Berlinale 2021 – Panorama : Le monde après nous, de Louda Ben Salah-Cazanas, brosse le portrait d’une génération en puisant dans son propre parcours

Le monde après nous est fait d’ingrédients très personnels, voire autobiographies, à commencer par le protagoniste du film, Labidi (Aurélien Gabrielli), jeune trentenaire qui cumule les petits boulots incertains tout en écrivant son premier roman après le succès rencontré par sa première publication, une nouvelle. L’appartement parisien de Labidi est si petit qu’il n’y a de place que pour un lit. Le jeune écrivain partage l’étroitesse du lieu avec son colocataire Alekseï (Léon Cunha Da Costa), tous deux liés par une solide amitié et une immense complicité. Labidi et Alekseï alternent les quarts de travail en dormant dans le lit et sur un tapis de camping qui le jouxte. À Lyon, où Fatma (Saadia Bentaieb), la mère de Labidi, née en Tunisie, tient un café avec son père, Jacques (Jacques Nolot), Labidi rencontre Élisa, étudiante en art dramatique aux taches de rousseur séduisantes et au regard pétillant. Louda Ben Salah-Cazanas réussit la gageure de rendre tous les personnages proches de nous nous permettant d’entrer dans leurs têtes et de suivre à leurs côtés leurs péripéties.
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Berlinale 2021 – Encounters : Moon, 66 Questions – « Un film sur l’amour, le mouvement, le flux (et leur absence) » comme le sous-titre sa réalisatrice grecque Jacqueline Lentzou

Après des années loin de son père, Artémis (l’insaisissable Sofia Kokkali) rentre à Athènes en raison de l’état de santé fragile de son père Paris saisit d’une maladie dégénérative handicapante. Très vite, il apparaît qu’ils n’ont aucune proximité, qu’elle soit physique ou affective. Artémis doit s’occuper de lui au quotidien, mais la gêne et la pudeur entravent leurs premiers pas ensemble, il est évident qu’ils ont besoin de s’apprivoiser.
L’histoire est racontée de manière duale, à la fois à travers le journal d’Artemis, dans une  perspective subjective, et en regardant Artemis se démener dans sa nouvelle constellation, de manière extérieure. Cette approche narrative est très intéressante, car elle engage l’attention du spectateur – avec également beaucoup de hors champs sonores et visuels –  dans un film qui, il faut bien le dire, ne déborde pas d’actions et de vifs rebondissements, privilégiant plutôt l’avancée pas à pas et naturelle du processus de découverte. Car le spectateur et Artémis vont découvrir un secret bien gardé au sein de la famille, secret qui va permettre à la fille et au père de se rapprocher pour la première fois depuis la petite enfance d’Artémis.
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Berlinale 2020 – Generation 14plus : Pompei, d’Anna Falguères et John Shank, met en relief les rites de passage à l’âge adulte

Après une première mondiale lors la 44ème édition du Festival international du film de Toronto, où il a été présenté dans la section Discovery dédiée aux auteurs émergents, Pompei d’Anna Falguères et John Shank, fait sa première européenne au Festival de Berlin dans la section Generation 14+.

Deux adolescents filent à vive allure sur une moto, sans casques, sur des accords de guitare sèche. La séquence suivante nous montre un jeune garçon en train de s’observer dans un miroir dans une demeure aux volets clos, un lieu où l’on entend le chant des cigales : c’est l’été. La caméra nous dévoile un plan fixe sur des dunes; au loin résonnent des voix d’enfants. Un battant de porte claque au vent. Un homme s’arrête à la station-service qui semble abandonnée dans cette région désertique et écrasée de soleil. Il donne un billet à Taxou et lui demande le plein mais celui-ci le rudoie puis le menace. Victor et Taxou ont eu le temps d’apercevoir la passagère, une jeune fille mutique, au regard azur,  qui les observe.
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Berlinale 2020 – Film d’ouverture (Berlinale Special Gala) : My Salinger Year du cinéaste canadien Philippe Falardeau 

À la question de savoir pourquoi cette année le film d’ouverture de la 70 Berlinale n’était pas un film en compétition, le nouveau directeur artistique du festival Carlo Chatrian a expliqué qu’il préfère

ouvrir plutôt avec un film de la section Berlinale Special Gala qu’un film en compétition car cela ne rend pas service au film d’après mon expérience. À la fin du festival, tout le monde l’a oublié.

S’il est vrai que les dernières années, les films d’ouverture n’avait pas la côte auprès du jury et des critiques, cela était plutôt dû au fait de leur médiocrité que de leur emplacement dans le calendrier, mais gageons que ce film d’ouverture, tout Gala qu’il soit, sera également très vite oublié. Il n’est pas franchement mauvais, il est juste très classique dans sa forme, malgré des essais d’effets cinématographiques qui n’aboutissent jamais, comme dans l’histoire qu’il raconte – une sorte de coming-of-age qui aboutit sur pas grand-chose. Dommage, car ce qu’il reste en sortant, c’est une vague impression d’ennui et de fadeur malgré l’effort chromatique de la photographie à tendre vers les couleurs les plus chaudes de la palette… et le plaisir de revoir Sigourney Weaver !
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