Rencontre avec Sabina Vajrača, cinéaste bosnienne américaine

Sabina Vajraca, née dans une famille bosnienne de Banja Luka, deuxième plus grande ville du pays, aujourd’hui capitale de l’entité serbe, a été obligé comme de nombreux citoyens, de prendre la route de l’exil. Au printemps 1992, l’adolescente de 14 ans quitte sa terre natale et toute seule trouve un abri en Croatie. Elle a déjà écrit un roman sur une fillette et un chat. La petite fille et son félin ont rencontré un jeune garçon qui voulait sauver la terre entière. Dans la capitale croate commence sa collaboration avec le journal Taatralije consacré au théâtre, qu’elle a fondé avec quatre amis. Deux ans plus tard, en 1994, Sabina quitte Zagreb pour se réfigier à New York City.
Son premier film Sur le chemin à la maison, dans l’inconnu (Back to Bosnia) projeté au Festival d’Amnesty International au Nouveau monde à été dans les sélections officielles au Brésil, Canada, Liban, en Afrique du Sud, Allemagne, Pays-Bas, en Slovénie…Talentueuse cinéaste diplômée de la Columbia University a aussi obtenu le prestigieux Director’s Choice à Crossboard Film Festival et son documentaire de 57 minutes, classée parmi les 100 meilleurs films réalisés par des femmes! Elle a été aussi nommée pour le Student Award Grand Prize et Student Oscars. Cette année la jeune femme fut parmi les candidats de l’Humanitas Prize et nommée pour les BAFTA Student Awards, grâce à son court métrage Variables.
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ZFF2020 – Gagarine de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, une fable au réalisme social habilement racontée

Le film s’ouvre sur des images d’archives en noir et blanc sur lesquelles Youri Gagarine inaugure devant une foule en liesse la cité Gagarine à Ivry-sur-Seine dans la banlieue de Paris. Dans la joie et l’euphorie, la  promesse d’une belle utopie – bourrée d’amiante – s’exprime avant de fondre dans la couleur du présent et de sa réalité.

Nous faisons connaissance d’une cité décrépie et de ses habitants en suivant le jeune Youri, 16 ans, qui rêve de vaisseau spatial, de contrées lointaines et de devenir un jour cosmonaute. Il n’a jamais quitté la cité Gagarine et vit seul dans l’un des nombreux appartements du complexe, avec ses dessins, ses cartes de l’espace et un vieux télescope. Mais la cité de briques rouges est menacée de démolition. Tandis que ses amis et voisins se préparent à déménager, Youri, bricoleur et débrouillard, est bien déterminé à sauver sa cité dans laquelle il y a encore un peu de mixité ethnique mais pas sociale.
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ZFF2020 – Nowhere Special d’Uberto Pasolini, un drame bouleversant sur une relation père-fils de toute beauté

Chaque jour, John (James Norton), 35 ans, emmène Michael, son fils de quatre ans, au jardin d’enfants, part laver des vitres, avant de se rendre au parc avec lui. John élève seul Michael (Daniel Lamont) depuis qu’il a deux mois et que la mère du petit les a quittés pour rentrer dans son pays en Russie et tente de préserver aussi longtemps qu’il le peut son fils d’un coup tragique du sort: il n’a plus que quelques mois à vivre. Il tente aussi de préparer l’avenir de son fils au mieux en lui cherchant et choisissant lui-même la famille qui l’adoptera. Cette mission impossible le plonge dans un cercle de doutes, de questionnements et de frustrations : comment savoir ce qui est bon pour son fils? John a une peur panique de ne pas savoir faire le bon choix :

« C’est la décision le plus importante de ma vie. »

Ce drame, qui a eu sa Première à la Mostra de Venise 2020 dans la section Orizzonti avant de donner quelques larmes au Festival du film de Zurich, est porté par ses deux acteurs principaux, tous les deux d’un charisme transcendant et au jeu minimaliste qui fait valoir la profondeur de la réflexion existentielle, mais aussi sociale avec ce rapport des deux protagonistes avec les voisins et la communauté au sein de laquelle ils évoluent, dans une solidarité pudique qui ne tombe jamais dans l’ostentation ; ou cette sorte de bréviaire des différentes motivations que peuvent avoir des familles ou des personnes seules pour adopter.
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Pour la sortie suisse de Undine, entretien avec son réalisateur Christian Petzold réalisé à la Berlinale 2020

Le mythe d’Ondine créé au 19e siècle par et pour les hommes se transforme dans cette interprétation de Christian Petzold en une lutte d’autodétermination pour les femmes.
Le dernier film du cinéaste allemand (Transit, Barbara) est un condensé de son style qui consiste à mélanger les genres et tisser une trame à la fois limpide et truffée d’éléments qui donnent au récit une épaisseur et plusieurs couches d’interprétation. Undine est une histoire d’amour universelle dont  Petzold s’empare à travers un thème mythologique mais qu’il traite avec le réalisme cinématographique qui le caractérise, sans essayer de mystifier le spectateur. Et c’est une réussite !
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Pour la sortie suisse de The Roads Not Taken, entrevue avec Sally Potter réalisée à la Berlinale 2020

Il fut un temps, qu’il nous en souvienne, où il y avait de grands festivals de cinéma qui se tenaient physiquement. Depuis la crise sanitaire due à la pandémie Covid-19, soit ils sont annulés (Cannes et de nombreux petits festivals) soit en ligne (la plupart des festivals de moyennes envergure), soit hybrides comme Locarno 2020. Le prochain qui aura lieu physiquement devrait être la Mostra de Venise. Le dernier qui a eu lieu normalement : la Berlinale 2020. C’est à cette occasion que nous nous sommes entretenus avec Sally Potter qui y présentait son dernier film en compétition : The Roads Not Taken avec Javier Bardem, Elle Fanning, Salma Hayek et Laura Linney.
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Le Sourire du Scorpion de Patrice Gain, un roman choc – Entretien

L’auteur hypnotise le lecteur sur les 206 pages de son roman, paru récemment chez l’éditeur marseillais Les Mots et le reste, avec de fantastiques descriptions de la  nature enchantée d’un début d’été durant lequel une charmante famille française part dans le canyon de Tara en raft : Alex, sa femme Mily et leurs jumeaux de 15 ans Luna et Tom.; nomades modernes vivant dans un camion rouge, en quête permanente de liberté et d’aventure. Sans se méfier, ils font confiance à Goran, un guide serbe rencontré par hasard. Longtemps après, Tom, le narrateur dés événements, comprendra grâce à Sulé, un Bosniaque de son collège, que tout a été bien planifié :
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Berlinale 2020 – Forum : Le réalisateur israélien Ra’anan Alexandrowicz convie les spectateur à une expérience fascinante d’observant-observé dans The Viewing Booth  – Entretien

Ra’anan Alexandrowicz est tombé un jour sur une correspondance entre Virginia Woolf et un avocat londonien qui lui demandait : « Comment, selon vous, empêcher la guerre ? » Dans sa réponse, Woolf suggérait qu’ils abordent d’abord son utilisation du mot « nous » par une petite expérience de réflexion. Que se passerait-il, lui demanda-t-elle, s’ils observaient tous deux les images de guerre qui étaient publiées chaque semaine ? « Voyons, écrit-elle, si en regardant les mêmes photos, nous ressentirons les mêmes choses. » Cette petite phrase a été le point de départ du projet du cinéaste israélien. Pendant plusieurs années, il a cherché une voie cinématographique permettant de questionner la fonction des images de non-fiction, notamment en ce qui concerne leur rôle dans la défense des droits humains et de la justice sociale. Il a fini par se dire que pour comprendre les images, il devait cesser de les regarder et commencer à tourner sa caméra vers les spectateurs. Le résultat est The Viewing Booth, qui veut dire la cabine de visionnage.
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Berlinale 2019 – Entretien avec Denis Côté pour Répertoire des villes disparues

Beaucoup de questions restées en suspens après la projection du film en compétition du festival de Berlin et toutes autant posées dans la critique sortie dans la foulée. Voici quelques réponses données par le cinéaste québécois lors d’un entretien passionnant dans lequel il parle de son film, de cinéma, du Québec et du Canada, mais aussi de la vie et de la maladie.
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Berlinale 2019 – Panorama : Normal d’Adele Tulli – Une plongée effarante dans la norme du genre. Entretien.

e documentaire d’Adele Tulli nous entraîne dans une définition de l’interaction, considérée par certain-e-s comme normative, entre les hommes et les femmes. Bien entendu, si ici le terrain d’étude est l’Italie, le propos s’applique partout dans le monde où les exégèses de la norme et de la normalité haussent la voix, travaillent activement pour ce qu’il pense être leur devoir, à savoir les rétablir, et commencent à (re) prendre le pouvoir. Adele Tulli n’impose aucun commentaire à son propos, les images parlent pour elles, et même si parfois on est effarés de la normalité et du discours qui nous sont proposés, la réalisatrice ne nous enferme pas dans un déterminisme laborieux et sans issue : la première scène débute sur le perçage des oreilles d’une petite fille – « pour qu’elle soit aussi jolie que sa maman » – mais se termine par une très jolie scène de fin, précédée par une cérémonie de mariage entre même sexe. Adele Tulli a accepté de répondre à nos questions.
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Entretien avec Tahar Houchi, directeur artistique du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG- 21 au 29 avril 2018)

La 13ème édition du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) aura lieu du 21 au 29 avril 2018 à Genève et ses communes (en tout, 25 lieux dans le canton). Une centaine de films de tous genres sera montrée, les projections seront accompagnées par soit des auteurs ou des spécialistes des questions abordées – plus de huitante invités sont attendus à Genève. Les principales thématiques sont la condition féminine, les mères célibataires, les Royingas, le radicalisme, le combat des femmes pour leur liberté, la jeunesse marginalisée, l’intégration, le racisme et les droits humains. Le grand débat du samedi sera consacré aux mères célibataires au Maroc et en Algérie, en présence de plusieurs invités dont des femmes en activité sur le terrain.
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