Berlinale 2022 – Compétition : Alcarràs de Carla Simón ; la fin de l’époque de l’agriculture familiale filmée à fleur de peau

Parfois, il n’y a rien de mieux que la fiction pour mettre en valeur la réalité. Carla Simón aurait pu opter pour une forme documentaire, mais son film y aurait laissé les plumes de la sublimation. Car c’est bien de cela dont il s’agit dans cette fresque naturaliste : la sublimation d’un lieu, d’une saison qui annonce la fin d’une époque. (…)

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Berlinale 2022 – Panorama : Une Femmina (The Code of Silence), mi-Madone mi-déesse vengeresse, de Francesco Costabile

Souvent, à juste titre, en regardant les actualités télévisées, on se dit que l’on a bien de la chance d’être né.e et d’habiter dans nos contrées dans lesquelles, même si tout est loin d’être parfait, il existe la possibilité de sortir du déterminisme de classe ou de genre. Or, dans nos contrées, où l’on se targue volontiers d’être les garants des valeurs humanistes universelles, on a une grande faculté à cacher les ordures sous une chape de plomb. Francesco Costabile nous amène à quelques encablures de chez nous, en Calabre – à la fin de la projection, on se dit : on a bien de la chance de ne pas être né.e et d’habiter ce magnifique village de montagne sous l’emprise absolue de la ‘Ndrangheta ! (…)

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Berlinale 2022 – Encounters : Unrueh (Unrest) de Cyril Schäublin ou de l’anarchisme horloger dans le vallon de Saint-Imier

Unrueh… il suffirait d’échanger les deux dernières lettres du mot pour passer de la signification de « balancier » à « désordre », « agitation ». C’est dans cette ambivalence sémantique que le réalisateur Zurichois construit, tel un horloger, son film à double mécanique. Issu d’une famille d’une d’ouvrières horlogères, Cyril Schäublin expose avec précision et foultitudes de détails comment fonctionne une montre mécanique. Cette déconstruction de mécanique horlogère adossée à celle de la mécanique du capitalisme industriel produit une œuvre singulière, d’une grande finesse et de toute beauté. (…)

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Berlinale 2022 – Forum : Super Natural, premier long métrage de Jorge Jácome, invite à une expérience audiovisuelle particulière

Après avoir réalisé plusieurs courts métrages, le réalisateur portugais Jorge Jácome voit son premier long métrage, Super Natural, projeté dans la section Forum de la Berlinale, l’un des deux programmes parallèles organisés par Arsenal – Institute for Film and Video Art, pour la Berlinale. Entièrement tourné à Madère, Super Natural est le premier long métrage de Jorge Jácome, qui a écrit le scénario avec André E. Teodósio et José Maria Vieira Mendes. (…)

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Berlinale 2022 – Compétition : Drii Winter (A Piece of Sky) de Michael Koch – Une tragédie grecque dans les Alpes uranaises

La seconde contribution suisse à la compétition 2022, après La Ligne d’Ursula Meier, nous entraîne à nouveau dans les coulisses des Alpes, cette fois-ci en haute montagne, dans les magnifiques et primitives Alpes uranaises. La première chose que l’on voit, dans le format 4 :3 qui permet de resserrer l’image sur les personnages et les détails, c’est le dos de Marco (Simon Wisler), bâtit comme les montagnes qui l’entourent, massif, puissant, robuste. Pourtant, Marco n’est pas d’Isenthal mais du Flachland, de la plaine, ce qui ne manque pas de donner aux habitués de l’auberge du village, tenu par la mère de sa fiancée Anna (Michèle Brand), une occasion de gloser. (…)

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Berlinale 2022 – Forum : Cette maison, premier long métrage de la Québécoise Myriam Charles, fait sa première mondiale dans la section Forum

Connue pour ses courts métrages, la réalisatrice québécoise d’orgiene haïtienne, Miryam Charles dévoile au public Cette maison, son premier long métrage, un film très personnel, qui rend hommage à sa cousine, décédée dans des circonstances tragiques en 2008.
Bridgeport, janvier 2008 : une adolescente est retrouvée pendue dans sa chambre. Alors que tout porte à croire au suicide, le rapport d’autopsie révèle tout autre chose. Dix ans plus tard, la réalisatrice et cousine de l’adolescente, Myriam Charles, se penche sur les causes passées et les conséquences futures de ce crime non élucidé. Sa mort écorche le présent, a changé le cours du passé, lui a ôté un avenir tout en imprégnant celui de ses proches, tout particulièrement de sa mère. (…)

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Berlinale 2022 – Compétition : avec Rabiye Kurnaz gegen George W. Bush, Andreas Dresen prend le pari de traiter par la comédie l’histoire vraie d’un prisonnier de Guantánamo

L’an passé, la Berlinale avait présenté dans la section Berlinale Special The Mauritanian (Désigné coupable) de Kevin Macdonald avec dans les rôles principaux Tahar Rahim, Jodie Foster, Benedict Cumberbatch et Shailene Woodley, qui relate l’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, retenu plus de 10 ans dans la prison de Guantánamo, sans chef d’accusation ni procès (lire la critique en allemand). Comme Mohamedou Ould Slahi, Murat Kurnaz, un citoyen turc né et vivant en Allemagne, a écrit un livre sur ce qu’il a vécu pendant ses années de détentions illégales, entre les mains des États-Unis d’Amérique dans un no man’s land juridique. Andreas Dresen (Als wir träumten, 2015 ;  Gundermann, 2018) a lu ce livre à sa sortie en 2007 – Fünf Jahre meines Lebens (Cinq ans dans l’enfer de Guantanamo, Fayard pour l’édition française). L’idée d’en faire un film lui est tout de suite venu à l’esprit, mais a contrario de Kevin Macdonald, il ne se voyait pas raconter cette histoire dans la perspective de Murat : (…)

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Berlinale 2022 – Compétition : L’œuvre de géométrie cinématographique d’Ursula Meier se poursuit avec La Ligne

Comme pour Home ou L’Enfant d’en haut (Ours d’argent – mention spéciale du jury à la Berlinale 2012), l’histoire qui débute dans La Ligne n’a rien d’extraordinaire, si ce n’est ce petit élément déclenchant qui pousse la normalité juste ce qu’il faut dans la direction de la marge pour accrocher notre attention. Le génie d’Ursula Meier est dans l’approche de son objet cinématographique, son écriture qui sublime les univers et les situations a priori banales. Mine de rien, au fil du temps, le public passe d’un poste d’observation face à l’écran à une position d’inflitré.e dans l’histoire narrée. Par quel moyen ?, on ne le sait pas vraiment ! La réalisatrice parvient par petites touches effleurées à provoquer de grandes émotions liées à l’intime, à la familiarité des configurations, sans jamais essayer de forcer le sentiment, de surexpliquer les intentions. Nous adhérons à sa proposition un peu malgré nous, soudainement on réalise que l’on se trouve en plein dedans, au milieu de ses personnages, à les regarder évoluer autour de nous. Ursula Meier est tout simplement une magicienne ! (…)

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Berlinale 2022 – Compétition : Peter von Kant, une adaptation libre de Fassbinder par François Ozon, avec un Denis Ménochet au sommet de l’art dramatique !

Avec ses trois prix récoltés depuis 20 ans à la Berlinale, dont le Grand prix du jury en 2019 pour Grâce à Dieu, François Ozon a ouvert la Berlinale avec Peter von Kant, inspiré par Les larmes amères de Petra von Kant (Die bitteren Tränen der Petra von Kant, 1972) de Rainer Werner Fassbinder, auteur qu’il avait déjà adapté et présenté à Berlin en 2000 avec Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Souvent, les films d’ouvertures sont une énigme, il est vrai que cette tâche de choisir un film qui va donner le ton au festival est une chose complexe qui demande de considérer plusieurs choses pour marquer les esprits. Cette année, le choix est clair et s’impose comme une évidence : quoi de plus symbolique que de présenter une libre adaptation d’un film qui a fait sa Première à la Berlinale il y a 50 ans, en février 1972, avec dans un des rôles-titres Hanna Schygulla que fait une apparition dans le film d’Ozon ? (…)

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Berlinale 2022 – Une 72e édition coûte que coûte du 10 au 20 février 2022

Alors que Berlin attend son pic pandémique Omicron à la mi-février, la Berlinale déroule coûte que coûte son tapis rouge sur la Potsdamer Platz. C’est que l’enjeu est important : en 2021, le festival de Cannes et celui de Venise ont pu se dérouler (presque) normalement tandis que Berlin avait dû se reporter sur une version hybride – en mars en ligne pour la presse et l’industrie et en juin pour le public. Résultat, les noms les plus renommés de l’industrie s’étaient présentés à ces deux festivals et Berlin, si le festival avait dû encore une fois passer en ligne ou être annulé, aurait perdu du terrain face à ses deux plus grands rivaux dans le circuit des festivals. La Berlinale a donc bien lieu, dans des conditions draconiennes qui pèsent sur l’atmosphère festivalière. (…)

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