GIFF 2018: le sujet délicat de la pédophilie, magnifiquement porté sur grand écran dans « Les chatouilles», d’Andréa Bescond et d’Eric Métayer grâce à une mise en scène pudique – Rencontre

Événement au dernier festival de Cannes, Les chatouilles, réalisé par Andréa Bescond et Éric Métayer, couple à la ville qui signe ici un premier long métrage avec l’adaptation cinématographique du spectacle éponyme, Les chatouilles ou la danse de la colère, récompensé du Molière du spectacle « Seul en scène » en 2016.
Le public romand a pu découvrir cette œuvre forte et poignante en 2017 alors que Les chatouilles ou la danse de la colère, pièce d’Andréa Bescond mise en scène par Éric Métayer, avait créé l’événement au Théâtre du Léman à Genève.

 

Le film, à l’instar de la pièce, relate l’histoire terrible d’Odette, une fillette de huit ans, passionnée de danse, dont l’enfance a été volée et qui se bat pour se reconstruire.
Différence majeure entre le spectacle et le film : alors qu’Andréa Bescond était seule sur scène au théâtre, elle a écrit avec son compagnon un scénario qui implique plusieurs personnes différentes et se limite à interpréter Odette adulte dans son film.
Au théâtre, le récit bouleversant des violences sexuelles commises sur cette enfant est mis en forme à travers une galerie de personnages interprétés avec une immense finesse par Andréa Bescond sur les planches, dans un récit que la danseuse avoue « thérapeutique et salutaire », ponctué par d’intenses moments de danse qui entremêlent colère, sidération, pleurs mais aussi rires et résilience.
Une certitude : Andréa Bescond entraîne le public dans un grand huit émotionnel dont il ne sortira pas indemne que ce soit au théâtre comme au cinéma. Le film distille les mêmes émotions chez Odette et les mêmes émotions chez les spectateurs – stupeur, désemparent, révolte et indignation face à la manipulation du prédateur sexuel.

Si Les chatouilles à été un spectacle nécessaire dans la vie d’Andréa Bescond, soutenue et accompagnée anse ce projet par Eric Métayer, le film s’avère être une œuvre libératrice qui lui a permis de se reconstruire et de guérir des vicissitudes subies dans son enfance. Porté sur grand écran, Les chatouilles suscite bien des réactions auprès du public et libère la parole auprès de certains spectateurs et spectatrices, bouleversés par un sujet si délicat et encore souvent tabou.

Malgré la difficulté du sujet, le film d’Andréa Bescond et d’Eric Métayer réussit la prouesse de faire comprendre, de suggérer, tout en finesse, sans jamais livrer de scènes frontales. Cependant la violence suggérée est d’autant plus forte et plus efficace : une porte se ferme, un linge de toilette souillé et poisseux que la mère ignore, une omniprésence du prédateur sexuel bienvenu car considéré comme le meilleur ami de la famille, le tout entretenu par une image sociale irréprochable du pédophile.

Il fallait des acteurs d’exception pour interpréter ces personnages : Karine Viard excelle dans le rôle d’une mère odieuse, malveillante et dans le déni, qui reproche à sa fille de porter préjudice à son agresseur le jour où, devenue adulte, elle ose enfin parler. Clovis Cornillac interprète le rôle d’un père aimant et bienveillant mais malheureusement aveuglé par l’amitié qu’il porte au prédateur. Pour interpréter celui-ci, Pierre Deladonchamps assume un personnage difficile à porter avec brio, réussissant à faire passer la manipulation et l’emprise qu’il exerce sur sa victime. Dans le rôle d’Odette enfant, Cyrille Mairesse apporte une gravité et une maturité malgré son jeune âge.

Présents en Suisse romande pour présenter leur film, Andréa Bescond et Eric Métayer nous ont accordé de leur temps lors du GIFF 2018 avec un enthousiasme communicatif.

— Eric Métayer et Andréa Bescond
© Firouz Pillet

Après avoir joué de septembre à novembre 2017 au Théâtre de l’Oeuvre, à Paris, leur nouveau spectacle, le couple accompagne également La leçon de danse, en tournée en Suisse, à l’Octogone de Pully et à Genève. Hors micro, Andréa Bescond et Eric Métayer nous ont confié avoir présenté le film Les chatouilles  à l’Abbaye de Saint-Maurice où « Le recteur a apprécié la qualité et le traitement du film », ce qui réjouit le tandem d’artistes « face à la responsabilisation de l’Église quant aux actes commis par ses prélats alors que des représentants de l’Église rencontrent actuellement des victimes à Lourdes. »

Le film Les chatouilles sera projeté en avant-première la semaine prochaine dans diverses salles de Suisse romande.

 

Propos recueillis par Firouz-E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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