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Cannes 2024 : Le Deuxième Acte, le nouveau Quentin Dupieux, fait l’ouverture de la 77e  édition du Festival de Cannes en livrant une satire décapante sur le monde des apparences

Ce 14 mai au Palais des festivals, sur la Croisette où les festivaliers se pressent malgré la pluie, le réalisateur prolifique présente son nouveau film, Le Deuxième Acte, soit son treizième long-métrage, dans la Salle Lumière.

Le Deuxième Acte de Quentin Dupieux
© Chi-Fou-Mi Productions – Arte France Cinéma

Quelques mois seulement après l’importable et jubilatoire Daaaaaali ! présenté à la Mostra de Venise et Yannick, présenté au Festival de Locarno, Le Deuxième Acte, qui devait s’intituler initialement À notre beau métier, est très attendu tant par les inconditionnels du cinéaste que par ses détracteurs. Il s’agit du cinquième long-métrage du cinéaste en seulement deux ans : la fécondité de Quentin Dupieux inspire le respect et l’admiration.

Également connu sous le nom de Mr. Oizo par les mélomanes, Quentin Dupieux s’entoure pour ce film d’une distribution de rêve comme il sait si bien les concocter pour chacun de ses films : Louis Garrel, Vincent Lindon, Raphaël Quenard, Léa Seydoux et Manuel Guillot.

Dans un restaurant routier perdu au milieu de nulle part arrive un homme (Manuel Guillot) au volant d’une petite voiture. L’homme, à la corpulence imposante, paraît stressé. Il gare sa voiture et ouvre le restaurant. La caméra suit un tandem d’amis, puis une jeune femme et un homme plus âgé discutant tout en s’approchant du restaurant : Florence (Léa Seydoux) veut présenter David (Louis Garrel), l’homme dont elle est follement amoureuse, à son père Guillaume (Vincent Lindon). Mais David n’est pas attiré par Florence et souhaite s’en débarrasser en la jetant dans les bras de son ami Willy (Raphaël Quenard) et lui demande de la séduire. Les quatre personnages se retrouvent alors dans ce restaurant perdu dans une campagne anonyme. On réalise que tout ce beau monde évolue sur un tournage. Chacun d’entre eux tente de légitimer le fait que ce long-métrage bavard sur lequel ils sont en train de jouer tourne autour de leur propre personnage, alignant moult arguments pour se mettre en valeur et sortir du lot. Derrière la caméra, ou plutôt derrière l’écran, c’est une AI qui réalise, ce qui engendre de nombreuses situations cocasses comme quand les comédien.ne.s font part de leurs impressions en espérant l’aval du/de la « cinéaste».

À l’instar des précédents longs-métrages du cinéaste, Le Deuxième Acte ne déroge pas à la règle et affiche une durée relativement courte – septante-six minute – laps de temps restreint durant lequel le cinéaste parvient à dire tant de choses sur les faux-semblants et sur les dérives de notre société en lançant le public sur diverses pistes, les brouillant pour mieux ménager son effet de surprise. Jouant avec une succession de mises en abyme savoureuses, Quentin Dupieux réussit à surprendre jusqu’à la dernière séquence. Le plaisir des répliques, servie avec un naturel déconcertant par d’excellents comédiens fort bien dirigés est assuré ! Avec malice et maestria, le réalisateur s’amuse à décontenancer son public par le truchement de revers de situation aussi inattendus que délectables.

Le public acquis aux facéties de Quentin Dupieux est comblé ! Mais une cadence si soutenue de réalisations vient alimenter les discussions sur le travail du cinéaste. Certains le qualifient dorénavant d’usine à produire au détriment de la qualité alors que d’autres le portent aux nues.
Peu lui importe ces polémiques ! Le réalisateur a fait le choix de ne pas promouvoir son dernier film ni de se répandre dans la presse. Et encore moins d’accorder une quelconque interview. Une stratégie qui paie !

Le principal intéressé s’explique sur ce choix :

« Depuis la sortie de mon premier long métrage en 2007, j’ai toujours pris le temps d’échanger avec la presse et le public, de clarifier mes intentions et de soutenir la promotion des films, comme le font presque tous les cinéastes de cette planète. Récemment, le rythme des sorties s’est considérablement accéléré pour moi et sans m’en rendre compte, j’ai accumulé un temps de parole dans les médias sans doute plus long que la durée de mes douze films réunis. Aujourd’hui, alors que Le Deuxième Acte, mon sixième film en quatre ans, s’apprête à ouvrir le festival de Cannes et à sortir en salles, je souhaite me taire. »

Dans le maigrissime dossier de presse, le cinéaste souligne que ce n’est ni « par lassitude ou prétention » mais tout simplement parce que ce film exprime tout ce qu’il pourrait en dire. Et le réalisateur d’ajouter :

« Il serait donc inutile selon moi d’entendre un réalisateur et ses acteurs paraphraser un film dans lequel tout est toujours dit et commenté en temps réel. »

Ce treizième film de Quentin Dupieux sort en salle simultanément à sa programmation, hors compétition, au 77e Festival de Cannes.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée/based Genève)

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