j:mag

lifestyle & responsible citizenship

Interview

Cinéma / KinoCulture / Kultur

Divine Comedy (Komedie Elahi)  d’Ali Asgari – Résister dans la matrice iranienne. Rencontre

Le cinéma iranien nous a habitué·es à l’absurde et au dépouillement. Avec Divine Comedy, Ali Asgari bascule dans un surréalisme bureaucratique qui confine au vertige. À l’instar de son précédent film coréalisé avec Alireza Khatami – Chroniques de Téhéran –, le cinéaste signe une œuvre qui dépasse le simple réquisitoire contre la censure pour livrer une autopsie grinçante des mécanismes d’étouffement.
Asgari dépeint les réalités contradictoires de son pays, entre arbitraire administratif et instrumentalisation de la morale. En plaçant au centre du récit Bahram Ark – véritable réalisateur issu de la minorité azérie jouant son propre rôle, dont les films n’ont jamais franchi les frontières de la distribution officielle –, il brouille constamment les frontières entre fiction et réel. L’enjeu n’est alors plus uniquement esthétique, mais existentiel. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

VdR 2026 – Alea Jacarandas de Hassen Ferhani : Alger, par le regard. Rencontre

Alger, ville palimpseste, porte en ses murs les strates d’une histoire qui dépasse de loin le seul récit colonial et ses séquelles. Pourtant, qui s’arrête encore pour en déchiffrer les traces ? Qui regarde vraiment, au-delà du quotidien étouffant, ces éclats de mémoire qui affleurent, comme les fleurs violettes des jacarandas, ces arbres exotiques venus d’Amérique latine qui ont, mystérieusement, envahi la capitale algérienne ?
C’est cette question du regard – de ce qui se voit et de ce qui se devine – qui traverse Alea Jacarandas, le nouveau film de Hassen Ferhani, récompensé par le Prix du Jury (section Burning Lights) aux Visions du Réel de Nyon. Sous couvert d’un hommage à son père, l’écrivain et journaliste Ameziane Ferhani, mort brutalement en cours de tournage, l’œuvre devient bien plus qu’un portrait filial : une méditation sur la transmission, la résistance par l’art et cette Algérie « qui surprend », pour reprendre ses mots, mais qui se laisse rarement saisir.

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

VdR2026 – Du soleil et du plomb de Jérôme le Maire : Le mirage de l’énergie verte à l’épreuve du réel. Rencontre

Dans le désert marocain, quelque part entre deux mondes que tout oppose et qu’un simple grillage sépare désormais, un berger regarde passer des camions. De l’autre côté de la clôture, ses moutons. De ce côté-ci, l’avenir énergétique du continent. Ce plan, dont Jérôme le Maire tire toute la puissance évocatrice sans jamais forcer le trait, résume à lui seul la tension irrésolue qui parcourt son documentaire Du soleil et du plomb : deux mondes côte à côte, et pourtant à des années-lumière l’un de l’autre. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

VdR2026 – Heat de Jacqueline Zünd : Habiter un monde qui brûle. Rencontre

Le plan d’ouverture donne le ton de tout ce qui va suivre. Sur une image dévorée par la lumière, des silhouettes de voitures et de passants se dissolvent comme dans une fata morgana – une musique glaciale, presque clinique, accompagne ces formes qui refusent de se fixer. Puis une ligne sonore stridente, et l’on suit une femme noire longer une autoroute sous un soleil qui n’est plus une métaphore. Elle dira : « C’est comme ouvrir la porte d’un four et d’y rester enfermée. » Jacqueline Zünd n’illustre pas la chaleur. Elle la fait entrer par les pores. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

The Narrative de Bernard Weber et Martin Schilt – Le récit d’un coupable idéal. Rencontre

En 2011, le nom de Kweku Adoboli fait la une des journaux du monde entier. Trader chez UBS à Londres, il vient d’avouer une perte de 2,3 milliards de dollars – la plus grande fraude de l’histoire bancaire britannique. Les médias s’emparent immédiatement du récit : voilà le « rogue trader », le banquier cynique, le mouton noir d’un système qui, lui, fonctionnerait normalement. L’affaire est presque trop belle. On est en plein Occupy Wall Street, la colère contre la finance dérégulée gronde dans les rues, et il faut un coupable présentable. Adoboli, jeune homme d’origine ghanéenne élevé en Grande-Bretagne depuis l’âge de douze ans, fera parfaitement l’affaire. (…)

Read More
Berlinale 2026Cinéma / KinoCulture / Kultur

À voix basse de Leyla Bouzid – Les non-dits en héritage. Rencontre

À voix basse, le troisième long métrage de la réalisatrice tunisienne et française Leyla Bouzid, a l’odeur des maisons d’enfance. Présenté lors de la Berlinale 2026 en compétition, le film place au cœur de ce drame familial tendu une demeure réelle, chargée de mémoire, que la cinéaste connaît dans ses moindres recoins. Une maison située à Sousse, « que j’ai toujours trouvée très cinématographique, un îlot au milieu de la ville, mangée par la végétation », confie-t-elle. Cette conviction n’a rien d’anecdotique : elle dit quelque chose d’essentiel sur la manière dont Bouzid travaille, sur ce que le cinéma peut faire de l’intime lorsqu’il ose regarder en face ce que les familles préfèrent taire. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

Silent Friend d’Ildikó Enyedi – Une mémoire du vivant. Rencontre avec Tony Leung Chiu-wai

Silent Friend d’Ildikó Enyedi s’ouvre sur une image simple et millénaire : un ginkgo biloba au cœur du jardin botanique de Marbourg. Autour de cet arbre centenaire, témoin muet de l’histoire, la réalisatrice hongroise tresse trois époques – 1908, 1972, 2020 –  et trois solitudes en quête de connexion.
Chaque période possède sa propre chair visuelle : le noir et blanc granuleux pour Grete (Luna Wedler), première étudiante en botanique de l’université, dont l’entretien d’admission vire à l’humiliation – un examinateur odieux qui ramène toute question à la sexualité pour la déstabiliser. Elle sort de là et court vers l’arbre afin de reprendre souffle et se recentrer. C’est là qu’elle découvre la photographie comme outil de mesure de la croissance des plantes, s’inscrivant dans la grande tradition des Linné et Goethe, époque où les végétaux occupaient encore une place centrale dans les sciences humaines. Les années 70 arrivent en 16mm aux couleurs passées : un étudiant (Enzo Brumm) qui se dit allergique aux plantes subit, face à l’observation intensive d’un simple géranium, une transformation intérieure silencieuse et décisive. Le numérique froid accompagne, quant à lui, le professeur Wong (Tony Leung Chiu-wai) venu de Hong Kong pour communiquer avec l’arbre et explorer chez les bébés cette « conscience-lanterne », état de méditation diffuse que les adultes perdent au profit de leurs impulsions. Le lien entre les trois fils se noue notamment par une photographie : Wong découvre le cliché de Grete devant le ginkgo, dans la même université, et se dirige à son tour vers l’arbre. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

Gelbe Briefe (Yellow Letters) d’İlker Çatak –  Un couple face à la machine d’État.  Rencontre

Gelbe Briefe (Lettres jaunes), le drame politique d’İlker Çatak récompensé par l’Ours d’or à la Berlinale 2026, ne se contente pas de raconter une histoire : il dissèque la mécanique implacable par laquelle un régime autoritaire s’insinue dans les vies. D’abord en détruisant les carrières, puis en rongeant les liens les plus intimes. À travers le destin d’un couple d’artistes turcs, Çatak, réalisateur révélé en 2023 par La Salle des profs, montre comment l’angoisse existentielle est utilisée comme arme de dissolution sociale et affective. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / Kultur

La beauté de l’âne de Dea Gjinovci – Reconstruire la mémoire. Rencontre

Un enfant grave un âne dans le bois. C’est la première image de La beauté de l’âne, et elle contient déjà, en germe, tout le film. Le geste est lent, obstiné : la lame entaille la matière, la surface résiste, puis cède. On entre dans ce documentaire fictionnel par ces pans de maisons gravés et cette main qui façonne un âne fragile dans le bois – un geste artisanal, de mémoire et de transmission.  D’emblée, quelque chose se met en place : le film ne se contentera pas de montrer, il cherchera à faire surgir. Comme si la cinéaste travaillait elle aussi la matière du réel, la taillant, l’évidant, l’éclairant par touches successives. On comprend alors que ce qui va suivre relèvera autant de la sculpture que du cinéma : une tentative patiente d’extraire du temps et de l’oubli des formes enfouies, avec la conscience que la matière peut se dérober, que le souvenir peut se fissurer, mais que c’est précisément dans cette résistance que prend forme la mémoire. (…)

Read More
Cinéma / KinoCulture / KulturForum citoyen / Bürgerforum

FIFDH 2026 – A Fox Under a Pink Moon (Robah ve mah sorti) : Peindre pour rester en vie  –  Rencontre avec Mehrdad Oskouei et Soraya Akhlaghi 

Il y a des films qui naissent d’une urgence absolue. A Fox Under a Pink Moon, documentaire co-réalisé par le cinéaste iranien Mehrdad Oskouei et la jeune Afghane Soraya Akhlaghi, est de ceux-là. Primé au Grand Prix de Genève FIFDH 2026, au Prix du Jury des Jeunes – Documentaire 2026, ainsi qu’à l’IDFA 2025 — le Festival international du documentaire d’Amsterdam – où il a remporté le prix du meilleur film de la compétition internationale, il impose d’emblée une évidence : ce que l’on regarde ne ressemble à rien de connu. Non pas parce que le sujet serait inédit – les récits de migrations clandestines, de violences conjugales, d’exils sans fin ont leur place dans le cinéma documentaire —, mais parce que la forme ici est inséparable de la survie elle-même. (…)

Read More