Cannes 2019 : avec « Jeanne », Bruno Dumont poursuit son hagiographie de la vie de Jeanne d’Arc

Ce samedi 18 mai Bruno Dumont présentait Jeanne dans la section Un certain regard, la suite de son premier film sur la vie de Jeanne d’Arc.

Le deuxième volet de son adaptation de la pièce de Charles Péguy après Jeannette, le film Jeanne, contemplatif, était très attendu sur la Croisette. Une journaliste de France 3, Christelle Massin, confiait à la sous-signée, à la ville de la projection, que « Les Nordistes attendaient avec impatience le film de Bruno Dumont, né à Bailleul , un cinéaste de leur région »

Rappelons que le Festival de Cannes et Bruno Dumont, c’est une longue historie : son premier long métrage, La Vie de Jésus, reçoit le Prix Jean-Vigo  en 1997. L’humanité reçoit les deux prix d’interprétation et le grand prix du jury à Cannes en 1999.

S’inspirant toujours de la pièce de Charles Péguy, Bruno Dumont reste fidèle au décors récurrent dans sa filmographie : le Nord. Jeanne attend de parler avec ses conseillers pour planifier la prise de Paris. D’après les palabres, on comprend que ses hommes et elle se trouve « aux portes de Paris » … Et pourtant, Bruno Dumont les filme dans les dunes de la Côte d’Opale, balayées par le vent du Nord. Le Nord, son lieu de prédilection et fil rouge de son oeuvre. D’ailleurs, lorsque Jeanne doit se retrouvée emprisonnée dans une geôle anglaise, il la place dans un bunker, qui figure parmi les nombreux vestiges de la présence allemande dans la région. Les nombreux acteurs non professionnels sont du coin et récitent, sans aucune intonation, avec l’accent du terroir, déclenchant des éclats de rire. On a le sentiment d’assister à des conversations irréelles.

Puis, la caméra de Bruno Dumont filme le ciel bleu azur où quelques nuages flottent et, soudain, une voix familière retentit et chante relatant les faits et gestes de la Pucelle comme dans un fabliau médiéval. Une voix qui   titille notre mémoire tant il nous semble la connaître et qui nous rappelle Les mots bleus … Etrange !

Le film s’ouvre en l’An 1429 : la Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d’une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Rouen est alors la capitale du Duché de Normandie alors possession du Royaume d’Angleterre. La Pucelle d’Orléans, Jeanne d’Arc (Lise Leplat Prudhomme) comme on la surnomme, s’apprête à mener bien d’autres combats, dont la bataille de Paris, malgré l’opposition du roi (Fabrice Lucchini, excellent en Charles VII et dont l’apparition nous remplit de bonheur tant son phrasé est un régal pour les tympans).

Elle doit prendre la lourde décision de lancer son armée reprendre Paris. Les gens qui l’entourent ne cessent de lui demander si ce sont ses voix qui lui ont dicté cette décision. Pieuse, à la foi inébranlable, Jeanne prie souvent, s’agenouillant d’une jambe, l’autre relevée, malgré la rigidité et le poids de son armure.

Elle part ensuite livrer bataille à Paris où elle subit sa première défaite. Ses opposants sont nombreux et lui font payer cher cet échec. Emprisonnée à Compiègne par les Bourguignons, elle est livrée aux Anglais.

S’ouvre alors son procès à Rouen, mené par Pierre Cauchon qui cherche à lui ôter toute crédibilité et l’assaille de questions répétées dans un procédé retors qui vise à la faire céder. Il recourt à des mots doctes, la jeune fille ne connaît pas la signification. Fidèle à sa mission et refusant de reconnaître les accusations de sorcellerie diligentées contre elle, Jeanne est condamnée au bûcher pour hérésie.

— Lise Leplat Prudhomme – Jeanne
© 3B Productions

Jeanne, magnifiquement incarnée par la gracile Lise Leplat Prudhomme, merveilleusement captée par le cinéaste, au regard à la fois pur et franc, demeure habitée par la grâce malgré l’adversité, et maintient une opiniâtreté et une pugnacité admirables. Si la jeune actrice habite le film de bout en bout, il est vrai que les autre acteurs sont pour la plupart inconnus, des gueux et des gens du terroir, des « gueules » que Bruno Dumont sait magnifiés grâce à son caméra.

Si les étendues de dunes domine la premières du film, la seconde fait la part belle à l’immensité de l’architecture  majestueuse des cathédrales, magnifiquement filmées par Dumont. Une certitude : l’esprit de contemplation domine le film, un film qui déclenche des fous rires selon le grostesque de certains situations, ce qui ne doit pas être le but recherché par Bruno Dumont. Mais un film qui capte aussi par ses tonalités picturales, ses trouvailles – Fabrice Luchini en roi et surtout Christophe qui fait également une apparition, d’abord caché sous sa capuche et qui lève la tête et dévoile son visage … La voilà donc cette voix qui nous semalait si familière …

Le chanteur ne se contente pas que jouer dans ce film sélectionné dans la catégorie Un certain regard : il en a aussi composé la musique. Présent sur la Croisette, il a parlé de sa double actualité comme il a sorti, ce vendredi, un album de ses meilleurs titres repris en duos avec une belle brochette de complices (Christophe Etc).

Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc – interprété par la même comédienne – avait été présenté à Cannes en 2017, à la Quinzaine des Réalisateurs. Inutile de préciser que Bruno Dumont était très attendu et a été accueilli par une ovation, avant même la projection officielle.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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