Un monument à Kulin Ban bientôt érigé au centre de la vieille cité de Sarajevo
Initiatrice et porteuse du projet du futur monument consacré à Kulin Ban, la Communauté culturelle bosniaque a planifié l’installation de la statue dans la municipalité centrale de la ville, laquelle est également son partenaire institutionnel.

Photo: Hazim Aljović
À l’occasion de la Journée de l’alphabétisation, la Communauté culturelle bosniaque a organisé une présentation publique du projet intitulé Kulin, Ban de Bosnie, réalisé par le sculpteur Adis Lukać.
Kulin fut le ban – ou prince – de Bosnie de 1180 à 1204. Son règne a été l’une des périodes les plus prospères et les plus pacifiques de l’État bosnien médiéval. Il est particulièrement connu pour sa Charte, adressée au duc de Dubrovnik Krvaš, le 29 août 1189. Ce document constitue aussi le plus ancien acte d’État et diplomatique écrit en langue vernaculaire.
La Journée de l’alphabétisation a été créée par la Communauté culturelle bosniaque en 2019, à l’occasion du 830e anniversaire de la célèbre Charte, dans le but de promouvoir cette langue souvent dénigrée par les États voisins. Depuis, l’événement a lieu chaque année.
La Charte de Kulin, rédigée en bosančica – une forme locale de l’alphabet cyrillique –, constitue un texte fondateur de l’histoire de l’État bosnien et de sa langue médiévale. Élaboré par le scribe Radoje au nom de Kulin, ce document diplomatique solennel respecte les usages de la chancellerie : il s’ouvre par la présentation de Ban Kulin comme souverain politique autonome et maître de ses territoires. Kulin y offre aux marchand·es de la République de Dubrovnik des garanties de liberté de circulation et de commerce dans son pays. La Charte garantit également leur protection juridique dans un cadre stable, favorisant les échanges économiques entre la Bosnie et Dubrovnik.
Un vol diplomatique
Le document révèle aussi l’existence d’une administration organisée, capable d’élaborer des actes juridiques et diplomatiques.
Jeremija Gagić fut le premier à rendre ce document public. Consul russe à Dubrovnik, il jura de sauvegarder la Charte en 1817. Celle-ci se trouvait dans les archives de Dubrovnik jusqu’en 1832, lorsque Djordje Nikolajević reçut la tâche de transcrire des manuscrits en cyrillique, à la demande de certaines institutions scientifiques. Mais il s’empara de la Charte, dérobant également celle du ban bosniaque Matej Ninoslav, datant de 1249, ainsi que des documents du roi serbe Stefan Uroš, des actes du préfet Radoslav de 1254, des lettres de Stefan Uroš de 1265 et celles du roi Tvrtko, écrites en 1385. Gagić devint ainsi propriétaire de la Charte de Kulin et la vendit à l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, où elle est toujours conservée.
Les archives de Dubrovnik conservent deux copies de ce document, qui manque cruellement à l’État bosnien, important à double titre : pour son histoire nationale et pour celle de sa langue. Les pays voisins incluent pourtant la Charte parmi les monuments de leur propre patrimoine historique national, malgré la désignation pourtant claire et visible : « Moi, Kulin, ban de Bosnie… »
La Bosnie-Herzégovine a adressé plusieurs demandes pour le retour de l’original de sa Charte, mais la Russie estime qu’elle appartient aussi à son propre patrimoine, en tant que deuxième document slave le plus ancien existant.
Djenana Mujadzic
© j:mag Tous droits réservés