Marilyn ou le terrible parcours d’un être « différent » en milieu hostile – Entretien avec Martín Rodríguez Redondo

Marcos (Walter Rodríguez), un adolescent de de dix-sept ans, travaille comme ouvrier agricole au sein de la ferme d’élevage que garde sa famille qui vit dans des conditions modestes. Il aide son père Carlos (Germano De Silva) et son frère aîné Carlitos (Ignacio Giménez), qui traient et s’occupent des vaches victimes de tentatives constantes de vol. Olga (Catalina Saavedra), gagne de l’argent en tant que couturière. Bientôt son père meurt et les difficultés économiques forcent la famille à aller de l’avant sans beaucoup de deuil.
Découvrant sa sexualité en milieu conservateur, machiste et hostile, Marcos se révèle tel un papillon fraîchement sorti de sa chrysalide quand il se vêtit en femme, maquillé et portant perruque, lors des fêtes de villages. Surnommé Marilyn par les jeunes du village, il devient un objet de désir et de discrimination.

Le premier film du cinéaste argentin, Martín Rodríguez Redondo, décrit un environnement conservateur et oppressif qui mène un acte irrationnel envers un jeune transsexuel qui souffre parce qu’il ne peut pas être lui-même.

Marilyn est basé sur un événement réel qui a « défrayé la presse nationale et qui eu lieu en Argentine en 2009 et dépeint une communauté rurale et conservatrice dans la banlieue de Buenos Aires », où les rôles sexuels sont clairement définis et qui marque au fer toute personne qui est différente et qui reste incomprise ou rejetée. Marilyn relate une histoire de discrimination, de violence et de harcèlement subis par un adolescent transsexuel dans son milieu familial et dans la communauté où il vit, ce qui l’amène à commettre un crime.

Le film de Martín Rodríguez Redondo (Buenos Aires, 1979) a fait sa première dans la section Panorama, qui vise à présenter différentes visions du monde. Rencontré dans le Palais de la Berlinale, Martín Rodríguez Redondo a répondu avec enthousiasme et modestie à des questions tant sur son film que sur le travail en amont et son impression quant à la sélection de son film dans le festival, voici quelques-unes de ses réponses traduites.

— Martín Rodríguez Redondo
© Firouz Pillet

Sur la genèse de son premier long métrage : 

J’ai lu les nouvelles dans la section de police et peu de temps après j’ai interviewé la vraie Marilyn, après plusieurs réunions en prison, elle m’a donné un journal intime qu’elle avait écrit, dans lequel elle raconte toute sa vie, une autobiographie intitulée Souffrir pour ne pas être égal.

Le cinéaste a voyagé sur les lieux et a parlé avec les habitants et plusieurs personnes impliquées dans l’affaire, dans son empressement à comprendre ce monde à l’intérieur de son pays :

Le spectateur est confronté à ce qui est encore une réalité en Argentine, bien qu’il existe une loi sur le mariage égalitaire, ainsi qu’une loi sur l’identité de genre, et il y a eu beaucoup de progrès juridiques, il y a quelque chose de fondamental qui doit changer. la culture machiste, et cela n’est possible que grâce à l’éducation. Au Chili, la situation est plus avancée qu’en Argentine, le fait qu’un film comme Una mujer fantástica (Ours d’argent du meilleur scénario pour Sebastián Lelio et Gonzalo Maza à la Berlinale 2017 et Oscar 2018 du meilleur film en langue étrangère, N.D.L.R.), écrit et réalisé par Sebastián Lelio, ait immédiatement remporté un immense succès le démontre parfaitement.

C’est un cas réel et la chose difficile à comprendre est ce qui conduit une personne à de tels extrêmes.» Le caractère de Marcos accumule douleur, ressentiment, mais surtout, il n’arrive pas à surmonter les situations traumatiques qui lui arrivent comme la mort de son père; à la fin il y a un saut dans le vide, une irrationalité qui ne peut être articulée à partir de la logique.

Le cinéaste s’est dit heureux que son film ait été sélectionné dans la section Panorama.

Pour les films très petits et à petit budget comme le nôtre, avoir cette visibilité est très important, surtout parce que cette première mondiale, cela peut peut aider à faire connaître ce problème. Mais je n’ai pas d’attentes trop élevées quant aux prix. Je suis heureux que Marilyn ait suscité un grand intérêt de la part du public: Plusieurs spectateurs allemands se sont approchés de moi, une femme lesbienne née et élevée à l’intérieur de l’Allemagne et qui m’a dit qu’elle s’identifiait avec le personnage et la discrimination qu’il y avait autour de cette personne.

Entretien audio complet en espagnol (Argentine):


Martín Rodríguez Redondo a avoué avoir déjà entamé le travail sur son second long métrage.  Son scénario Marilyn a gagné le Prix Première œuvre à l’INCAA et l’aide à la coproduction Ibermedia. Il a été sélectionné au Forum de coproduction de San Sebastián, au Laboratoire de Scénario d’Oaxaca, à l’AUSTRAL – FIC Valdivia et au SANFIC, Santiago Lab. Son court-métrage Las liebres a été projeté au BAFICI, au Festival de Nouveau Cinéma Latino-américain de La Havane et au BFI Flare London LGBT Film Festival et au FESAALP.

Talent à suivre !

Firouz E. Pillet

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Firouz Pillet

Journaliste RP / Journalist (basée à Genève)

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