Toronto International Film Festival (TIFF) – Première de Wildhood de Bretten Hannam, un voyage initiatique dans le territoire Mi’kmaq

Depuis quelques années, les cinéastes canadiens issus des Premières Nations enrichissent le cinéma nord-américain en s’appropriant leur propre histoire et racontant leurs propres histoires – comme Ste.Anne de Rhayne Vermette également présenté au TIFF, Beans de Tracey Deer ou Night Raiders de Danis Goulet pour ne citer que les plus récents. Le scénariste et réalisateur de Wildhood, Bretten Hannam, est un Two-Spirit (bispirituel – une personne aux deux esprits, masculin et féminin) Mi’kmaq de Noca Scotia (Nouvelle-Écosse) qui se définit non-binaire.

— Joshua Odjick, Phillip Lewitski et Avery Winters-Anthony – Wildhood
Image courtoisie TIFF

L’histoire qu’iel nous raconte est celle d’un road-trip initiatique classique d’adolescents à l’intersection de la recherche de leur identité composée de leurs racines et de leur individualité. Link (Phillip Lewitski) et son petit frère Travis (Avery Winters-Anthony) vivent en quai stabulation libre avec leur père non-autochtone violent, particulièrement à l’encontre de l’aîné dont on a l’impression qu’il le hait – probablement car la vue de son fils lui rappelle constamment que sa femme l’a quitté. Lorsque ce dernier découvre que sa mère Micmac n’est pas morte, il s’enfuit avec son petit frère, dont la mère est elle bel et bien décédée. Sans argent ni moyen de locomotion, ils se retrouvent perdus sur la route, sans plans précis, lorsqu’il rencontre le jeune Pasmay (Joshua Odjick), Micmac lui aussi. Le voyage de Link prend alors une forme plus consistante au contact de ce danseur de Pow-wow qui va faire la route avec eux, à la recherche de la mère de Link. Dans la tradition des road-movie, la photographie de Guy Godfree joue un rôle narratif dans l’ouverture progressive de ceux qui tracent la route, confrontés aux horizons qui s’ouvrent et se bouchent comme le ressac de leurs sentiments. Les paysages intérieurs se confrontent aux magnifiques paysages de l’Est canadien, en territoire micmac, traversés physiquement par les adolescents qui, pas à pas, échangent la brutalité sauvage de l’être humain contre la beauté sauvage de la nature.

Dans une autre déclinaison du terme, Link est également sauvage, il ne fait confiance à personne, il ne veut rien demander et devoir à personne. Mis à part son oncle qui était compréhensif avec lui sans toutefois l’aider lors des accès de rage du père, personne ne s’est jamais tenu à ses côtés. Responsable et protecteur de son petit frère, Link ne perçoit de consolation à cette vie de violence et de non-sens que dans ses rêves où il aperçoit, de manière floue, des impressions de tendresse et d’attention sa mère. Le compagnonnage de Pasmay va lui ouvrir de nouvelles portes de relations avec les autres comme avec lui-même. Pasmay est un objet de fascination pour Travis qui n’a de cesse de vouloir entendre des mots et des histoires micmacs, alors que Link, plus réservé, observe. Petit à petit, il va commencer à accepter cette connexion à la spiritualité et la transcendantalité de ses rêves, à s’auto-apprivoiser.

Le scénario de Bretten Hannam comporte de nombreuses faiblesses dans l’opposition très dichotomique entre autochtones et non-autochtones, la présence de Travis qui est plus un faire-valoir au récit et un faire-comprendre à Link qu’un véritable personnage doté d’une histoire propre (on se demande bien ce qu’il va devenir et comment il va s’inscrire dans le destin des deux jeunes hommes), tout comme la présence des femmes – ou leur absence – qui reste dans le symbolique avec la mère comme la chamane qui va faire le lien entre Link (!) et son héritage. La route comme tremplin d’éveil sexuel n’est pas non plus un procédé des plus originaux. Et pourtant, le récit contient une grande idée force, celle de la mère-étape qui, lorsque Link la retrouve, lui donne l’impulsion de continuer son chemin de vie avec sa propre communauté de cœur – Pasmay et Travis.
Une fin lumineuse qui récompense le chemin parcouru aux côtés des protagonistes de Wildhood.

De Bretten Hannam; avec Phillip Lewitski, Joshua Odjick, Avery Winters-Anthony, Michael Greyeyes; Canada; 2021; 107 minutes.

Malik Berkati

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