beaucoup de choses sont évidentes, mais pour les gens extérieurs à la Pologne, ils ont fait une découverte. Hier nous avons eu une journée avec la presse française, nous avons rencontré la presse, la radio et la télévision de France. Beaucoup de journalistes nous ont dit qu’après la projection, ils comprenaient un peu plus la Pologne, maintenant ils la regardent différemment. Aujourd’hui, nous vous rencontrons vous, la presse internationale (rires).
Grâce au film, ils ont compris à quel point notre histoire est difficile et compliquée. L’action commence à la fin des années 1940, lorsque l’ordre de la Pologne d’après-guerre est créé et organisé. Le héros joué par Borys Szyc, représente l’autoritarisme de l’État. Au cours des années, nous avons été témoins du communisme en développement, qui devient une machine qui détruit la sensibilité humaine, écrasant les héros.

Peut-on y voir une critique de la situation actuelle de la Pologne quant au manque de liberté ? 

Je ne souhaite pas parler politique, parlons du film s’il vous plaît !

Que vous disent les journalistes sur votre rôle, Wiktor, chef d’orchestre qui fuit le bloc communiste pour l’Ouest ?

Ils soulignent que depuis que je suis né dans les années 1970, cela implique que je me souviens du communisme. Ils veulent que je leur parle de cette époque. Ils sont surpris quand ils découvrent que mon adolescence était quelque chose de différent de la leur. Pour eux cette découverte est un choc, et pour moi une évidence, car après la chute du communisme, je suis allé à l’Ouest, où j’ai vu ces différences.

La politique domine dans le film ?

Non seulement la politique mai aussi et surtout la culture populaire de la Pologne, que Paweł met incroyablement en valeur dans le film. L’enthousiasme des gens est causé par notre folklore qui est absolument magnifique.

Etiez-vous coutumier de la culture folklorique polonaise?

J’ai rencontré beaucoup de ces aspects pour la première fois à travers le film, mais Cold War a été pour moi une série de premières fois. Je n’ai jamais été sur de si longues prises. J’ai compris leur importance quand j’ai réalisé combien l’espace et le temps ils laissaient  à chacun pour se concentrer sur une seule scène. Le climat sur le tournage était incomparable à tout autre.

Pourquoi?

Par le fait même que l’équipe travaillant sur Cold War avait déjà travaillé sur Ida. Pawel a fait en sorte que les costumes, la scénographie et le maquillage été préparés pour le noir et blanc. Notre designer de costumes, Aleksandra Staszko, a répété qu’elle connaissait toutes les nuances de gris dans un film noir et blanc, alors elle savait parfaitement comment habiller les figurants; des dizaines de personnes en costumes d’une telle couleur ont créé une image extrêmement vivante. Je suis très sensible à ce type d’art. Il faut souligne l’état de méditation, qui a été introduit dans un grand nombre de prises – c’est la méthode de travail de Paweł Pawlikowski – ainsi qu’à certains moments, les comédiens arrêtent de jouer et se mettent à contempler la scène sur laquelle ils travaillent.

Comment vous êtes-vous préparé sur le plateau ?

Nous avions deux modes de préparation complètement différents. Joanna devait commencer beaucoup plus tôt car elle devait maîtriser la danse avec le groupe Mazowsze. Quand je suis allé voir leur concert pour la première fois, j’ai été impressionné par la musique. Cependant, ce n’est que lorsque je les ai vus sur scène que j’ai vu à quel point ce qu’ils font est attrayant et spectaculaire. Je ne m’en suis pas rendu compte, mais la préparation au rôle m’a obligé à regarder au-delà de la scène pour observer combien les danseurs sont différents , combien de méthodes de travail ils ont, les modes d’expression et comment ils diffèrent en termes de comportement et de caractère.

Marcin Masecki vous a préparé au rôle du chef d’orchestre … 

Marcin a un talent exceptionnel qu’il pratique depuis l’adolescence et il a gagné de nombreuses compétitions. Pour devenir chef d’orchestre, les gens étudient pendant cinq ans. J’ai eu seulement une demi-année pour m’y préparer, donc je ne pouvais faire que semblant en singeant. Auparavant j’ai joué dans deux films biographiques (Destined for Blues (Skazany na bluesa)  de Kidawa-Blonski et Dieux (Bogowie) de Lukasz Palkowski dans lequel je joue le Dr Zbigniew Relidze, un chirurgien en cardiologie. Cela a été pour moi deux grandes aventures dans l’interprétation d’un autre homme, ses mouvements, gestes, postures, expression, regards. J’ai beaucoup appris dans Bogowie sur les caractéristiques de la prise en charge d’autres personnes, et cette connaissance était importante en moi.

Comment ces expériences vous ont-elles servi pour interpréter Wiktor ?

Grâce au temps que j’ai passé avec Marcin et les leçons de direction d’orchestre, j’ai appris à diriger trois chansons. Je les ai très bien maîtrisées, et les musiciens m’ont beaucoup soutenu, affirmant que je le faisais bien. Ce fut un moment incroyable, comparable à la vision des danses folkloriques.  Je ne pourrai jamais oublier le travail en robes de danse où les partenaires se tiennent par la main, et le cavalier s’élance en l’air, faisant la roue. Je ne pouvais pas croire que Joanna ait fait un tel travail pour maîtriser cette figure. J’ai alors compris que je travaillais avec une partenaire de rêve. Chez elle, l’ego n’est pas en avant mais le travail commun. Cette approche nous a unis.

Le film entier est basé sur le couple que vous formez et leur histoire d’amour houleuse …

Du début à la fin, nous sommes avec Joanna devant la caméra, nous devions donc être convaincus que ce que nous faisons serait immortalisé à jamais, donc cela devait être excellent. Nous avons tous les deux tout donné, mais il n’y avait pas d’autre option pour celle équipe de professionnels de génie.

Votre personnage est inspiré d’une personne réelle, le père du cinéaste ?

Il est inspiré par beaucoup de gens, y compris Tadeusz Sygietyński. Lui et sa femme, Mira Zimińska-Sygietyńska, joué dans le film par Agata Kulesza : au moment le plus crucial de la guerre, il ont prêté serment que, s’ils survivent, ils collecteraient des chansons folkloriques une fois la paix venue. Malheureusement, les archives ont été entièrement perdues. Dans ce film, on voit à quoi ressemblait leur travail et on peut imaginer à quoi ressemblait Mazovie (la Masovie ou Mazovie est une région géographique et historique située dans le centre et le nord-est de la Pologne, de part et d’autre de la Vistule et de ses affluents le Bug et la Narew, ndlr.), une région qui est aujourd’hui unique en Europe.

Propos recueillis en anglais et traduits par Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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