Cyrano de Bergerac est de retour sur les planches du Théâtre de Carouge – à la Cuisine – du 28 octobre au 1er novembre 2020

Directeur du Théâtre de Carouge depuis 2008, Jean Liermier a choisi de convier à nouveau le bouillonnant poète, la main sur la garde et le verbe haut, Cyrano de Bergerac se reconnaît à son nez, à sa cape et à son chapeau. Pour atteindre Roxane, la femme qu’il aime, il est contraint d’avancer masqué, sous les traits de son double idéal, Christian. L’homme est beau mais maladroit dans ses mots d’amour, comme Cyrano est laid et éloquent.

Jean Liermier explique :

« Avant une tournée à Paris, Lyon et Marseille entre autres, nous reprenons l’un de nos plus grands succès, qui a réuni en 2017 près de 12’500 spectateurs à Carouge. Pour parer à sa souffrance, Cyrano l’homme au nez monstrueux a développé une parade: verbale ou physique, la meilleure défense, c’est l’attaque!… Par amour, il s’initiera à la puissance du Théâtre, car c’est bel et bien en jouant un Autre qu’il pourra enfin être lui-même, le masque du jeu le révélant. Un hymne à la nécessité de l’écriture et de l’Art, porté par le génial Gilles Privat, qui à la fin de l’envoi nous touche en plein cœur. »

Au XVIIe siècle, l’influence du roi Louis XIV, monarque absolu de droit divin, s’étale sur l’Europe, et la France est en ébullition intellectuelle. Entre la création de l’Académie française et la maturité du style classique, bien des poètes et dramaturges se mettent en lumière. Il en est un qui, contrairement à eux, lutte pour conserver à tout prix son indépendance d’esprit : Cyrano de Bergerac. Imaginez un acteur célèbre. Son public l’attend, trépignant d’excitation. Le rideau s’ouvre, il entre en scène, les murmures bruissent. Mais à peine a-t-il entamé sa première tirade qu’une voix l’interrompt : « Hors de scène à l’instant ! » Cyrano de Bergerac s’ouvre bel et bien sur le coup de théâtre d’une représentation interrompue, par le pourfendeur d’une certaine idée de l’Art…

Le ton est donné, sans concession !

Hercule Savinien Cyrano de Bergerac est un héros, de bravoure, de panache et de courage. Mais peu importe qu’il ait véritablement ou non combattu seul cent hommes. La vérité est que, quand il raconte cet hypothétique fait d’armes, on ne peut faire autrement que de s’asseoir, bouche bée comme un cadet captivé, pour écouter avec les oreilles grandes ouvertes cet extraordinaire faiseur d’histoires tombé de la Lune…

La scène du balcon touche au métaphysique quand Christian, le corps, et Cyrano, l’âme, tentent de ne faire plus qu’un. Percée jusques au fond du coeur, avec une telle violence, Roxane ne pourra faire autrement que de braver la guerre et ses atrocités pour rejoindre celui qui, depuis le front, lui envoie des mots doux d’une puissance supérieure à la Mort. Même laid elle l’aimerait, celui capable de distiller ce poison si impérieusement nécessaire à la Vie, qu’on nomme Amour.

Cyrano est mort. Vive Cyrano !

Pour le public qui a pu découvrir la mise en scène de Jean Liermier en 2017, il retrouvera le génial Gilles Privat qui « endossera » le célèbre nez, et mettra son talent inouï au service du rôle le plus populaire de l’histoire du théâtre, pour une rencontre qui promet d’être prodigieuse dans l’écrin concocté par l’immense scénographe Rudy Sabounghi.

Pour les spectateurs qui n’ont pas la chance de voir le Cyrano de Bergerac en 2017 … Prêts ? Foncez ! Car à la fin de l’envoi, il touche !…

Les mots de Jean Liermier sur Cyrano de Bergerac

Jean Liermier rêvait depuis longtemps de monter Cyrano de Bergerac, ce qu’il a fait en 2017. A l’époque, le directeur du Théâtre de Carouge s’enthousiasmait sur le choix de son Cyrano :

« J’en rêve depuis des années. Mais pour passer à l’acte, il faut l’interprète pour incarner Cyrano ! Je l’ai trouvé en la personne de Gilles Privat, avec qui j’ai eu le bonheur de compagnonner à plusieurs reprises à Carouge : il était « mon » Arnolphe, dans L’École des femmes , et « mon » Argan dans Le Malade imaginaire . C’est un immense comédien, qui a un rapport au texte et une humanité uniques, puisés entre autres de ses expériences sous les directions de Benno Besson, d’Alain Françon et de Matthias Langhoff. »

Un héros engagé qui privilégie l’impulsion et l’émotionnel.

Selon Jean Liermier, La séquence du « siège d’Arras », à l’Acte IV, est un moment-clé. Par jalousie et vengeance, le Comte de Guiche envoie au front, sur le terrain des opérations pour une bataille qu’il sait perdue d’avance, la compagnie des Cadets. Dans son campement assiégé, alors que la guerre fait rage, Cyrano se met à écrire frénétiquement, de la part de Christian, à Roxane.

« Et la force de ses lettres est telle, que Roxane ne peut faire autrement que de commettre un acte insensé, pulsionnel : rejoindre l’auteur de ces mots enflammés, coûte que coûte. Nous sommes bien loin d’une bluette joliment romantique. C’est comme si, aujourd’hui, une jeune femme filait à Raqqa en Syrie, ou Mossoul en Irak. Parce qu’elle ne peut faire autrement que d’être avec celui qu’elle aime. Malgré la mort. Faire un lien entre Cyrano et la guerre en Syrie semble hardi. On est loin du gentilhomme lettré un peu bohème… Ce lien n’est pas de l’ordre esthétique, mais du mouvement intérieur du personnage. Je pense auxtémoignages bouleversants des lettres des poilus de la Guerre 14-18. L’espace de quelques instants des hommes, issus de toutes les couches sociales, réussirent à se soustraire à l’horreur des tranchées, des hurlements, de la boue et du sang. Grâce à un morceau de papier froissé parfois improbable et un bout de mine de crayon, ils se sont évadés. Par le temps suspendu de l’écriture, ils étaient vraiment avec leur fiancée, leur mère ou leurs amis. L’écriture comme rempart à la folie des hommes, l’Art comme une nécessité, même au travers d’apparentes banales nouvelles du front. »

Distribution

Cette version réunit Pierre Banderet, Aude Bourrier, Candice Chauvin, Boris Degex, Sabrina Martin, Baptiste Morisod, Ludovic Payet, Yann Philipona, Gilles Privat, Lola Riccaboni, André Schmidt, Frank Semelet, Raphaël Vachoux.

— Jean Liermier et la distribution de Cyrano de Bergerac
Capture Théâtre de Carouge

 

Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge, metteur en scène

Rappelons le remarquable parcours de Jean Liermier qui est diplômé de l’École supérieure d’art dramatique (ESAD) de Genève. Il débute sur les planches en 1992 sous la direction, entre autres, de Claude Stratz, d’Hervé Loichemol et de Philippe Morand.

Assistant à la mise en scène d’André Engel au Centre dramatique national de Savoie, il collabore également avec Claude Stratz à la mise en scène des Grelots du Fou de Pirandello à la Comédie Française. Qu’il s’agisse de théâtre ou d’opéra, Jean Liermier aime revisiter les classiques afin de les rendre accessibles à tous. C’est dans cet esprit qu’il crée Les Noces de Figaro de Mozart à l’Opéra national de Lorraine à Nancy en 2007, Le Médecin malgré lui de Molière au Théâtre des Amandiers à Nanterre en 2007, Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux en 2008, L’École des femmes de Molière en 2010, Harold et Maude de Colin Higgins en 2011, Figaro! d’après Le Mariage de Figaro de Beaumarchais et Antigone de Sophocle en 2012, Le Malade imaginaire de Molière en 2013, My Fair Lady de Loewe en 2015, La Vie que je t’ai donnée de Pirandello en 2016, Feu la mère de Madame de Feydeau et Les Boulingrin de Courteline, Cyrano de Bergerac de Rostand en 2017, Cosi fan tutte de Mozart en 2018.

Vu le contexte actuel, le Théâtre de Carouge applique les mesures sanitaires en vigueur qui ne permettent pas de listes d’attente pour les représentations.

Firouz E. Pillet

www.theatredecarouge.ch

Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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