#FridayForFuture! Le documentaire I am Greta, de Nathan Grossman, suit la jeune activiste écologiste de sa suède natale à travers le monde

Présenté hors compétition à la 77ème Mostra de Venise, au Festival de Toronto 2020 et dans la section Documentaires pour le climat du Festival Millenium qui se déroule du 16 au 25 octobre à Bruxelles, le documentaire I am Greta suit la jeune activiste du climat Greta Thunberg.

Greta Thunberg lors de sa traversée de l’Atlantique en voilier en 2019 – I Am Greta de Nathan Grossman
Image courtoisie Filmcoopi Zurich

Pendant une année, Nathan Grossman a suivi la jeune Greta Thunberg, accompagnée de son père. D’abord seule, brandissant une pancarte «Strejk för klimatet » (Grève pour le climat) assise devant le Parlement suédois.

« Si vous ne vous souciez pas de mon avenir sur terre, pourquoi devrais-je me soucier de mon avenir à l’école ?»

répond Greta à une passante qui lui dit qu’elle ferait mieux dee retourner sur les bancs d’école d’étudier pour son avenir. Pour Greta, qui accumule les lectures sur la réalité de notre planète, les chiffres parlent d’eux-mêmes et le constat est alarmant.

« À quoi bon m’inquiéter de mon avenir scolaire si l’existence même d’un avenir n’est plus certaine ? »

Le père de Greta lui a indiqué qu’elle n’aurait pas son soutien si elle commençait sa grève scolaire et le père poursuit, avec fierté :

« Elle a alors établi une longue liste de faits. elle connaît les problèmes liés au réchauffement climatique que 97% des politiciens du monde entier. Elle a une mémoire quasiment photographique quand cela concerne des choses auxquelles elle s’intéresse. Elle peut lire des livres et mémoriser pratiquement tout ce qu’elle a lu.»

La séquence d’ouverture nous entraîne de plein fouet dans la traversée mouvementée de l’Atlantique par Greta en août 2019. Greta, assise sur le côté du voilier, figée par l’angoisse – on le serait tout autant tant les vagues sont hautes – transmet le fruit de ses pensées :

« Ce que j’ai vécu ces derniers mois est comme un rêve ou comme dans un film. Un film absolument surréaliste racontant une histoire irréelle. Beaucoup de personnes connaissent le problème du réchauffement climatique et comprennent vaguement ce que cela signifie. L’élévation du niveau des océans et la hausse des températures mais personne n’en comprend les conséquences puisqu’on se comporte comme si il y avait plusieurs terres. »

Suivent un panel d’images qui traduisent de manière très tangible le réchauffement climatique à travers notre planète – incendies en Californie, inondations dans le Sud-Est asiatique, réfugiés climatiques, etc. Puis la caméra de Nathan Grossman filme Greta Thunberg entamant sa grève scolaire, assise avec un panneau indiquant le but de son action pour la préservation du climat, assise devant le parlement suédois où elle a décidé de militer jusqu’aux élections alors qu’elle n’a que quinze ans.

On imagine aisément combien Greta a dû se faire violence pour aller porter son message tant celui-ci est vital pour elle, bien sûr, mais aussi pour l’humanité:

« Je n’aime pas bavarder avec les gens, je ne suis pas sociable. Il m’arrive de ne rien dire pendant des heures juste parce que je n’arrive pas à parler. J’aime la routine et je fais attention aux détails. Mais dès que quelque chose m’intéresse, je peux y porter toute mon attention et me concentrer pendant des heures sans m’ennuyer. »

La nuit des élections en Suède, alors que Greta regarde les résultats à la télévision, son père parle au téléphone et s’enthousiasme :

« Arnold Schwarzenegger partage la vidéo de Greta sur la BBC. Il a écrit : »Formidable, une fille qui ne fait pas que se plaindre mais descend dans la rue et réagit. Tu m’inspires ! J’aime les gens qui passent à l’action et ne font pas juste des discours. »

Le combat de Greta se poursuit et, après trois semaines de grève, et surtout suite au virage à droite lors des élections, Greta lance le hashtag #FridayForFuture, invitant toutes les personnes conscientes du réchauffement climatique à la rejoindre en manifestant tous les vendredis.

On découvre une enfant et une adolescente toujours exclue, rejetée par ses congénères qui ne l’invitaient jamais aux fêtes et aux boums . « C’est pour cela que j’ai passé beaucoup de temps avec ma famille et mes chiens, et son cheval avec lequel on la voit échanger un moment intense de complicité.

I Am Greta de Nathan Grossman
Image courtoisie Filmcoopi Zurich

Depuis sa grève scolaire pour le climat lancée en 2018, la jeune activiste n’a eu de cesse de voyager pour tenter d’informer, de sensibiliser  le monde entier et de convaincre les parlements, les présidents, la population de tous horizons qu’un changement global est la planche de salut devant l’état d’urgence actuel. Mais au fil du documentaire, force est de constater que Nathan Grossman n’a pas cherché à faire une hagiographie. Bien au contraire ! Le réalisateur souligne, à grand renfort de documents personnels ainsi que d’extraits de journaux ou de conférences officielles comment cette jeune suédoise de quinze ans s’est engagée pour la défense du climat, au point d’en devenir bien malgré elle la Pasionara du Climat, suscitant admiration, éveil de conscience, mobilisation mais aussi une avalanche de critiques, y compris de certains hommes politiques comme Donald Trump, Jair Bolsonaro, Vladimir Poutine, des présidents qui se sentent de manière soudaine menacés par cette frêle adolescente au physique et à la coiffure de fillette, introvertie.

L’enthousiasme et les manifestations que les propos de Greta Thunberg font naître suscitent chez ces politiciens de nombreuses critiques, pointant le Syndrome d’Asperger qu’elle a et la traitant d’enfant gâtée et capricieuse. Parcourant les vidéo et les journaux télévisées qui la critiquent vertement, Greta ne perd pas ni son aplomb ni ses convictions; elle s’amuse de ces critiques qui se multiplient tout autant que les personnes touchées par son action lui emboîtent le pas. Greta constate :

« Parfois, on l’impression que les individus atteints du Syndrome d’Asperger ou d’autisme sont les seuls à en comprendre les conséquences. Les jeunes générations ne pourront pas réparer les dégâts que nous causons aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point de non-retour. Personne ne fait quoi que ce soir, rien ne se passe. Donc je dois faire ce que je peux faire.»

Le réalisateur Nathan Grossman suit le parcours de cette jeune activiste suédoise Greta Thunberg dont la trajectoire demeure le fil conducteur du documentaire mais le réalisateur élargit rapidement son propos et le champ de sa caméra pour s’intéresser aux tenants et défenseurs du mouvement écologiste mais aussi aux climatosceptiques, un tour d’horizon particulièrement exhaustif qui rend le documentaire captivant.

Au fil des mois, on voit que Greta, étudiante timide et autiste qui ne parvient à communiquer qu’avec une immense difficulté, va sortir de sa coquille et s’exprimer de manière de plus en plus clair, distincte, lapidaire pour dénoncer l’état de souffrance de notre terre et souligner son engagement pour la planète, jusqu’au moment où elle devient l’icône du mouvement écologiste. En route avec son papa, Greta reçoit un appel téléphonique d’Allemagne : un des organisateurs de l’ONU à Bonn souhaite la présence de Greta pour la COP24 à Katowice, en Pologne, lors de cette conférence intitulée « A climate change conférence », trois ans après les accords de Paris ratifiés par de nombreux pays qui se sont engagés à limiter les gaz à effet de serre sans n’avoir rien changé depuis cet accord.

Assise aux côtés du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, Greta Thunberg termine son discours ainsi :

« Notre existence est menacée et on n’a plus de temps à poursuivre dans cette voie de folie. Le temps est venu pour le changement arrive que nos politiciens le veuillent ou non. Les gens relèveront ce défi et vu que nos politiciens se comportent comme des enfants, nous devrons assumer la responsabilité qu’ils auraient dû prendre il y a longtemps. »

S’adressant aux représentants de chaque pays réunis à Katowice, elle impressionne par son franc parler et sa maturité :

«Vous parlez de croissance verte éternelle et croissance économique car vous avez trop peur d’être impopulaires. Vous parlez de progrès en proposant les mêmes mauvaises idées qui ont provoqué ce chaos. Je me fiche de savoir ce que l’on pense de moi. Je me soucie de la justice climatique et d’une planète vivante. »

Le jeunes de tous horizons lui emboîtent le pas et défilent, brandissant pancartes et slogans tels « Make the world Greta again ! »
Adulée par certains et diabolisée par d’autres, Greta Thunberg ne laisse personne indifférent, même les « grands » de ce monde, axé sur le consumérisme à outrance et l’épuisement des ressources naturelles.

D’aucun lui reprochent de chercher à se mettre en lumière et à vouloir obtenir son heure de gloire mais le documentaire est habilement construit de manière à montrer que ce sont uniquement ses convictions qui animent le militantisme de Greta. A son arrivée à Ne-wYork, applaudie par une foule en liesse, Greta commente :

L’être humain ets un animal de meute. Dans une meute, chacun a un rôle. Dès que tu vois une menace, il t’incombe de tirer la sonnette d’alarme. et j’ai l’impression que c’est mon devoir.

Le documentaire la suit au Parlement européen à Bruxelles, à Strasbourg, au Sommet climatique 2019 à New-York, à l’Elysée. On regrettera que le documentaire ne la montre pas au Forum de Davos, dormant sous une tente malgré le froid des montagnes suisses. Ni panégyrique ni hagiographique, I am Greta fait l’état alarmant des signes du changement climatique mais apporte quelques lueurs d’espoir face à l’engouement et l’éveils des consciences que suscite Greta qui marque d’autant plus les gens qu’elle est très jeune, très instruite et très documentée sur les chiffres et les constats qu’elle avance. Le film culmine par son extraordinaire traversée de l’Atlantique en voilier pour participer à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques où Greta a durci son discours :

Les jeunes générations commencent à prendre conscience de votre trahison. Les regards de toutes les futures générations sont rivés sur vous. Si vous choisissez de nous décevoir, je vous dis qu’on vous pardonnera jamais. Le monde se réveille et le changement arrive que vous le vouliez ou non.

Durant le générique de fin défilent ces phrases qui rappellent ce triste constat et permettent de poursuivre la réflexion suscité par l’action de Greta :

« C’est l’heure de se rebeller. Si on gère cette crise à temps, on n’aura pas de si gros problèmes. Si on le fait, on arrivera à l’autre bout du tunnel.  Je ne vois pas le monde en noir et blanc. Seulement la question climatique est en noir et blanc. Des fois je pense que cela serait bien si tout le monde avait une fraction d’Asperger … Du moins, quand il est question du climat. »

— Grève du climat – I Am Greta
Image courtoisie Filmcoopi Zurich

En septembre 2019, plus de sept millions de personnes ont fait la grève. La communauté mondiale ne répond toujours pas aux exitences de l’Accord de Paris ratifié cinq ans auparavant. Greta poursuit sa grève pour le climat tous les vendredis et des des centaines de milliers de personnes la soutiennent.

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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