Locarno 2021 : Al Naher (La rivière), de Ghassan Salhab, présenté dans la compétition internationale, plonge le public dans une atmosphère anxiogène, métaphore de la situation du Liban

Le personnel du restaurant du café où le couple prend un repas disparaît soudainement et l’électricité s’éteint. La réception cellulaire a aussitôt disparu, laissant le couple complètement isolé du reste du monde. Au milieu du paysage rural libanais, dans un ce restaurant de campagne isolé, l’homme et la femme échangent des propos, interrompus de manière soudaine par le vol d’avions militaires que les spectateurs ne voient pas entendent les moteurs vrombir.
La femme (Yumna Marwan) et l’homme (Ali Suliman) se retrouvent soudainement seuls mais, on entend les avions de chasse continuant leur survol dans les environs. Des événements météorologiques étranges se succèdent, créant une atmosphère anxiogène : des nuages ​​sombres couvrent rapidement la terrasse du café pour disparaître tout aussi rapidement, suivies par de violentes rafales de vent qui soufflent pour s’éteindre aussitôt ; des apparitions d’épaisses brumes se lèvent puis se dissipent. Le couple se met à fuir et se met à l’abri dans une forêt aux pins élancés et espacés, filmée de manière picturale qui fait songer à un tableau impressionniste.
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Anatomie de la solitude – Les films de Tsai Ming-liang au cinéma Arsenal à Berlin

Certaines rétrospectives ont plus de sens intrinsèque que d’autres. Celle que propose Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo – sur le réalisateur Tsai Ming-liang, artiste taïwanais né en Malaisie en 1957, plusieurs fois primés dans les grands festivals, fait partie de cette catégorie. En effet, prendre les films de Tsai individuellement avec les yeux de 2017 peut avoir quelque chose de fastidieux. Suivre son œuvre cinématographique de manière plus globale permet de mieux appréhender le chemin du cinéaste qui l’a amené en 2015 à se détourner du cinéma de salles pour aller vers celui de la vidéo artistique et installations de musées ou galeries d’art. Sur la petite échelle du temps historique cinématographiques, certains – en réalité peu – films peuvent se targuer d’être universels et traverser les âges sans encombre. D’autres sont datés, ancrés dans leur temps et réduits à des ouvrages mineurs malgré leurs succès d’antan, alors que certains font le chemin inverse et, par la magie du temps ou de la nostalgie ou de l’évolution des sociétés, deviennent ce qu’on appelle des films cultes. Et il y a les œuvres, qui sont transversales à tous les scénarios précités. Le travail de Tsai Ming-liang peut, à cet égard, être considéré comme une œuvre transversale du temps cinématographique mondial.
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