Que 2021 nous ramène la culture en partage !

Chère lectrice, cher lecteur de j:mag,

Une fois n’est pas coutume, année 2020 exceptionnelle oblige, l’édito de fin d’année est en deux parties, la première ici revenait sur 2020, la seconde forme quelques vœux pour 2021.

Car bien sûr, la santé prime. Espérons donc que les vaccins soient assez nombreux et efficaces pour éradiquer partout dans le monde ce virus si coriace qu’il a fait trembler les fondements primaires de notre système-monde. Espérons aussi que cette course pharmaco-technologique effrénée, qui semble avoir abouti après des décennies de recherches – qui n’intéressaient que peu d’institutions car à faible taux de rendements – grâce à la menace sur la santé occidentale, puisse être utilisée pour le développement d’autres recherches sur d’autres maladies, et pourquoi pas ne pas rêver un peu, d’autres maladies qui concernent principalement les régions du monde les plus défavorisées.

Après l’espoir, le cri d’alarme. Cette année 2020 a vu s’installer dans toutes les spores de nos vies quotidiennes ce concept d’essentiel et non-essentiel. Si lors de la première vague où tout le monde naviguait à vue, les autorités comme les citoyens, il était tout a fait concevable de se plier, dans un état d’urgence par définition limité dans le temps et contrôlé, à cette prescription, après le déconfinement cette notion est devenue difficilement soutenable. Il faudra peut-être avoir une discussion à large échelle dans nos sociétés sur ces questions qui font que l’humanité n’est pas que deux trous dans le corps et un ventre au milieu. Il faudra, pour les Suisses, également avoir une discussion sur le fédéralisme et son principe de solidarité mis à mal par, non plus un Röstigraben, mais un Coronagraben, mais ceci est certainement un vœu pieux.

Qu’est-ce qui est essentiel ou non-essentiel pour chacune et chacun d’entre nous. Quid de ceux dont l’outil de travail est considéré comme non-essentiel ?

— Café Léo à Genève le 7 décembre 2020
© Malik Berkati

Et la culture, parlons-en ! Depuis des décennies, la tendance est de libéraliser, voire privatiser, un maximum de pans du quotidien. On voit le résultat sur le système de santé ! Mais qu’à cela ne tienne, pourquoi s’arrêter en si bon chemin de la vie sous le seul prisme du consumérisme. Livrons également le reste aux GAFAM, dans une belle pochette cadeau Covid-19. Les géants du web, pour ce qui concerne cet hémisphère principalement étasuniens, détiennent les outils de tous les secteurs du distanciel. Et ils sont nombreux, à en croire cette période confinée, tout ou presque peut être gérer par quelques plateformes interface. C’est bien sûr oublier que derrière il y a moult petites mains – et jambes – exploitées sans lesquelles nombre de ces plateformes ne produiraient aucun service. Et il y a la culture. La culture, un bien essentiel et universel qui, à cet égard, devrait être particulièrement protégé et soutenu. Et bien non. Punie. Non pas par le Coronavirus mais par nos autorités !

Le virus auquel personne ne trouvera de vaccin ou de médicament avant que la bête n’implose d’elle-même, car bien sûr l’être humain évoluant a toujours eu besoin de briser ses corsets : le formatage de la Weltanschauung. Une seule et même représentation du monde capturée et encadrée par Netflix & Co. La création ramenée à quelques irréductibles épris de leur liberté. Comment comprendre que les autorités offrent un libre service à ceux qui veulent nous sucer la moelle épinière de l’esprit critique, nous mouler, nous initialiser, nous conditionner, nous mettre en mode sans échec, nous donner en pâture aux algorithmes ?

Le seul plaisir qui nous reste : on regarde passer les trains.

La Visite de la vieille dame (Der Besuch der alten Dame; 1955) de Friedrich Dürrenmatt

Consommons à tout rompre, sur Internet et au Black Friday. Le shopping, ce mètre-étalon qui nous fait galoper à la cravache. Mais n’allons pas au cinéma, au théâtre, au concert, dans les musées. Ne soutenons pas ces métiers à forte utilité sociale mais à basse rémunération. Consommons du streaming, mieux, restons un maximum de temps devant et derrière nos écrans, produisons nous-mêmes des contenus qui, il fut un temps, n’auraient intéressés que nos familles restreintes, des contenus faciles à ingurgiter, que l’on broute sans avoir à mâcher et que l’on régurgite à l’envie. La culture sans aucun engagement individuel autre que d’appuyer sur un bouton ou faire glisser son doigt sur un écran pour recevoir une offre à ruminer.
Ce que l’on fait subir à la culture, à ses acteurs comme spectateurs, est insensé ; humainement, psychologiquement et économiquement, car n’oublions pas que le poids de l’industrie culturelle, dans son ensemble et avec ses dérivés,  n’est pas négligeable dans nos PIB et, comme on peut le voir par le truchement de certaines nations qui ont pris la main sur cette économie, fait office de soft power déterminant. L’être humain est à la fois grégaire et contestataire, il a besoin de se confronter aux autres pour se forger son idée comme il a besoin de vivre certaines expériences et émotions en communauté. La culture est essentielle à cette introspection qui se double de cette ouverture vers le monde.
Alors vive la culture avec ses artistes et ses spectateurs en partage et en dialogue !

Malik Berkati

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