Berlinale 2020 – Compétition : Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou la géographie des solitudes

La solitude, c’est la ligne de basse de la cinématographie de Tsai Ming-Liang, cinéaste et artiste taïwanais né en Malaisie. Nous en parlions déjà ici, lors de la rétrospective que lui avait consacré à Berlin Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo en 2017.

Kang (l’acteur fétiche du réalisateur, l’acteur Lee Kang-Sheng) vit seul dans une grande maison. À travers une baie vitrée, il regarde la cime des arbres fouettée par le vent et la pluie. Il ressent une étrange douleur d’origine inconnue à peine supportable et irradie dans tout son corps. Non (Anong Houngheuangsy), lui, vit dans un petit appartement à Bangkok où il prépare méthodiquement des plats traditionnels de son village natal. Les deux hommes vivent dans la plus grande des solitudes, les rares interactions qu’ils ont avec leur environnement sont celles de leur quotidien. Mais un soir, une nuit, une vraie rencontre va se faire et leurs deux solitudes fusionner dans un interstice du temps à la foi fugace et infini.
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Baghdad in my Shadow, de Samir, relate les affres de l’Irak contemporain à travers les destins tragiques de ses protagonistes

Le dernier opus du réalisateur suisse Samir, Baghdad in my Shadow, a été présenté en première mondiale au 72ème Festival de film de Locarno en août 2019.
A Londres, un petit café fréquenté par la diaspora irakienne est menacé par des dangers issus du passé, entre autres les hommes de main de Saddam Hussein qui travaille dorénavant pour le gouvernement actuel. Un auteur communiste qui a fui son pays après avoir été torturé, une femme cachée et un travailleur illégal, gay et expert en informatique se rencontrent au Café Abu Nawas, un lieu de rencontre populaire pour les Irakiens en exil à Londres. Incité par l’imam d’une mosquée salafiste, le neveu de l’auteur en exil, un jeune fanatiquement religieux, attaque son oncle et bouleverse la vie de tout le monde. A travers l’histoire de différents immigrés irakiens à Londres, Samir aborde les trois tabous du monde arabe contemporain : l’athéisme, la libération des femmes et l’homosexualité. Pour les acteurs irakiens vivant à Bagdad, le fait d’avoir joué ces rôles comportait des risques.
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Et puis nous danserons (And Then We Danced), troisième long métrage de Levan Akin, souligne la difficulté des communautés LGBTQ dans une société conservatrice

Le cinéaste géorgien choisit d’analyser le conservatisme de la société de son pays à travers la lunette de lecture de la danse traditionnelle, très stylisée et esthétisante mais que les défenseurs du genre revendiquent très masculines malgré les apparences.

And then we danced s’ouvre avec des enchaînements et des répétitions de chorégraphie dans une salle de danse; le professeur, Aleko (Kakha Gogidze) qui a un petit côté à la Maurice Béjart, fixe avec dureté le couple d’élèves qui danse avec grâce et finesse : Merab (Levan Gelbakhiani) et Mary (Ana Javakishvili) dansent en couple depuis de très nombreuses années au sein de l’Ensemble National Géorgien. Un jeune homme entre dans la salle : Irakli (Bachi Valishvili). Le jeune danseur remarque tout de suite la présence et le charisme du nouveau venu. Par contre le professeur lui fait enlever sa boucle d’oreille. Son monde est brusquement bouleversé lorsque le charismatique Irakli arrive et devient son plus grand rival, ainsi que son désir le plus intense. Dans une société conservatrice où les normes sont fondamentales, Merab va devoir se libérer de ses carcans.
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Madame, un film de Stéphane Riethauser sous forme de confessions intimes à sa grand-mère disparue – sur les écrans romands

Madame, c’est Caroline, la grand-mère de Stéphane Riethauser. Une vieille dame dont on devine dès les premières images qu’elle cache, derrière sa coquette mise en pli et ses manières bourgeoises, une rare force de caractère et un vécu difficile.
Avec sa grand-mère,  Stéphane Riethauser a partagé une immense complicité, des moments tendres et des confidences sur leur parcours respectifs, étant chacun à leur époque « différent », hors des jalons tout tracés que la société a prévus pour eux. Leur relation est au cœur du film : un double autoportrait dans lequel la matriarche et son petit-fils cinéaste se confient l’un à l’autre.
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Les crevettes pailletées : un film qui invite dans une joyeuse immersion aux Gay Games, en Croatie, grâce à une équipe de water-polo

Après avoir tenu des propos homophobes, Mathias Le Goff, vice-champion du monde de natation, est condamné à entraîner “Les Crevettes Pailletées”, une équipe de water-polo gay, davantage motivée par la fête que par la compétition. Cet explosif attelage va alors se rendre en Croatie pour participer aux Gay Games, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde. Le chemin parcouru sera l’occasion pour Mathias de découvrir un univers décalé qui va bousculer tous ses repères et lui permettre de revoir ses priorités dans la vie.
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«Boy Erased» : film sur les effroyables thérapies de conversion sexuelle sur les écrans romands

Boy Erased, drame américain écrit et réalisé par Joel Edgerton,  sorti en  2018,  était très attendu par le public helvétique. Présenté en avant-première au Festival international du Film et du Forum des droits humains (FIFDH), ce film est l’adaptation des mémoires de Garrard Conley, intitulées Boy Erased: A Memoir (2016).
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Berlinale 2019 – Compétition jour #7: Elisa y Marcela (Elisa & Marcela) d’Isabel Coixet – Quand l’esthétique étouffe l’artistique

Isabel Coixet est une grande habituée du festival, avec 8 films présentés toutes sections confondues, dont Nadie quiere la noche (Personne n’attend la nuit) qui avait fait l’ouverture du festival en 2015, avec justement comme actrice principal Juliette Binoche, actuelle présidente du jury. Elle revient cette année, mis à part avec cette histoire Netflix, avec un film qui sur le papier avait des éléments pour en espérer le mieux: une histoire vraie mais quasiment incroyable et le choix du noir et blanc pour la raconter. (…)

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Cannes 2018 : Yann Gonzalez, un habitué de la Croisette, revient au festival de Cannes avec « Un couteau dans le cœur », un thriller porno gay

Le réalisateur Yann Gonzalez met en scène Vanessa Paradis en tant que productrice de films pornographiques homosexuels dans les années septante. Paris, été 1979 : Anne est productrice de pornos gays au rabais et ses « acteurs » sont d’ailleurs payés au lance-pierre. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné, un couteau dans le cœur, et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie. Apparemment, un tueur sévit dans le milieu du porno gay et ce meurtrier qui se met à décimer les membres de son équipe…
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9e édition du Festival du film arabe de Berlin – ALFILM 11-18 avril 2018

La 9è édition du Festival du film arabe de Berlin offre une belle programmation avec des films primés à l’international – dont le film suisse de Karim Sayad , Des hommes et des moutons, qui a reçu le Prix du meilleur documentaire aux Journées de Soleure et que j:mag a interviewé pour sa sortie romande – ainsi qu’une thématique abordée très intéressante : « réflexions sur les masculinités arabes ».
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Marilyn ou le terrible parcours d’un être « différent » en milieu hostile – Entretien avec Martín Rodríguez Redondo

Marcos (Walter Rodríguez), un adolescent de de dix-sept ans, travaille comme ouvrier agricole au sein de la ferme d’élevage que garde sa famille qui vit dans des conditions modestes. Il aide son père Carlos (Germano De Silva) et son frère aîné Carlitos (Ignacio Giménez), qui traient et s’occupent des vaches victimes de tentatives constantes de vol. Olga (Catalina Saavedra), gagne de l’argent en tant que couturière. Bientôt son père meurt et les difficultés économiques forcent la famille à aller de l’avant sans beaucoup de deuil.
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