Toronto International Film Festival (TIFF) – Première de Wildhood de Bretten Hannam, un voyage initiatique dans le territoire Mi’kmaq

L’histoire qu’iel nous raconte est celle d’un road-trip initiatique classique d’adolescents à l’intersection de la recherche de leur identité composée de leurs racines et de leur individualité. Link (Phillip Lewitski) et son petit frère Travis (Avery Winters-Anthony) vivent en quai stabulation libre avec leur père non-autochtone violent, particulièrement à l’encontre de l’aîné dont on a l’impression qu’il le hait – probablement car la vue de son fils lui rappelle constamment que sa femme l’a quitté. Lorsque ce dernier découvre que sa mère Micmac n’est pas morte, il s’enfuit avec son petit frère, dont la mère est elle bel et bien décédée. Sans argent ni moyen de locomotion, ils se retrouvent perdus sur la route, sans plans précis, lorsqu’il rencontre le jeune Pasmay (Joshua Odjick), Micmac lui aussi. Le voyage de Link prend alors une forme plus consistante au contact de ce danseur de Pow-wow qui va faire la route avec eux, à la recherche de la mère de Link. (…)

Lire la suite

Berlinale 2021 Summer Special : Night Raiders de Danis Goulet, cinéaste de la Nation Crie – Un film de science-fiction précipité dans l’actualité !

Il y a quelques jours, le monde (re)découvrait un épisode infâme de l’histoire canadienne vis-à-vis des Premières Nations à la suite de la découverte d’un charnier d’enfants autochtones, 215, pensionnaires d’un institut catholique au XIXe siècle à Kamloops, en Colombie britannique. Cette épouvantable découverte rappelle le projet d’assimilation, d’acculturation systémique avec 150’000 enfants arrachés dès le plus jeune âge à leurs familles et placés dans des pensionnats religieux.
Présenté dans la section Panorama du festival, Night Raiders de la cinéaste de la Nation Crie/Métis Danis Goulet, fait terriblement écho à l’actualité alors qu’il est catégorisé comme science-fiction dystopique. Quel crash temporel !

Lire la suite

Berlinale 2021 – Forum : Une immersion dans la Nation Métis du Canada à travers la caméra de Rhayne Vermette pour son premier long métrage, Ste. Anne

Tourné en 16mm sur une période de 14 mois entre 2018 et 2020, Ste-Anne est un long métrage expérimental dans lequel les impressions l’emportent sur la compréhension directe. Rhayne Vermette ne nous raconte pas ici une histoire singulière, même si elle nous fait suivre des personnages identifiés, mais nous laisse entrevoir par le prisme de l’allégorie une histoire collective qui remonte à plusieurs générations, sur tout le territoire du Traité 1, cœur de la Nation Métis.
Alors qu’une soirée au coin du feu commence à se fondre dans la nuit, on apprend que Renée (interprétée par la réalisatrice) est de retour. Elle revient, après des années sans avoir donné de nouvelles, dans la maison familiale où son frère Modeste vit avec sa femme Elenore. Tous deux ont élevé la petite fille de Renée, Athena, comme si elle était leur propre enfant. Les retrouvailles sont empruntées, le retour de Renée trouble l’équilibre familial même si tout le monde est content de la revoir, particulièrement sa fille qui peut profiter de ses deux mamans, comme elle se les représente. Le changement ne s’opère pas qu’au sein de la famille au sens strict, mais également dans la petite communauté dans laquelle elle s’insère, et dans son sillage, un présage qui perturbe l’humus de cette vie ancrée dans cette terre et ce territoire. (…)

Lire la suite

Berlinale 2021 – Encounters : Hygiène Sociale de Denis Côté qui propose à nouveau un bel exercice de style cinématographique réjouissant !  

Le réalisateur canadien dont les films sont tous, dans une section ou autre, présentés dans les plus grands festivals internationaux (pour n’en citer que quelques-uns : Répertoire des villes disparues en compétition à la Berlinale 2019, entretien ici ; Ta peau si lisse au festival de Locarno 2017 ; Boris sans Béatrice en compétition à Berlin en 2016, entretien avec l’actrice principale Simone-Élise Girard ici ;  Vic + Flo ont vu un ours pour lequel Denis Côté a reçu l’Ours d’argent de l’innovation pour un film qui ouvre une nouvelle perspective en 2013) , est un explorateur du langage cinématographique qui va puiser dans sa cinéphilie – il a été critique de cinéma – pour développer ses propres projections filmiques. Tour de force, le film a été tourné en 4 jours, en pleine pandémie, avec un budget de quelques milliers de dollars canadiens. On pourrait croire que le film est une réalisation influencée par la pandémie de coronavirus, les personnages – jamais plus de trois par plans –  se tenant à distance, et bien sûr à cause du titre. C’est en fait une troublante coïncidence, car le scénario d’Hygiène sociale, son titre et la mise en scène à distance des personnages ont été élaborés par Denis Côté en 2015, lors d’un séjour à Sarajevo !
(…)

Lire la suite

Berlinale 2021: Dans la section Generation, Beans, de Tracey Deer, rappelle les manifestations durement réprimées de la Nation Mohawk dans les années nonante

L’approche de Tracey Deer mêle avec poésie et authenticité l’histoire personnelle de Beans, de la chrysalide de l’enfance à l’adolescente guerrière mohawk avec la grande histoire de la Nation Mohawk et de ses revendications bafouées par l’Etat canadien.

« C’est le territoire mohawk ! » s’exclame une cheffe de file des manifestants pacifiques de la Nation Mohawk.

Dès le générique d’ouverture, l’inscription « basé sur des faits réels » donne le ton. On comprend que le vécu empirique de Tracey Deer sera intrinsèquement lié à un chapitre crucial de l’histoire de la Nation Mohawk. La séquence d’ouverture montre le regard d’une très jeune fille (Kiawentiio Tarbell), les yeux songeurs qui regardent au loin à travers la vitre arrière dune voiture, le souffle un peu haletant alors que la radio annonce d’importants bouchons pour se rendre à Montréal. La séquence suivante montre d’abord une femme d’une trentaine d’années (Rainbow Dickerson) aux côtés de la jeune fille qui répète patiemment en séparant les syllabes son prénom mohawk, pleine de confiance : « Mon nom est Tekahentahkhwa, mais tout le monde m’appelle Beans. » Puis la caméra montre une femme tirée à quatre épingles et au tailleur strict : on comprend que Beans (Kiawentiio Tarbell), la pré-adolescente de la voiture et sa mère se trouvent face à la directrice, Mrs Arsenault (Dawn Ford) d’un établissement secondaire. Quand la directrice lit le dossier de Beans dans lequel son professeur a écrit qu’elle est une « élève concentrée et très intéressée », Beans précise aussitôt : « Je veux être soit une avocate, soit un docteur. » Séquence ; Beans et sa maman, enceinte, quittent l’école sous la pluie et la jeune fille dit à sa maman : « Je suis désolée ! »
(…)

Lire la suite

Berlinale 2019 – Entretien avec Denis Côté pour Répertoire des villes disparues

Beaucoup de questions restées en suspens après la projection du film en compétition du festival de Berlin et toutes autant posées dans la critique sortie dans la foulée. Voici quelques réponses données par le cinéaste québécois lors d’un entretien passionnant dans lequel il parle de son film, de cinéma, du Québec et du Canada, mais aussi de la vie et de la maladie.
(…)

Lire la suite

Berlinale 2019 – Compétition jour #5 : Répertoire des villes disparues de Denis Côté – un film naturaliste de zombies

Dès la première scène, une sensation de fin du monde, le pressentiment que le paysage mental des habitants d’ Irénée-les-Neiges, bourgade perdue de 215 habitants, reflète celui du lieu, et vice-versa.
Des enfants habillés étrangement et portant des masques, semble-t-il de feutre, jouent lorsqu’apparaît dans le champs une voiture qui s’encastre brutalement dans un container. Simon Dubé vient donc de mourir dans des circonstances dont personne n’ose vraiment parler. Commence pour les parents et le frère de Simon un travail de deuil extrêmement compliqué, car emprisonné dans le silence, les doutes et l’incompréhension. A ceci s’ajoutent les réactions collectives à cette mort, avec une mairesse qui tient à traiter les problèmes, les angoisses et les questions laissées en suspens comme si cette petite communauté était une famille : sans aide extérieure, en totale autarcie. Mais des événements troublants commencent à se multiplier dans la région : les gens voient des silouhettes, des étrangers apparaître au milieu du brouillard de leur deuil.
(…)

Lire la suite

Pessac 2018 : Rencontre avec Hélène Harter qui nous parle (entre autres) des États-Unis de l’entre-deux-guerres

Hélène Harter est maître de conférences en histoire contemporaine, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, directrice-adjointe du Centre de Recherches d’Histoire Nord-Américaine (CRHNA) et directrice du Centre de Recherches d’Etudes Canadiennes (CREC). Elle est également membre de l’UMR, du CNRS IRICE (Identités, Relations internationales et Civilisations de l’Europe) et membre associé du Centre de recherche sur l’Amérique du Nord de l’Université Paris III. Elle a récemment publié L’Amérique en guerre : les villes pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Galaade Éditions, 2006 (Préface d’André Kaspi).
(…)

Lire la suite

Le libertarianisme: ce cheval de Troie de la votation No Billag du 4 mars 2018

4 mars 2018 : quelle journée !
Malgré d’importants enjeux européens, avec sur notre côté sud la grande coalition en Allemagne – acceptée par les membres du SPD à 66% et ouvrant enfin la voie à la formation d’un gouvernement après 6 mois de statut quo – et sur notre côté sud les élections en Italie qui ont vu la confirmation que les partis populistes n’ont pas que de bons jours en Mitteleuropa, notre petite votation appelée par son petit nom – NoBillag – , plus précisément l’initiative populaire « Oui à la suppression des redevances radio et télévision », a fait le tour des médias européens. Comme souvent, ce qui étonne à l’étranger, c’est autant le fait que le peuple soit souverain sur ce genre de questions, que le résultat du peuple souverain semble aller à l’encontre des intérêts individuels, ici que l’on accepte de payer une redevance !
(…)

Lire la suite

Rencontre avec Philippe Lioret pour la sortie allemande du Fils de Jean (Die kanadische Reise)

(…)
Coproduction France-Canada qui a fait 400’000 entrées en France, le film de Philippe Lioret a fait sa Première allemande pendant ce festival. Son histoire universelle, celle qui pose la question des deux faces de la filiation – celle de la quête d’identité et celle de la paternité – a justement touché un public avide d’un cinéma qui vous entraîne dans un univers duquel vous ne sortez qu’au générique de fin.
(…)

Lire la suite