Jusqu’au 28 avril 2019, les Cinémas du Grütli à Genève proposent un riche programme intitulé « Le cinéma français sous l’occupation ».

Alors que pendant l’Occupation allemande tout manquait, électricité, argent, matériaux pour faire des décors et des costumes, que nombre de ses « génies » (Renoir, Ophuls, Duvivier, etc.) étaient partis, le cinéma français ne s’est que rarement aussi bien porté … Ce n’était certes pas le paradis, la pression de Vichy, de la Gestapo, de la censure, étaient perceptibles, mais furent produits durant cette période plus de 200 longs métrages de fiction. Dont quelques chefs d’œuvre et presque aucun film antisémite ou xénophobe. Et tous furent accueillis par une fréquentation record. C’est ce phénomène étonnant que nous allons scruter avec une vingtaine de films de Clouzot, Becker, Bresson, Carné, Autant-Lara…

Image courtoisie Cinémas du Grütli

Ce cycle permet aux cinéphiles de voir sur grand écran des classiques de cette période comme Les visiteurs du soir (1942), de Marcel Carné, qui ose une métaphore éloquente de la France sous l’occupation nazie en en faisant la critique, transposée dans une autre époque : Satan délègue, sous l’apparence de ménestrels, deux de ses suppôts, Dominique et Gilles, pour semer malheur et destruction sur Terre en l’an de grâce 1485. Alors que Dominique réussit sa mission en soumettant à son emprise séductrice le baron Hugues et Renaud, le fiancé de sa fille Anne, Gilles faillit à sa tâche en succombant amoureusement devant la pureté d’Anne.

Les férus de Marcel Carné pourront revoir Les enfants du paradis, tourné en 1945, Paris, qui plonge les spectateurs en 1828. Sur le boulevard du Crime, au milieu de la foule, des acteurs et des bateleurs, le mime Baptiste Deburau, par son témoignage muet, sauve Garance d’une erreur judiciaire. C’est ici que commencent les amours contrariées de Garance, femme libre et audacieuse, et de Baptiste qu’elle intimide et qui n’ose lui déclarer sa flamme.

Le cycle Le cinéma français sous l’occupation propose majoritairement des films réalisés durant cette période, deux films plus récents consacrés à cette époque, seront programmées : Laissez passer (2002) de Bertrand Tavernier qui suit le destins de deux hommes : à Paris, le 3 mars 1942, sous l’Occupation allemande, deux hommes voient leurs destins se croiser et s’entremêler. D’un côté, Jean-Devaivre, un assistant-metteur en scène, trouve le moyen de camoufler ses activités clandestines de résistant en travaillant pour la Continental, une firme cinématographique allemande dirigée par le Docteur Greven et qui produit des films français depuis 1940. De l’autre, Jean Aurenche, un scénariste-poète, refuse de travailler pour les Allemands et s’engage par la plume dans une lutte héroïque contre l’envahisseur nazi.

Enfin, La face cachée d’une renaissance 1938-1945 (2011), de Francis Gendron et Alain Tyr, est le premier volet d’une trilogie consacrée à l’histoire du cinéma, des producteurs et de la production cinématographique en France entre 1938 et l’arrivée de la Nouvelle vague, revient sur la fin du Front populaire, l’installation du régime de Vichy qui interdit les organisations politiques et syndicales et vote une loi préconisant la création d’un Comité d’organisation professionnel pour chaque secteur industriel dont le cinéma. Comment le cinéma français a réussi à survivre puis à renaître avec de nouvelles ambitions artistiques ? C’est cette renaissance, aujourd’hui encore cachée, que le film révèle La face cachée d’une renaissance 1938 -1945 mêle images d’archives, interviews d’hier et d’aujourd’hui, extraits de films.

Programme complet

Firouz E. Pillet

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www.cinema-du-grutli.ch

 

Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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