The Irishman de Martin Scorsese : Sans fioriture, le crime

C’était le temps des belles grosses américaines chromées et des banlieues-bungalows, d’Elvis et des coiffures crêpées. C’était le temps des mafieux jouant au poker dans des arrières-salles enfumées. C’était le temps des règlements de compte sur le trottoir. C’était le temps du crime. Non le crime jouissif à haut indice d’octane, mais le crime froid, mécanique, celui qui obéit aux ordres sans se poser de questions. Et sans remord.

Le dernier opus de Martin Scorcese, interprété par une brochette de talents inégalée depuis Laurence d’Arabie (1962) s’est permis, justement à cause de ses interprètes, d’avoir de la retenue. Plus qu’un film de gangsters basé sur le mystère entourant la disparition de Jimmy Hoffa (Al Pacino) c’est, sur 30 ans, le parcours de Frank Sheeran (Robert de Niro), un irlandais vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale engagé par Russel Bufalino (Joe Pesci), un Don de la mafia italienne. À force de crimes et de meurtres, l’humanité de Sheeran se dissoudra au point d’assassiner Hoffa, devenu l’un de ses meilleurs amis.
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Berlinale 2014: L’éternel premier film de Rachid Bouchareb

Le deuxième jour de compétition a débuté avec un film allemand, Jack, que l’on peut mettre dans la catégorie des long-métrages ennuyeux mais stressant. Ennuyeux car chaque rebondissement est prévisible, voire chaque scène, mais stressant car tout est fait – et filmé – dans un sentiment d’urgence, de course éperdue qui n’en finit jamais… si ce n’est avec le générique de fin ou plutôt, soyons honnête, sur la dernière image. Il y avait Cours Lola Cours, il y a maintenant un petit garçon de 11 ans qui s’occupe de son frère car sa mère est trop prise par sa propre vie et sa recherche du bonheur, et qui va courir les rues de Berlin à la recherche de cette mère que lui ne veut pas abandonner. Deux éléments intéressants tout de même dans le scénario : la mère n’est ni droguée, ni alcoolique, ni en souffrance particulière, c’est une jeune femme tout à fait ordinaire, simplement trop jeune ; l’autre élément est le périple de trois jours des très jeunes enfants dans la métropole, course qui paraît improbable… et pourtant reflet d’une réalité qu’exacerbent l’anonymat et l’individualisme qui en découle. Le jeune acteur, dont c’est le premier film, est excellent, mais derrière l’acteur, il y a un enfant d’une maturité incroyable. Nous devrions entendre parler de Ivo Pietzcker dans les années qui viennent !
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