14e Festival cinémas d’Afrique de Lausanne : un très beau programme qui dévoile de nombreuses facettes du continent !

Le festival  à présent bien établi dans le calendrier des festivals suisses, qui met à l’honneur les cinémas africains avec un riche programme d’événements culturels annexes, se tiendra à la Cinémathèque suisse et au Casino de Montbenon du 22 au 25 août 2019 autour du thème REGARDS.

Le festival se propose depuis ses débuts à permettre au public de saisir d’un peu plus près les réalités sociales, culturelles et artistiques des différentes régions d’Afrique en présentant un choix d’œuvres fortes réalisées par des cinéastes du continent et de la diaspora africaine.

La programmation offre une palette de films récents dans la section Panorama, une rétrospective consacrée au réalisateur mauritanien Med Hondo, un focus sur le Tchad, une carte blanche intitulée La nouvelle vague du cinéma rwandais, une exposition de photographies d’Ager Oueslati, documentariste franco-algéro-tunisienne, une table ronde sur le thème La musique dans les films africains, un concert,  une soirée DJ, des rencontres et des débats avec de nombreux invités.

 

Les temps forts

La section Panorama présente 36 films en provenance de 23 pays et donne à voir des récits souvent politiques traitant de grandes questions actuelles ou à dimension historique. Elle permet aussi de découvrir des films inclassables offrant une trame surprenante qui tire vers le fantastique (High Fantasy) ou le comique (Akasha /Keteke). Les nombreux films de cette section, dont plusieurs ont reçu des récompenses dans d’autres festivals, seront pour la majorité présentés pour la première fois en Suisse. Quelques titres : du  Burkina  Faso,  l’exploitation  désastreuse de mines (Pas d’or pour Kalsaka / Le Loup d’or de Balolé) ; d’Afrique du Sud, le thème central de l’apartheid revisité dans le genre du western (Sew the Winter to My Skin) ; en Égypte et en Libye, des femmes qui revendiquent leur droit à prendre part à la révolution (Amal) ou à exercer librement un sport (Freedom Fields).
[Voir en bas de l’article quelques critiques, N.D.L.R.].

Cette année, la rétrospective organisée en partenariat avec la Cinémathèque suisse est consacrée à Med Hondo (1936-2019), figure majeure du cinéma africain.  Né en Mauritanie en 1936, Med Hondo arrive en France en 1959. Il réalise en 1969 son premier film Soleil Ò (1969), une œuvre anticolonialiste cinglante qui a remportée de nombreux prix et dont une copie restaurée a été présenté il y a deux ans à Cannes Classics. Ce film préfigure les thématiques de son œuvre qui questionne les rapports entre les peuples d’Afrique et leurs anciens colonisateurs. Le racisme et la lutte pour l’émancipation y occupent une place centrale. Le réalisteur insiste sur les conditions de vie des travailleurs immigrés africains tout en dénonçant les ravages du colonialisme occidental en terre africaine. Med Hondo est également connu dans le monde du doublage, comme la voix française d’acteurs comme Eddie Murphy, Morgan Freeman ou encore Richard Pryor.

— Rétrospective Med Hondo – Tournage de Sarraounia
Image courtoisie Festival cinémas d’Afrique de Lausanne

Le cinéma tchadien, principalement connu à travers les films de Mahamat Saleh Haroun – Prix du Jury à Cannes en 2010 pour Un homme qui crie – et ceux de Issa Serge Coelo, réalisateur et gérant du Normandie, première salle des pays sahéliens équipée d’un projecteur numérique, voit émerger de nouveaux cinéastes malgré une absence de filière de formation et des moyens financiers restreints. Le focus Tchad met en lumière cette jeune génération et permettra de découvrir trois courts-métrages de fiction et deux moyens-métrages documentaires inédits en Suisse.

La nouvelle vague du cinéma rwandais est le thème de la carte blanche proposée en collaboration avec le Mashariki African Film Festival (MAFF) de Kigali.  Une sélection de la nouvelle vague de ce cinéma en pleine effervescence sera présentée,  notamment le film The Mercy of the Jungle du jeune réalisateur Joel Karekezi, qui a remporté l’Etalon d’Or au Fespaco 2019 et fait l’ouverture de la dernière édition d’Afrikamera, le festival des cinémas africains de Berlin.

La photographe française, algérienne et tunisienne Ager Oueslati, présente une exposition de photographies intitulée Héjira sur la migration des femmes d’Afrique subsaharienne. Reporter engagée, elle est particulièrement touchée par la réalité de l’exil des femmes et  propose deux séries. Avec la série Exilées, elle montre une migration contemporaine très mal connue, celle des femmes d’Afrique subsaharienne, à travers l’intimité des parcours de vie. Ces récits sont d’autant plus forts quand la voix qui se raconte est rare et peu entendue :

«  Au fur et à mesure de mes entretiens, elles abordent les raisons qui les ont poussées au départ : la guerre, un mariage forcé, les mutilations ; ou simplement l’envie de vivre mieux ailleurs. Elles m’ont ensuite raconté la violence des 10 000 km de traversée de l’Afrique en camion, en bus ou à pied ; les viols, les réseaux de traite humaine les conduisant, soit au travail domestique soit à la prostitution ».

— Jenny – Contrejour
©Ager Oueslati

La  série Les  Refoulés,  raconte  l’arrivée  de  migrants,  originaires  pour  beaucoup d’entre eux d’Afrique de l’Ouest, venant d’être refoulés par les autorités algériennes vers le nord Niger. Inlassablement, ils sont poussés par cette forte conviction : « réussir ou périr ».

Jeudi 22 vernissage à 19h – Visites commentées par la photographe lors du vernissage le 22, le 23 à 17h, le 24 à 14h et le 25 à 11h.

Une table ronde est consacrée à La musique dans les films africains et s’interroge sur l’impact et l’importance de la musique dans l’esthétique du cinéma africain actuel. Ce débat aborde les relations artistiques entre le compositeur, le musicien et le réalisateur dans la création de la bande originale. Les participants sont Wasis Diop, originaire du Sénégal, chanteur compositeur qui  jouit  d’une  réputation  internationale,  en  particulier grâce à des compositions de musiques de film, de Joël Karekezi réalisateur de The Mercy of The Jungle et de Jahmil X.t qubeka réalisateur de Sew the Winter to My Skin.

Concert le vendredi 23 août à 22h30 de BCUC (Bantu Continua Uhuru Consciousness), groupe  afro-psychédélique originaire de Soweto qui mélange  rythmes  ancestraux et expression moderne. L’instrumentation  du  groupe  évolue  constamment  au  fil  de  leurs  longs  morceaux : une basse terrienne qui doit beaucoup au funk, deux grosses caisses et une paire de congas qui martèlent une rythmique puissante et hypnotique, des sifflets, des flûtes, soutiennent des voix fortes de femmes et d’hommes. Leurs messages concernent la réalité quotidienne en Afrique du Sud, le travail précaire, la corruption.

Du  jeudi  au  samedi  soir, il y aura des  DJs-set pour afro-électriser  les  lieux. Après  le  film  d’ouverture,  jeudi  dès  22h30, ce sont les lausannois du collectif La Main Mise  qui  viendront,  comme ils le disent, « arroser  le  dancefloor de leurs bonnes ondes ». Vendredi soir dès minuit, après le concert du groupe BCUC, Mukesha proposera un set tout énergique et groovy. Samedi  soir,  DJ  Chuccks & Wasulu Selecta viennent  pour un set « caliente ».

Critique (MaB) de La Miséricorde de la jungle (The Mercy of the Jungle) de Joel Karekezi (Rwanda)

Critique (FeP) de Yomeddine, d’Abu Bakr Shawky (Egypte)

Film d’ouverture (en présence du réalisateur) : critique (MaB) de Keteke de Peter Sedufia (Ghana)

Film de clôture : critique de Resgate (Rédemption) [MaB] de Mickey Dario Fonseca (Mozambique)

Critique (MaB) de Freedom Fields, de Nazilha Arebi (Libye)

 

14e Festival cinémas d’Afrique – Lausanne, 22 – 25.08.2019    www.cinemasdafrique.ch

Malik Berkati

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