Mostra 2022 : Trenque Lauquel, de Laura Citarella, présenté dans la section Orizzonti, part à la recherche d’une femme disparue à travers un film-fleuve de quatre heures

Une femme disparaît. Deux hommes se mettent à sa recherche : ils l’aiment tous les deux. Pourquoi est-elle partie ? Chacun d’eux alimente ses soupçons et les cache à l’autre qui, mystérieusement, ne s’élève jamais au rang de véritable rival.

Ni l’un ni l’autre ne sait, mais suppose. Cette évasion soudaine devient le noyau caché d’une série d’histoires que le film entremêle délicatement et harmonieusement, entraînant les spectatrices et les spectateurs à travers les paysages de l’immensité de la Pampa : le secret du cœur d’une autre femme, lui aussi perdu depuis de nombreuses années ; également le secret de la vie d’un village à la campagne, gouverné par un événement surnaturel que personne ne semble percevoir ; le secret de la plaine, qui ne cesse de s’étendre et de tout dévorer, comme les ombres qui envahissent le monde après l’heure du crépuscule. Un crépuscule que Laura Citarella filme si bien et met en valeur en recourant à une photographie picturale.

Trenque Lauquel de Laura Citarella
Image courtoisie La Biennale di Venezia

Trenque Lauquel est un film-fleuve qui dure un plus de quatre heures, proposé en deux parties. La cinéaste argentine peinait à terminer le tournage de son film, mais l’intérêt de la Mostra de Venise l’a aidée à poursuivre ce projet de longue haleine. Laura Citarella souligne :

« Ce qui s’est passé avec Venise était très important pour nous parce que c’était très difficile pour moi de finir ce film. Je pense que j’aurais pu continuer à le filmer encore dix ans. »

Laura Citarella a ainsi choisi de donner une continuité à son premier film, Ostende (2011), en gardant sa protagoniste (Laura Paredes) mais cette fois dans une autre ville de la province de Buenos Aires. Précisons que Trenque Lauquen est une ville située à quelque quatre-cent-cinquante kilomètres de la capitale.

« Ce film fait partie d’une idée plus large : un ensemble de films dans lesquels le même personnage vit différentes vies dans différentes villes de la province de Buenos Aires. Le premier film de la saga s’appelle Ostende et c’est mon premier en tant que réalisatrice. Le personnage – Laura – est toujours joué par Laura Paredes. Et la réalisatrice, moi-même, c’est toujours Laura. Peut-être trop de Laura. Mais une idée centrale traverse toute la saga : une sorte de Sherlock Holmes au féminin, perdue dans les villes et avide d’aventures plus qu’autre chose. Un film peuplé de femmes de types différents. Des femmes qui courent après des femmes. Détectives féminins. Femmes scientifiques. Des femmes qui, pour différentes raisons, fuient. Les cartographies des livres comme cartes à vivre. Maternité. La conquête du territoire. Hommes amoureux. La noblesse de certains hommes. L’idiotie du même. Bureaucratie et fleurs. La ville. Les êtres humains. Les animaux. Végétaux. L’inconnu. »

Sur le thème du livre pour enfants largement connu Où est Max ?, le film de Laura Citarella s’appuie sur cette notion qui anime tout le film. Tous ceux qui recherchent Laura suivent les mêmes indices, mais chacun nourrit un soupçon différent, d’où la naissance de diverses pistes tant émotionnelles que narratives. Pour ce faire, Laura Citarella a sollicité quelques membres de sa famille qui figurent parmi les acteurs. Étant tombé enceinte durant le tournage, la cinéaste fait apparaître sa fille tout au long de la séquence à différents âges.

Si la durée du film peut rebuter certains, la structure naturelle de Trenque Lauquen, qui se compose de deux films tout aussi longs l’un que l’autre, et qui s’avèrent tout aussi nécessaires l’un à l’autre, même si ces deux parties ne dépendent pas strictement l’une de l’autre.

La cinéaste comme l’actrice principale s’appellent Laura et les deux sont amies de longue date. Toutes deux ont partagé l’écriture du scénario de Trenque Lauquen. Laura Citarella précise à propos de leur collaboration :

« Trenque Lauquen était un film sur lequel j’avais fantasmé, dont nous avions parlé, mais dont je savais qu’il manquait beaucoup. L’idée d’écrire avec Laura me semblait bonne. Non seulement parce qu’elle a pu apporter son expérience de réalisatrice et de dramaturge, mais aussi car elle en est la protagoniste. »

Les festivaliers ont pu voir l’actrice argentine à plusieurs reprises au Lido de Venise puisque Laura Paredes était déjà à la Mostra pour la projection d’Argentina 85 où elle incarne Adriana Calvo.

Firouz E. Pillet, Venise

j:mag Tous droits réservés

Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

Firouz Pillet has 729 posts and counting. See all posts by Firouz Pillet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*