Mostra 2022 : Ti mangio il cuore, de Pippo Mezzapesa, présenté dans la section Orizzonti, met à jour, sans ménagement pour les spectateurs, la quatrième mafia italienne

Au cœur des Pouilles, dans la campagne brûlée par l’ardent soleil et surtout en proie à la haine transmise de génération en génération, le promontoire du Gargano est disputé par des criminels qui semblent venus d’un temps lointain régi par la loi du plus fort. Dans cette terre archaïque qui s’apparente au Far West italien, les crimes de sang se lavent avec le sang, inexorablement. Un amour interdit ravive une ancienne querelle entre deux familles rivales : celui entre Andrea (Francesco Patanè), l’héritier réticent de la famille Malatesta, et Marilena (Elodie), la belle épouse du patron de Camporeale. Une passion fatale, au sens de la tragédie grecque, ramène les clans à la guerre et à la vendetta sans fin. (….)

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Berlinale 2022 – Panorama : Une Femmina (The Code of Silence), mi-Madone mi-déesse vengeresse, de Francesco Costabile

Souvent, à juste titre, en regardant les actualités télévisées, on se dit que l’on a bien de la chance d’être né.e et d’habiter dans nos contrées dans lesquelles, même si tout est loin d’être parfait, il existe la possibilité de sortir du déterminisme de classe ou de genre. Or, dans nos contrées, où l’on se targue volontiers d’être les garants des valeurs humanistes universelles, on a une grande faculté à cacher les ordures sous une chape de plomb. Francesco Costabile nous amène à quelques encablures de chez nous, en Calabre – à la fin de la projection, on se dit : on a bien de la chance de ne pas être né.e et d’habiter ce magnifique village de montagne sous l’emprise absolue de la ‘Ndrangheta ! (…)

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FIFDH 2021 – Le Nouvel Évangile (Das neue Evangelium) du cinéaste suisse Milo Rau : un film politique sur Jésus qui entremêle récit biblique et révolte contemporaine

Le Bernois Milo Rau, metteur en  scène, auteur et depuis 2018  directeur artistique du théâtre  NTGent (Belgique), est un des artistes les plus iconoclastes de sa génération, n’ayant de cesse d’interpréter et réinterpréter les choses du monde à travers son travail artistique pour en sortir leur substantifique moelle. Il s’est fait entre autres, le spécialiste des tribunaux internationaux, qu’il décline au théâtre, dans des livres ou au cinéma comme ce spectaculaire Tribunal sur le Congo en 2017.
Le Nouvel Evangile selon Milo Rau, présenté à la Mostra de Venise 2020 dans les Giornate degli Autori, est un manifeste social et politique, mais surtout un retour à la mère des luttes : celle pour un monde plus juste et solidaire au chevet des plus faibles.
Nous sommes à Matera, en Italie du sud, qui avait déjà vu Pier Paolo Pasolini (L’Evangile selon saint Matthieu, 1963) et Mel Gibson (La Passion du Christ, 2003) tourner leurs films sur la vie de Jésus. En collaboration avec l’activiste politique Yvan Sagnet, il réalise un film au genre hybride, une fusion entre documentaire, reconstitution, fiction, action politique qui réunit imbrique le récit biblique dans la révolte désespérée.
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The Irishman de Martin Scorsese : Sans fioriture, le crime

C’était le temps des belles grosses américaines chromées et des banlieues-bungalows, d’Elvis et des coiffures crêpées. C’était le temps des mafieux jouant au poker dans des arrières-salles enfumées. C’était le temps des règlements de compte sur le trottoir. C’était le temps du crime. Non le crime jouissif à haut indice d’octane, mais le crime froid, mécanique, celui qui obéit aux ordres sans se poser de questions. Et sans remord.

Le dernier opus de Martin Scorcese, interprété par une brochette de talents inégalée depuis Laurence d’Arabie (1962) s’est permis, justement à cause de ses interprètes, d’avoir de la retenue. Plus qu’un film de gangsters basé sur le mystère entourant la disparition de Jimmy Hoffa (Al Pacino) c’est, sur 30 ans, le parcours de Frank Sheeran (Robert de Niro), un irlandais vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale engagé par Russel Bufalino (Joe Pesci), un Don de la mafia italienne. À force de crimes et de meurtres, l’humanité de Sheeran se dissoudra au point d’assassiner Hoffa, devenu l’un de ses meilleurs amis.
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Cannes 2019 : Diego Maradona, d’Asif Kapadia, fait revivre le mythe

Le film d’Asif Kapadia, présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2019, n’est pas le premier film consacré à la star argentine du ballon rond. Maradona (ou Maradona par Kusturica), film documentaire réalisé par Emir Kusturica et sorti en 2008 en France, avait été présenté en une avant-première au Festival de Cannes 2008, hors-compétition. Cependant, Maradona inspire tant les cinéastes que le public, preuve en est lors des projections de ce nouveau film consacré à celui que l’on surnommait El Pibe de Oro (« Le gamin en or »), Pelusa, D10S, El Diez, Dieguito, Le Maître : les spectateurs étaient nombreux et nombre d’entre eux le considèrent toujours comme l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Il fait partie de l’équipe mondiale du XXe siècle.
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Cannes 2019 : Il Traditore (Le traître), de Marco Bellocchio, en compétition à Cannes, replonge de manière saisissante le public dans la lutte anti-mafia mené par le juge Falcone

Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne, la Cosa Nostra, est à son comble. Tommaso Buscetta (Pierfrancesco Favino), membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil avec sa troisième épouse, Cristina (Maria Fernanda Cândido) et leurs enfants.. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta, prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Giovanni Falcone (Fausto Russo Alesi) et trahir le serment fait à Cosa Nostra.
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Berlinale 2019 – Quote of The Day #6: Roberto Saviano

Ce sujet de groupe de jeunes mafieux est global. Pour la première fois dans l’histoire de la criminalité mondiale, des groupes de jeunes prennent le pouvoir dans le monde du crime et de l’illégalité et ceci partout, en Bulgarie, en Afrique du sud, en Amérique latine, partout. Ces jeunes sont prêts à mourir à 12 ans, 10 ans. C’est unique dans l’histoire.

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Berlinale 2019 – Compétition jour #6: La paranza dei bambini (Piranhas) – Une jeunesse abandonnée par la société civile et repêchée par la société du crime

Naples. Nicola et ses amis ont quinze ans. Ils veulent sortir avec des filles, entrer dans des discos, acheter des vêtements cool, des scooters tout neufs (ce qui nous vaut une belle course-poursuite à deux-roues dans les rues de Naples)… bref, faire de l’argent. Pour y arriver, Nicola, charismatique, intelligent et voulant à la fois sortir de sa condition d’enfant de pauvre et surtout faire en sorte que sa mère ne doive plus payer « sa protection », échafaude des plans, plus ou moins foireux, pour entrer dans le milieu. Mais une fois dans la place, il va s’aguerrir et son ambition va grandir. Encore enfants, ils jouent avec des armes mais, dans une sorte de saut quantique, Nicola et ses amis vont changer de dimension lorsqu’ils vont prendre le pouvoir dans le quartier de Sanità et que cet attirail va devenir des machines de pouvoir et de mort. Le jeune homme a une vision romantique de son action – sous sa direction les petites gens ne doivent plus payer la taxe de protection, il offre des maillots de foot aux plus jeunes pour leur équipe, etc. – et l’illusion s’installe en lui d’apporter le bien d’apporter bien même si c’est par le mal.
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Cannes 2018 : John Travolta rencontre le public cannois à l’occasion des quarante-ans de « Grease » et pour présenter son nouveau film, « Gotti »

Ce mercredi soir, l’ambiance était électrique au cinéma de la Plage étant donné que l’icône du film, John Travolta, était venu accompagné de sa femme, Kelly Preston, et de leur plus jeune fils, pour présenter Grease dont l’acteur et danseur dit qu’il s’agit de « l’un des films dont je suis le plus fier ». L’acteur a d’ailleurs demandé à la production d’acheter des t-shirts et des écharpes aux couleurs des gangs qui s’affrontent dans le film afin que le public du Cinéma de la Plage puissent danser les chorégraphies du film. rappelons que le Cinéma de la Plage, au bout de la Croisette, est gratuit et accessible à tous, sans badge.
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Sa venue à Cannes est aussi l’occasion pour l’acteur de présenter son nouveau long-métrage Gotti, réalisé par Kevin Connolly.
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Berlinale 2018 – sélection officielle hors compétition: Eldorado de Markus Imhoof

Six ans après son documentaire plusieurs fois primé sur la mort des abeilles (Des abeilles et des hommes, 2012), le cinéaste suisse Markus Imhoof revient avec un film qui s’empare du sujet des migrants, Eldorado. Devenu presque un sous-genre cinématographique, le film (documentaire et de fiction), aborde, jusqu’à présent, la tragédie principalement du point de vue du bateau (un excellent film de fiction à ce propos dans la section Panorama Special, Styx) et de l’arrivée immédiate dans un premier centre d’hébergement. Avec Eldorado, on va plus loin que le premier centre, on fait le voyage vers les phases suivantes de la quête d’un refuge, d’une aide, d’un peu de dignité humaine. L’impression de vivre dans des mondes parallèles – ce que montrait bien également Fuocoammare de Gianfranco Rosi, Ours d’or du meilleur film en 2016 – est saisissante, mais Markus Imhoof va encore plus loin dans cette dichotomie : il montre que notre quotidien, c’est aussi un western avec toute cette brutalité des rapports humains envers les nouveaux arrivants.
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