Mostra 2021: El gran movimiento, de Kiro Russo, concourt dans la section Orizzonti et permet à la Bolivie de revenir au Lido après quasiment trois décennies d’absence

Tourné entièrement sur celluloïd —format Super 16 mm—, dans différents lieux de La Paz entre avril et novembre 2019, le film de Kiko Russo fait sa première dans la section Orizzonti de la Mostra de Venise et immédiatement après, sera projeté au Festival de Saint-Sébastien qui se déroulera du 17 au 25 septembre.

El gran movimiento de Kiro Russo
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Le film El Gran Movimiento, de Kiro Russo, emmène la Bolivie à la Mostra de Venise après près de trois décennies d’absence de la compétition. Le deuxième long métrage du réalisateur bolivien Kiro Russo le plus primé pour Viejo Calavera (2016) est très attendu tant par la presse que par les festivaliers de la Mostra. Le film s’ouvre sur une impressionnante vue aérienne de la capitale puis la caméra de Kiro Russo se rapproche imperceptiblement des gratte-ciel alors que l’on perçoit de plus en plus fort le bruit de marteaux-piqueurs. Continuant à se rapprocher, la caméra filme les façades anonymes des immeubles puis des cabines qui survolent la ville.

Le père d’Elder est décédé, et il semble qu’il s’en fiche. Après une marche de sept jours avec ses compagnons, le jeune Elder arrive dans la grande ville. Son oncle Francisco, qui est aussi son parrain, doit le prendre en charge et lui donne un coup de main, lui trouve un travail dans la mine. Mais Elder n’a pas l’air de s’en soucier du tout, il provoque tout le temps et bouscule son parrain, il se perd dans la nuit, il ne travaille pas. Au fil des jours, il a appris des histoires sombres de son oncle qui n’est pas si innocent qu’il n’y paraît. Il faut savoir se débrouiller au milieu de ce labyrinthe, au milieu de cet endroit sombre et inconnu, où chacun est quelqu’un d’autre. Elder erre sans repère et se laisse entraîner par des compagnons d’infortune.

Après une marche de sept jours avec ses compagnons depuis Oruro, le jeune Elder arrive dans la grande ville cherchant à être réintégré dans son travail à la mine. La ville est accablante et Elder commence à se sentir malade. Mais rapidement, les boissons lui font oublier sa douleur et, avec ses amis, il décide de rester et de tenter sa chance. Grâce à la vieille Mamá Pancha (Francisca Arce de Aro), une femme qui aurait bien connu sa mère, ils trouvent un travail sur le marché. Mais Elder commence à empirer, s’étouffant et luttant pour respirer. Ses amis interviennent pour l’aider, mais le médecin dit qu’il n’y a pas de remède. Mamá Pancha, très inquiète pour l’adolescent moribond, le met en relation avec Max, un sorcier, un ermite et un clown, qui tentera de ramener le jeune homme à la vie. « Cet environnement me tue » lance Elder qui est conscient que sa santé se péjore. Au pied des montagnes capiteuses de l’Altipiano andin, dans un concert chaotique de marteaux-piqueurs incessants et de klaxons, un brouhaha omniprésent et assourdissant, au milieu d’un paysage traversé de bâtiments en construction et d’un enchevêtrement anarchique et inquiétant de câbles électriques, s’étend la métropole de La Paz. Filmant la discrépance cruciale entre la modernité et la nature avoisinante, Kiro Russo faite entre fiction et documentaire, un mélange harmonieux qu’il avait commencé avec son premier long métrage.

Retrouvant avec Julio César Ticona, qui incarne Elder, un mineur de Huanuni qui effectué une marche de sept jours avec ses comparses pour participer à une manifestation pour l’emploi, le réalisateur accompagne ainsi que ses amis Gallo, Israel Hurtado, et Gato, Gustavo Milán, proposant un regard nouveau sur la vie des gens aux revenus modestes qui alimente l’économie de la métropole, que ce soit à la mine ou au marché: Kiro Russo filme leur quotidien à travers les dédales escarpés des petites rues qui surplombent la ville.

Le film de Kiro Russo dispose d’une bande-son très rythmée, souvent faite de tonalités électroniques qui s’apparentent à des percussions, sans doute pour exprimer le contexte étouffant, parfois dangereux, incertain de la métropole à la dimension tentaculaire. La bande-son accompagne des images saccadées. Kiro Russo fait la part belle aux indigenos (les Indiens d’Amérique latine) à travers le protagoniste, Mama Pancha et ses amies du marché, aux tenues traditionnelles très colorées, qui vendent des fruits au marché, mises en valeur par une photographie lumineuse.

Kiro Russo décrit son film en ces termes :

« La Paz est la capitale la moins occidentale des Amériques. Située à plus de 3600 mètres d’altitude, la ville s’étend comme une mer de briques, de pierres et de béton dans les canyons qui précèdent l’Altiplano. Je voulais faire un film sur La Paz avec des personnages qui pourraient apporter un point de vue singulier sur la ville. J’ai trouvé ces personnages dans Elder, un jeune mineur, et dans Max, un clochard dont les positions particulières dans la société m’ont permis d’observer la ville dans son ensemble, de voir ses systèmes, son architecture et ses changements. Librement inspirée par leurs vies, j’ai imaginé cette histoire de maladie et de guérison pour nous emmener au cœur du tissu social de cette ville et révéler la vie de ses invisibles. »

Tourné entièrement au format Super 16 mm, dans différents lieux de La Paz entre avril et novembre 2019, El Gran Movimiento est un film qui aborde l’identité de la ville des hauts plateaux à travers deux personnages : Elder, un jeune mineur, et Max, un sans-abri qui a une étroite relation avec la nature et ses bienfaits et qui est régulièrement consulté en tant que chaman. Ce film  aborde l’identité de la ville des hauts plateaux et fait de la métropole un protagoniste à part entière.

— Julio César Ticona – El gran movimiento
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Kiro Russo, né à La Paz en Bolivie, en 1984, est réalisateur, producteur et scénariste. Il a étudié la réalisation à l’Université de cinéma de Buenos Aires. En tant que réalisateur et scénariste, il a réalisé les courts métrages Enterprise (2010), Juku (2012) et New Life (2015), en première au 68e Festival de Locarno, a reçu une mention spéciale du jury et a remporté le premier prix et l’Orona Prix dans la catégorie EIECINE au Festival du Film de San Sebastian.
Grâce à ses trois courts métrages qui ont obtenu une importante visibilité dans le circuit des festivals, Kiro Russo a terminé son premier long métrage, Viejo Calavera, qui a été sélectionné dans quatre-vingts festivals et qui a remporté vingt-trois prix, dont un à Festival de Locarno. Développé avec le soutien de résidences d’écriture (Tabakalera, Moulin d’Andé), de marchés du film et de labos (LoboLab, Ciné Latino, BRLab, Fabrique des Cinémas, Artist with bright future), son deuxième long métrage, El gran movimiento offre une symphonie urbaine qui entraîne les spectateurs à travers les affres de la maladie d’un ouvrier et le cauchemar et sa rédemption.

Firouz E. Pillet, Venise

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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