La comédie satirique Keteke du Ghanéen fait l’ouverture du Festival des cinémas d’Afrique de Lausanne le 22 août 2019

Le cinéma nous a déjà donné à montrer que la vie n’est pas un long fleuve tranquille (La vie est un long fleuve tranquille d’Etienne Chatillez en 1998) – et c’est tant mieux ! -, Peter Sedufia, qui signe ici son second long métrage, nous rappelle que la vie de couple, même si elle se trouve sur des rails, n’assure pas un voyage sans embûches dans le train de la vie,  avec pour toile fond le fonctionnement farfelu des chemins de fer dans la région qui, si cela semble appartenir au domaine du folklore, est une véritable question sociale, les infrastructures de la mobilité pouvant être vitales dans des régions périphériques. Il serait certainement possible de filer l’allusion à d’autres infrastructures étatiques, mais ce serait extrapoler sur les intentions du jeune réalisateur ghanéen.

 

Un couple, pour avoir raté le seul moyen de locomotion disponible dans sa bourgade qu’est le train, va vivre un chemin de croix pour mettre au monde leur premier bébé. Pendant 70 minutes, nous allons assister à la course effrénée de Boi  (Adjetey Anang) et Atswei (Lydia Forson) qui suivent les rails pour aller d’une station à l’autre en espérant attraper le prochain train (oui, il suffirait d’attendre à la première station, mais si on faisait simple, il n’y aurait pas de film ou au pire, un film bavard à la Woody Allen ou au cinéma germanopratin qui discourent sans fin pour l’art de discourir). Cette course contre le train (Keteke signifie train en langue Akan) est autant une course contre la montre, l’arrivée imminente de leur bébé servant de marqueur à l’action, que celle du temps qui file à l’horizon des années huitante, jamais directement évoquées mais extrêmement bien suggérées par le travail des costumes et coiffures.

— Adjetey Anang et Lydia Forson – Keteke
Image courtoisie Festival cinémas d’Afrique de Lausanne

Cette comédie, qui penche nettement vers le burlesque et la pantomime, laisse une place importante à la musique (Worlasi) et au design sonore (Kwame Crentsil), l’une et l’autre portant le fil narratif ténu avec virtuosité pour rendre cette histoire agréable à regarder- à cet égard, une scène fabuleuse de cheminots qui chante a capella pour réveiller Atswei évanouie et au bord de l’accouchement. La réussite du film qui lui donne à la fois cette légèreté tout en laissant transparaître quelques éléments plus dramatiques en sous-texte tient dans la personnalité des deux acteurs principaux qui investissent leurs personnages et la situation rocambolesques avec brio. Évidemment, le paysage dans lequel s’inscrit l’histoire est du pain béni pour la caméra de Kelly Doe, le chef opérateur, qui le sublime tout en donnant une dimension graphique au film.

De Peter Sedufia; avec Adjetey Anang, Lydia Forson, Fred Amugi, Clemento Saurez;  Ghana;  2017;  70 minutes.

14e Festival cinémas d’Afrique de Lausanne : un très beau programme qui dévoile de nombreuses facettes du continent !

14e Festival cinémas d’Afrique – Lausanne, 22 – 25.08.2019    www.cinemasdafrique.ch

Malik Berkati

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