Cannes 2021 : Olga, premier long métrage d’Elie Grappe, présenté à la Semaine de la Critique, brosse le portrait d’une adolescente prise entre deux feux – Rencontre [audio]

Projetée ce 9 juillet 2021 sur La Croisette, Olga, production franco-suisse, traite des doutes et des dilemmes d’une jeune gymnaste adolescente. En 2013, une gymnaste de quinze ans est tiraillée entre la Suisse, où elle s’entraîne pour le Championnat Européen en vue des JO et l’Ukraine où sa mère, journaliste, couvre les événements d’Euromaïdan (rappelons que les manifestations pro-européennes en Ukraine ont débuté en novembre 2013). Depuis l’Helvétie, dans une famille d’accueil puisque celle de son père suisse ne l’accueille pas, Olga regarde sur internet les vidéos postées par les manifestants. Par ce truchement, Elie Grappe place ses spectatrices et ses spectateurs au cœur du mouvement des manifestants et permet à son public de pleinement ressentir le dilemme de cette jeune gymnaste ukrainienne, tiraillée entre la carrière qu’elle vise et les le séisme politique que vit son pays.

Elie Grappe s’est inspiré d’un fait réel qu’on lui avait relaté, l’histoire vraie d’une violoniste ukrainienne, arrivée en Suisse juste avant Euromaïdan. Trompettiste ayant étudié dix ans au Conservatoire national de Lyon, Elie Grappe avait envie de transposer ce parcours poignant dans l’univers de la gymnastique à travers la figure d’Olga, gymnaste dont la carrière est remise en question à mesure que son pays, l’Ukraine, sombre dans le chaos pour obtenir le droit à la liberté comme le rappelle avec colère Olga à son grand-père qui reproche à sa mère de laisser sa fille adolescente seule en Suisse. D’ailleurs, Olga essuie de nombreux reproches de la part de sa famille paternelle alors que cela ne la concerne pas. Elle peine à se faire des amies au sein des membres de l’équipe de gymnastique suisse qui la jalousent et qui parlent en italien alors qu’Olga doit déjà améliorer ses connaissances de la langue de Molière.

Pourtant, Olga n’est pas vraiment seule, prise sous la protection d’un entraîneur bienveillant. Difficile de s’investir pleinement dans les entraînements alors qu’Olga suit les évènements de la Place Maïdan où sa mère et ses amis manifestent pour la liberté et sont exposés à la répression sanguinaire. Plongeant son public dans un univers composé majoritairement de personnages féminins et faisant la part belle à sa protagoniste, Elie Grappe réussit à créer un équilibre judicieux entre les scènes d’entraînement et les scènes des manifestations à Kiev, ponctuées par les scènes d’une adolescente conversant via internet avec sa mère ou avec une amie en Ukraine.

Elie Grappe nous a accordé de son temps sur La Croisette et nous a confié avoir recherché à porter à l’écran la discipline qui est commune aux sportifs comme aux musiciens. Olga, son premier long métrage, traite avec justesse et finesse les questionnements d’une adolescente en pleine construction de son identité, un moment charnière du passage de l’enfance à l’âge adulte, un passage délicat et parfois douloureux de l’enfance à l’âge adulte. Le public peut ressentir les émotions mais aussi la fougue et la détermination d’Olga, interprétée par Thea Brogli, époustouflante dans l’exécution de ses exercices et au visage très expressif.
Elie Grappe nous a confié sa joie d’avoir été sélectionnée à la soixantième de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Lors de notre entretien, il nous a parlé de ses parents, professeurs, qui leur ont offert le choix à son frère et à lui de poursuivre des études musicales : trompette pour Elie, piano pour son frère.

— Elie Grappe
© Firouz Pillet

Elie Grappe a intégré en 2011 le département Cinéma de l’École Cantonale d’Art de Lausanne – l’ECAL – dont il sort diplômé en 2015. Dans le cadre de sa formation, il réalise Répétition, puis son court-métrage de diplôme : Suspendu. Les deux films sont sélectionnés dans plusieurs festivals internationaux. Elie Grappe a parlé avec émotions de certains *darons*, des mentors qui l’ont soutenu dans son parcours et lui ont permis d’y croire comme Lionel Baier et Blaise Harrison avec lequel le lien s’est consolidé au point que Blaise Harrison lui propose de diriger le casting et de coacher les interprètes de son film Les Particules (2019). Le réalisateur français de vingt-sept ans vit depuis dix ans en Suisse et se réjouit de la sortie de son film Olga, dont la date reste incertaine pour l’instant, soit en septembre 2021 soit au printemps 2022.

Rencontre:

 

Olga est produit par la société genevoise PointProd (en partenariat avec CinemaDeFacto).

Firouz E. Pillet, Cannes

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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