Palmarès de la 70e Berlinale très consensuel

Le jury international composé de Jeremy Irons (président) Bérénice Bejo, Jeremy Irons, Bettina Brokemper, Annemarie Jacir, Kenneth Lonergan, Luca Marinelli et Kleber Mendonça Filho semble avoir voulu ratisser large et ne pas froisser ou faire de vagues. L’impression que le palmarès donne est celui du consensus : donner des récompenses un peu dans toutes les directions, cela ne peut que dans l’ensemble s’équilibrer. Et c’est vrai que le résultat, un peu tiède et convenu, tient à peu près la route. On regrettera toutefois que des films exigeants comme Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou The Roads Not Taken de Sally Potter repartent bredouille. Cependant, pour être honnête, le fait que le film de Tsai Ming-Liang ne reçoive aucun prix malgré sa qualité exceptionnelle tient plutôt au fait que le directeur artistique Carlo Chatrian ait gâché toutes ses chances en le plaçant en compétition officielle plutôt que dans la nouvelle section compétitive qu’il a créée – Encounters.
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Berlinale 2020 – Compétition : Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou la géographie des solitudes

La solitude, c’est la ligne de basse de la cinématographie de Tsai Ming-Liang, cinéaste et artiste taïwanais né en Malaisie. Nous en parlions déjà ici, lors de la rétrospective que lui avait consacré à Berlin Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo en 2017.

Kang (l’acteur fétiche du réalisateur, l’acteur Lee Kang-Sheng) vit seul dans une grande maison. À travers une baie vitrée, il regarde la cime des arbres fouettée par le vent et la pluie. Il ressent une étrange douleur d’origine inconnue à peine supportable et irradie dans tout son corps. Non (Anong Houngheuangsy), lui, vit dans un petit appartement à Bangkok où il prépare méthodiquement des plats traditionnels de son village natal. Les deux hommes vivent dans la plus grande des solitudes, les rares interactions qu’ils ont avec leur environnement sont celles de leur quotidien. Mais un soir, une nuit, une vraie rencontre va se faire et leurs deux solitudes fusionner dans un interstice du temps à la foi fugace et infini.
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Mostra 2017 : Hannah, d’Andrea Pallaoro, quatrième film italien en compétition

Après l’arrestation de son mari (furtive apparition d’André Wilms), Hannah (Charlotte Rampling) commence à s’effondrer. Grâce à l’exploration de son identité brisée et à la perte de maîtrise de soi, le film étudie l’aliénation de la modernité, la difficulté d’avoir des relations, la frontière entre l’identité individuelle, les relations humaines et les pressions sociales.

Se déroulant dans une ville anonyme belge (bien que choisie pour des raisons évidentes de production), Hannah traverse le drame d’une femme âgée dont le mari est emprisonné pour une raison terrible (qui ne sera expliquée que plus loin). Elle passe ses jours dans une solitude presque complète, dorénavant détestée par son fils et pratiquement évitée par tout le monde. Une femme dont la condition économique va soudainement s’aggraver, étant donné qu’elle a une maison assez spacieuse mais délabrée – elle est contrainte à aller faire le ménage dans un appartement luxueux et d’occuper le reste de son temps avec quelques loisirs (la piscine et des leçons de théâtre).
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Anatomie de la solitude – Les films de Tsai Ming-liang au cinéma Arsenal à Berlin

Certaines rétrospectives ont plus de sens intrinsèque que d’autres. Celle que propose Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo – sur le réalisateur Tsai Ming-liang, artiste taïwanais né en Malaisie en 1957, plusieurs fois primés dans les grands festivals, fait partie de cette catégorie. En effet, prendre les films de Tsai individuellement avec les yeux de 2017 peut avoir quelque chose de fastidieux. Suivre son œuvre cinématographique de manière plus globale permet de mieux appréhender le chemin du cinéaste qui l’a amené en 2015 à se détourner du cinéma de salles pour aller vers celui de la vidéo artistique et installations de musées ou galeries d’art. Sur la petite échelle du temps historique cinématographiques, certains – en réalité peu – films peuvent se targuer d’être universels et traverser les âges sans encombre. D’autres sont datés, ancrés dans leur temps et réduits à des ouvrages mineurs malgré leurs succès d’antan, alors que certains font le chemin inverse et, par la magie du temps ou de la nostalgie ou de l’évolution des sociétés, deviennent ce qu’on appelle des films cultes. Et il y a les œuvres, qui sont transversales à tous les scénarios précités. Le travail de Tsai Ming-liang peut, à cet égard, être considéré comme une œuvre transversale du temps cinématographique mondial.
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