Cannes 2019 : l’enfant prodigue du festival, Xavier Dolan, revient sur la Croisette avec «Matthias & Maxime », en compétition au Festival

Trois ans après le Grand Prix de Juste la fin du monde, Xavier Dolan revient en Compétition avec Matthias & Maxime, son huitième film (dont six sélectionnés à Cannes).

Le réalisateur québécois de trente ans vit une aventure incroyable avec le Festival de Cannes, une histoire qui  a commencé il y a tout juste dix ans. Il avait alors dix-neuf ans et son premier film en tant que réalisateur, I Killed My Mother, a présenté au plus grand Festival de cinéma du monde. Bel exploit pour un si jeune cinéaste !

Reconnu comme un enfant terrible et après des films comme Los Amores Imaginarios et Laurence Anyways (selon mon humble avi, son meilleur film !), qui est également apparu à Cannes, le Canadien était considéré comme un génie du cinéma vu son talent et vu son jeune âge.

Aujourd’hui, affichant dix ans de carrière et huit longs métrages, Xavier Dolan est un réalisateur mondialement reconnu et l’un des favoris du festival qui, dans cette édition, est en compétition pour la sixième fois un film qui l’a amené à revenir dans son Québec natal après La mort et la vie de John F. Donovan qui a reçu un accueil mitigé.

Matthias et Maxime de Xavier Dolan
© Shayne Laverdiere

Dans Matthias et Maxime, la caméra de Dolan nous entraîne dans une maison de campagne, entre une rivière et des vastes forêts, lors d’une soirée joyeuse en   une bande d’amis : Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas), Rivette (Pier-Luc Funk), Frank (Samuel Gauthier), Sharif  (Adib Alkhalidey), Maxime (Xavier Dolan, à la fois devant et derrière la caméra), entrée autres. Les échanges, les invectives et les discussions explosives s’enchaînent, en pur québécois et les sous-titres français sont vraiment les bienvenus. Les thèmes abordés restent les thèmes de prédilection du cinéaste : l’identité sexuelle. Il a d’ailleurs précisé à ce sujet : « L’éducation nous inculque des stéréotypes : être un homme, être une femme, être hétérosexuel, être homosexuel. Mais pourquoi dit-on se limiter à ces définitions ? » En effet, ici, Dolan fait évoluer ces personnages, en particulier Matthias, qui prend conscience de son attirance et de ses sentiments à l’égard de Maxime, des sentiments qui vont à l’encontre de l’éducation qu’il a reçue et qu’il peine à accepter.

Dans une ambiance pétaradante, les amis s’amusent, buvant quelques verres, mais Erika vient les sollicitant pour son film amateur : elle a besoin de deux hommes. Tous les amis présents déclinent l’offre de la réalisatrice en herbes. Mais Matthias se retrouve entraîné dans ce tournage après avoir perdu un pari. Face à lui, Maxime.

Les deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences.

Dolan suit la naissance d’une attirance puis l’évolution de cette amitié contrariée par la naissance d’un sentiment amoureux. Matthias, gendre idéal et avocat promis à une belle carrière, ne sait plus où il en est. Maxime, victime d’une mère violente et alcoolique, sous tutelle, semble plus clair dans ses sentiments mais il a prévu de partir en Australie. D’ailleurs, la date de son départ approche mais il se met à douter de faire le bon choix. Vu ce qu’il ressent pour Matthias, doit-il renoncer à partir ?

Celles et ceux qui avaient été agacés par Mommy et Juste la fin du monde retrouvent avec ce film le Xavier Dolan de ses racines. Le cinéaste pose un regard bienveillant et une attention particulière sur ses personnages qu’il suit, avec pudeur, dans leur croissance émotionnelle et identitaire à un moment charnière de leur existence, une étape demeure où ils doivent des décisions existentielles et primordiales, un moment de  leur existence où les questionnements abondent et le cinéaste les accompagne en veillant sur eux, avec douceur et tendresse, les aidant à dissiper leurs doutes.

Xavier Dolan filme ses personnages au plus prêt de leur voyage, dans une intimité respectueuse, travaillant avec précision sur le cadrage, les mouvements de caméra, que vient soutenir une bande musicale très étudiée et toujours judicieuse. toujours en symbiose avec les émotions.

Cependant, le cinéaste québécois n’a pas rencontré la sympathie des critiques de cinéma et a plutôt divisé les spécialistes comme il l’a presque toujours fait. Dans le cas de ce film, peut-être peut-on l’expliquer par ces moments d’hystérie collective – par exemple, alors que Rivette jour du clavecin, trois des mères du groupe d’amis parlent à haute voix sans écouter le morceau qu’il joue et quand Rivette demande pour qui il joue, elles partent d’un rire gênéralisé à hautes décibels. Idem avec la copine qui tourne son film amateur et qui parle un franglais très agaçant. Pourtant, malgré ses travers, Xavier Dolan semble avoir trouver une certaine maturité et une sagesse tangibles.

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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